Ilpeut ĂȘtre naturel - sommet d'une colline ou d'une montagne, rocher isolĂ© en mer , ou artificiel - balise, phare, bĂątiment identifiable sur la cĂŽte tel qu'un clocher d'Ă©glise, un chĂąteau d'eau, une maison isolĂ©e ou une cheminĂ©e d'usine. Les instructions nautiques indiquent les amers remarquables qui pourront assister le marin.
Dansla plus haute partie de la ville, sur un piton pratiquement isolĂ©, vous pouvez voir lâimage du SacrĂ© CĆur Ă une hauteur de vingt mĂštres. Il sâagit de la tour - clocher dâune Ă©glise qui a Ă©tĂ© ici autrefois, et dont seulement cette partie a Ă©tĂ© conservĂ©e. Il constitue lâun des Ă©lĂ©ments significatifs de cette ville oĂč Ă chaque coin se cache une histoire.
Restaurantsà proximité de L'église Saint-Erasme de Cervione et son clocher isolé : (0.03 Km) U Castellu (0.03 Km) U Furnellu (0.04 Km) La Vieille Cave (0.05 Km) Le Chariot (0.06 Km) La Forteresse; Voir tous les restaurants à proximité de L'église Saint-Erasme de Cervione et son clocher isolé sur Tripadvisor
Del'Ă©glise primitive, il ne reste plus que le choeur sur lequel s'Ă©lĂšve le clocher. Edifice formĂ© de la juxtaposition d'une nef Ă une travĂ©e et d'une tour chevet barlongue. Le mur sud de la nef prĂ©sente un appareil en arĂȘte de poisson qui tĂ©moigne de son anciennetĂ©. Le clocher a subi de multiples retouches Ă l'Ă©poque gothique et sans doute aprĂšs. Une grande partie de la nef a
wv3n. CLOCHER, s. m. Les Ă©glises bĂąties pendant les premiers siĂšcles du christianisme, ne possĂ©dant pas de cloches, Ă©taient naturellement dĂ©pourvues de clochers. Si, dĂ©jĂ , au VIIIe siĂšcle, lâusage des cloches destinĂ©es Ă sonner les offices ou Ă convoquer les fidĂšles Ă©tait rĂ©pandu, ces cloches nâĂ©taient pas dâune assez grande dimension pour exiger lâĂ©rection de tours considĂ©rables, et ces instruments Ă©taient suspendus dans de petits campaniles Ă©levĂ©s Ă cĂŽtĂ© de lâĂ©glise, ou au-dessus des combles, ou dans des arcatures mĂ©nagĂ©es au sommet des pignons, ou mĂȘme Ă de petits beffrois de bois dressĂ©s sur la façade ou les murs latĂ©raux. Nous ne voyons pas quâon ait fondu de grosses cloches avant le XIIe siĂšcle ; encore ces cloches Ă©taient-elles petites relativement Ă celles qui furent fabriquĂ©es dans les siĂšcles suivants, et cependant le XIe et le XIIe siĂšcle Ă©levĂšrent des clochers qui ne le cĂšdent en rien, comme diamĂštre et hauteur, Ă ceux bĂątis depuis le XIIIe siĂšcle. On peut donc considĂ©rer les plus anciens clochers autant comme des monuments destinĂ©s Ă faire reconnaĂźtre lâĂ©glise au loin, comme un signe de puissance, que comme des tours bĂąties pour contenir des cloches. Des motifs Ă©trangers aux idĂ©es religieuses durent encore contribuer Ă faire Ă©lever des tours attenantes aux Ă©glises. Pendant les incursions normandes sur les cĂŽtes du Nord, de lâOuest et le long des bords de la Loire et de la Seine, la plupart des Ă©glises furent saccagĂ©es par ces barbares ; on dut songer Ă les mettre Ă lâabri du pillage en les enfermant dans des enceintes et en les appuyant Ă des tours solides qui dĂ©fendaient leurs approches. Ces tours durent ĂȘtre naturellement bĂąties au-dessus de la porte de lâĂ©glise, comme Ă©tant le point le plus attaquable. Dans ce cas, le placement des cloches nâĂ©tait quâaccessoire ; on les suspendait au sommet de ces tours, dans les loges ou les combles qui les couronnaient. Câest, en effet, dans les contrĂ©es particuliĂšrement ravagĂ©es par les incursions pĂ©riodiques des Normands que nous voyons les Ă©glises abbatiales et mĂȘme paroissiales prĂ©cĂ©dĂ©es de tours massives dont malheureusement il ne nous reste guĂšre aujourdâhui que les Ă©tages infĂ©rieurs. LâĂ©glise abbatiale de Saint-Germain-des-PrĂ©s, Ă Paris, conserve encore les parties infĂ©rieures de la tour carlovingienne bĂątie devant la porte principale, celle par laquelle entraient les fidĂšles. Les Ă©glises de Poissy et de CrĂ©teil, sur la Seine, et les Ă©glises abbatiales de Saint-Martin de Tours, et de Saint-Savin, en Poitou, prĂ©sentent la mĂȘme disposition dâune tour massive prĂ©cĂ©dant lâentrĂ©e ou servant de porche. Ce qui fut dâabord commandĂ© par la nĂ©cessitĂ© devint bientĂŽt une disposition consacrĂ©e ; chaque Ă©glise voulut avoir sa tour ; il faut dâailleurs ne point perdre de vue lâĂ©tat social de lâOccident au XIe siĂšcle. Ă cette Ă©poque, la fĂ©odalitĂ© Ă©tait constituĂ©e ; elle Ă©levait des chĂąteaux fortifiĂ©s sur ses domaines ; ces chĂąteaux possĂ©daient tous un donjon, une tour plus Ă©levĂ©e que le reste des bĂątiments et commandant les dehors. Or les Ă©glises cathĂ©drales et abbatiales Ă©taient en possession des mĂȘmes droits que les seigneurs laĂŻques ; elles adoptĂšrent les mĂȘmes signes visibles et voulurent avoir des donjons religieux, comme les chĂąteaux avaient leurs donjons militaires. On ne saurait admettre que les Ă©normes clochers prĂ©cĂ©dant les Ă©glises abbatiales du XIe siĂšcle, comme, par exemple, ceux dont on voit encore les Ă©tages infĂ©rieurs Ă Saint-BenoĂźt sur Loire et Ă Moissac entre autres, fussent uniquement destinĂ©s Ă recevoir des cloches Ă leur sommet ; car il faudrait supposer que ces cloches Ă©taient trĂšs-grosses ou en quantitĂ© prodigieuse ; ces deux suppositions sont Ă©galement inadmissibles ; les cloches, au XIe siĂšcle, Ă©taient petites et rares. On regardait alors une cloche de 3 000 kilogrammes comme un objet de luxe que peu dâĂ©glises pouvaient se permettre voy. Cloche. Si le clocher, au XIe siĂšcle, nâeĂ»t Ă©tĂ© quâun beffroi, comment les constructeurs eussent-ils employĂ© la majeure partie de leurs ressources Ă les Ă©lever, tandis quâils Ă©taient obligĂ©s de mettre la plus grande parcimonie souvent dans la construction de lâĂ©glise ? Pour suspendre les quelques petites cloches dont un monument religieux disposait Ă cette Ă©poque, il suffisait dâun campanile posĂ© sur le pignon ; il faut donc voir, dans le clocher primitif, une marque de la puissance fĂ©odale des cathĂ©drales et abbayes, ou de la richesse et de lâimportance des communes. Du moment que lâĂ©rection dâun clocher devenait une question dâamour-propre pour les monastĂšres, les chapitres ou les communes, câĂ©tait Ă qui construirait la tour la plus Ă©levĂ©e, la plus riche, la plus imposante. BientĂŽt on ne se contenta pas dâun seul clocher ; les Ă©glises en eurent deux, trois, cinq, sept et jusquâĂ neuf, et câest principalement dans les contrĂ©es oĂč la fĂ©odalitĂ© sĂ©culiĂšre Ă©lĂšve ses chĂąteaux les plus formidables que les cathĂ©drales, les abbayes et plus tard les paroisses, construisent des clochers magnifiques et nombreux. La basilique romaine servit longtemps de type aux architectes chrĂ©tiens pour bĂątir leurs Ă©glises, et ils ne commencĂšrent Ă sâen Ă©carter que vers le commencement du XIe siĂšcle, dans quelques provinces oĂč les arts dâOrient pĂ©nĂ©trĂšrent brusquement dans le PĂ©rigord et le Limousin. Lorsque des clochers furent annexĂ©s aux basiliques imitĂ©es, par tradition, des monuments antiques, force fut aux architectes dâadopter, pour leurs clochers, des formes nouvelles, puisque la basilique antique nâavait rien qui pĂ»t servir de modĂšle Ă ce genre de construction. LâidĂ©e dâĂ©lever, Ă la place du narthex, une tour massive propre Ă la dĂ©fense de lâentrĂ©e du monument, dut ĂȘtre la plus naturelle, et câest, comme nous lâavons dit plus haut, celle qui fut adoptĂ©e. Les constructeurs carlovingiens, prĂ©occupĂ©s avant tout dâĂ©lever une dĂ©fense surmontĂ©e dâune guette et dâun signal sonore, ne songĂšrent pas tout dâabord Ă dĂ©corer leurs clochers. Des murs Ă©pais flanquĂ©s aux angles de contreforts plats, percĂ©s Ă la base dâune arcade cintrĂ©e, aux Ă©tages intermĂ©diaires de rares fenĂȘtres, et couronnĂ©s par un crĂ©nelage, une loge et un beffroi durent composer nos plus anciens clochers. Le rez-de-chaussĂ©e voĂ»tĂ© en berceau plein cintre, ordinairement sur plan barlong[1], servait de porche. Rarement un escalier communiquait directement de la base au faĂźte du monument, afin de rendre plus difficile la prise de cette dĂ©fense. On nâarrivait aux Ă©tages supĂ©rieurs que par les combles de la nef ou par une porte percĂ©e Ă lâintĂ©rieur de lâĂ©glise, Ă quelques mĂštres au-dessus dâun pavĂ©, et en se servant dâune Ă©chelle[2]. Au point de vue de lâart, ces constructions nâavaient rien de remarquable. Ce devaient ĂȘtre de vĂ©ritables bĂątisses Ă©levĂ©es pour satisfaire au besoin du moment. Cependant le porche, la partie infĂ©rieure de lâĂ©difice prĂ©cĂ©dant lâentrĂ©e, affectait parfois des dispositions dĂ©jĂ recherchĂ©es[3]. Lâarchitecture romane primitive Ă©tait pauvre en invention ; toutes les fois quâelle ne sâappuyait pas sur une tradition romaine, elle Ă©tait singuliĂšrement stĂ©rile. Mais quand, dans lâouest, des VĂ©nitiens eurent fait pĂ©nĂ©trer les arts quâeux-mĂȘmes avaient Ă©tĂ© recueillir en Orient[4], il se fit une vĂ©ritable rĂ©volution dans lâart de bĂątir, rĂ©volution qui, du PĂ©rigord et du Limousin, sâĂ©tendit jusque sur la Loire et en Poitou. Ă PĂ©rigueux mĂȘme, nous trouvons un immense clocher qui nâest pas moins curieux Ă Ă©tudier Ă cause de la date reculĂ©e de sa construction premiĂšres annĂ©es du XIe siĂšcle que par sa forme Ă©trange et la hardiesse de sa structure. Les constructeurs de Saint-Front de PĂ©rigueux, aprĂšs avoir Ă©levĂ© lâĂ©glise actuelle sur le modĂšle de celle de Saint-Marc de Venise, bĂątirent, sur les restes de lâĂ©glise latine des VIe ou VIIe siĂšcles, une tour carrĂ©e terminĂ©e par une calotte conique portĂ©e sur des colonnes. Que ce clocher ait Ă©tĂ© copiĂ© plus ou moins fidĂšlement sur lâancien campanile de Saint-Marc de Venise, ou quâil ait Ă©tĂ© composĂ©, nous ne savons sur quelles donnĂ©es, par les architectes pĂ©rigourdins du XIe siĂšcle, toujours est-il quâil prĂ©sente des dispositions neuves pour lâĂ©poque, Ă©trangĂšres aux traditions romaines quant Ă lâensemble, sinon quant aux dĂ©tails. Ce clocher est fort Ă©levĂ©, et cependant il accuse la plus grande inexpĂ©rience de ce genre de construction. Nous en donnons 1 lâĂ©lĂ©vation au-dessus de la bĂątisse latine sur laquelle il est plantĂ©. Les architectes du clocher de Saint-Front nâont rien trouvĂ© de mieux Ă©videmment que de superposer deux Ă©tages carrĂ©s en retraite lâun au-dessus de lâautre et produisant ainsi le plus dangereux porte-Ă -faux quâil soit possible dâimaginer ; car les parements intĂ©rieurs des murs de lâĂ©tage carrĂ© supĂ©rieur surplombent les parements de lâĂ©tage infĂ©rieur, de sorte que les piles dâangles portent en partie sur les voussoirs des petits arcs infĂ©rieurs, et les sollicitent Ă pousser les pieds-droits en dehors. Ne sâen tenant pas Ă cette premiĂšre disposition si vicieuse, ces architectes couronnĂšrent lâĂ©tage supĂ©rieur dâune voĂ»te hĂ©misphĂ©rique surmontĂ©e, toujours en porte-Ă -faux, dâun chapeau Ă peu prĂšs conique portĂ© sur un rang de colonnes isolĂ©es prises Ă des monuments romains et toutes de hauteurs et de diamĂštres diffĂ©rents. Il est vrai que, pour diminuer les dangers rĂ©sultant de la poussĂ©e de la calotte supĂ©rieure sur les piles dâangles, les arcades de lâĂ©tage supĂ©rieur furent simplement fermĂ©es par des linteaux cintrĂ©s, au lieu de lâĂȘtre par des archivoltes ; mais ces linteaux devaient casser sous la charge, et câest ce qui arriva. Ce dont on peut sâĂ©merveiller, câest quâune pareille tour ait pu se maintenir debout. Il faut croire que, dans lâĂ©paisseur des maçonneries, entre les rangs dâarcades, des chaĂźnages horizontaux en bois furent posĂ©s, conformĂ©ment aux habitudes des constructeurs occidentaux, et que ces chaĂźnages maintinrent cette construction. Quoi quâil en soit, peu de temps aprĂšs lâachĂšvement du clocher de Saint-Front, les arcades que nous avons figurĂ©es vides, conformĂ©ment au plan originaire, furent en partie bouchĂ©es par des pieds-droits et des archivoltes en sous-Ćuvre qui diminuĂšrent considĂ©rablement les ouvertures primitives, et les fenĂȘtres carrĂ©es de la base furent complĂštement murĂ©es. DĂ©jĂ , dans la construction de ce clocher primitif, on sent lâinfluence de cet esprit hardi des architectes occidentaux qui, un siĂšcle plus tard, allait produire, appuyĂ© sur le savoir et lâexpĂ©rience, des monuments surprenants par leur hauteur, leur lĂ©gĂšretĂ© et leur soliditĂ©. Il est difficile de reconnaĂźtre aujourdâhui jusquâĂ quel point le clocher de Saint-Front de PĂ©rigueux servit de type aux architectes des provinces de lâouest ; quâil ait exercĂ© une influence sur un grand nombre de leurs constructions, le fait nâest pas douteux ; mais nous trouvons, dans des clochers qui lui sont postĂ©rieurs dâun demi-siĂšcle environ, des Ă©lĂ©ments provenant dâautres sources. Ce qui caractĂ©rise le clocher de Saint-Front, ce sont ces Ă©tages carrĂ©s en retraite et renforcĂ©s de colonnes engagĂ©es, entre lesquelles sâouvrent de petites baies cintrĂ©es, et surtout ce couronnement conique portĂ© sur un tambour formĂ© de colonnes. Nous retrouvons un grand nombre de couronnements coniques dans lâouest et jusque vers la Loire, sur des clochers des XIe et XIIe siĂšcles, ainsi que les Ă©tages carrĂ©s avec leurs colonnes engagĂ©es dont les chapiteaux supportent les corniches. Mais, parallĂšlement Ă cette famille de clochers pĂ©rigourdins importĂ©s peut-ĂȘtre par les VĂ©nitiens, nous en voyons surgir une autre dont nous aurions grandâpeine Ă reconnaĂźtre lâorigine, les types primitifs nâexistant plus. Ces types Ă©taient-ils latins ? ce qui est probable, appartenaient-ils aux derniers dĂ©bris de la dĂ©cadence romaine sous les MĂ©rovingiens ? Nous ne saurions dĂ©cider la question. Les monuments qui nous restent, nâĂ©tant Ă©videmment que des dĂ©rivĂ©s dâĂ©difices antĂ©rieurs, il nous faut les prendre tels quâils sont, sans essayer dâindiquer dâoĂč ils viennent. Il existe, sur le flanc de lâĂ©glise abbatiale de BrantĂŽme Dordogne, non loin de PĂ©rigueux, un gros clocher bĂąti sur le roc qui longe cette Ă©glise et sans communication avec elle. Câest une tour isolĂ©e ; afin de lâĂ©lever davantage au-dessus des combles de lâĂ©glise, les constructeurs ont profitĂ© dâune falaise escarpĂ©e prĂ©sentant un relief de douze mĂštres environ au-dessus du pavĂ© de la nef. LâĂ©tage infĂ©rieur du clocher de BrantĂŽme formait autrefois, avant le bouchement de cinq de ses arcades, une salle fermĂ©e dâun cĂŽtĂ© par un gros mur adossĂ© au roc, et ouverte sur trois cĂŽtĂ©s par six arcs Ă©pais. Une voĂ»te elliptique surmonte cette salle, dont la construction est des plus curieuses et assez savante. Voici 2 le plan de ce rez-de-chaussĂ©e. Au-dessus est une seconde salle, fermĂ©e de mĂȘme, du cĂŽtĂ© nord, par le gros mur contenant un escalier Ă rampes droites et ajourĂ©es, sur les trois autres faces, en arcades divisĂ©es par des colonnes voy. le plan de ce premier Ă©tage, fig. 3. Cette salle nâĂ©tait pas voĂ»tĂ©e, mais recevait un plancher qui portait Ă©videmment le beffroi en charpente. Nous donnons 4 la coupe du clocher de BrantĂŽme sur la ligne A B des deux plans ci-dessus. Cette coupe indique une construction savante, bien calculĂ©e, dans laquelle les retraites des Ă©tages supĂ©rieurs sont habilement supportĂ©es par lâinclinaison des parements intĂ©rieurs de lâĂ©tage C contenant la souche du beffroi. Afin dâĂ©pauler les faces des Ă©tages supĂ©rieurs du clocher, qui sont assez minces, de grands pignons pleins surmontent les arcades D et de petits contreforts renforcent les angles. LâĂ©lĂ©vation 5 fait comprendre cette disposition. Le plan de ce clocher nâest pas un carrĂ© parfait, mais parallĂ©logramme, afin de laisser un libre mouvement aux cloches. Suivant un usage fort ancien, qui appartient au Quercy et que nous voyons encore adoptĂ© aujourdâhui dans les constructions particuliĂšres, la pyramide Ă base carrĂ©e qui couronne la tour est bĂątie en petits moellons, bien que le clocher soit tout entier construit en pierres de taille dâappareil[5]. Rien ne rappelle, dans la construction du clocher de BrantĂŽme, Ă©levĂ© vers le milieu du XIe siĂšcle, les formes et le mode de bĂątir employĂ©s dans le clocher de PĂ©rigueux, si ce nâest la petite coupole infĂ©rieure. Tout indique, dans la tour de BrantĂŽme, une origine latine ; le systĂšme de construction, lâappareil, la forme des arcs ; câest un art complet dĂ©veloppĂ© au point de vue de la construction. Il y a mĂȘme, dans les proportions de cet Ă©difice, une certaine recherche qui appartient Ă des artistes consommĂ©s ; les vides, les saillies et les pleins sont adroitement rĂ©partis. La rudesse de la partie infĂ©rieure, qui rappelle les constructions romaines, sâallie par des transitions heureuses Ă la lĂ©gĂšretĂ© de lâordonnance supĂ©rieure. Cette Ă©cole, Ă©trangĂšre et supĂ©rieure Ă celle de PĂ©rigueux, ne devait pas sâarrĂȘter en si beau chemin ; nous la voyons se dĂ©velopper de la maniĂšre la plus complĂšte dans la construction du clocher de Saint-LĂ©onard Haute-Vienne, presque contemporain de celui de BrantĂŽme. Conservant le parti adoptĂ© dans les Ă©tages infĂ©rieurs de la tour de BrantĂŽme, lâarchitecte du clocher de Saint-LĂ©onard entreprit dâĂ©lever un beffroi octogone en prenant comme points dâappui les quatre angles de la tour carrĂ©e et les quatre pointes des pignons couronnant les arcs percĂ©s Ă la base de ce beffroi, de maniĂšre Ă prĂ©senter quatre des angles de son octogone sur le milieu des quatre faces du carrĂ© voy., fig. 6, lâĂ©lĂ©vation perspective de ce clocher. CâĂ©tait lĂ un parti tout nouveau, original, franc et parfaitement solide, car les angles de lâoctogone ainsi plantĂ©s portaient plus directement sur les parties rĂ©sistantes de la construction, que si cet octogone eĂ»t Ă©tĂ© posĂ© ses faces parallĂšles aux faces du carrĂ©. Cette Ă©tude et cette recherche de la construction percent dans lâexĂ©cution des dĂ©tails et dans les proportions de ce beau monument. Lâarchitecte a donnĂ© de la grandeur aux divisions principales de sa tour, en plaçant des rangĂ©es de petites arcatures aveugles Ă la base en A et au sommet en B. Il y a, dans cette Ćuvre remarquable, toutes les qualitĂ©s que lâon se plaĂźt Ă reconnaĂźtre dans la bonne architecture antique romaine, et, de plus, une certaine finesse, un instinct des proportions qui tiennent Ă cette Ă©cole dâarchitectes de nos provinces occidentales. Un siĂšcle et demi plus tard, ce systĂšme de construction de clochers Ă©tait encore appliquĂ© Ă Limoges ; mais il devait se perdre au XIVe siĂšcle pour ne plus reparaĂźtre aprĂšs lâinvasion des arts du Nord dans ces provinces. Comme Ă BrantĂŽme, la flĂšche du clocher de Saint-LĂ©onard est bĂątie en moellon. PostĂ©rieurement Ă la construction du clocher de Saint-LĂ©onard, on Ă©lĂšve Ă Uzerches CorrĂšze un clocher-porche qui conserve encore les caractĂšres principaux du clocher de BrantĂŽme ; mais lâĂ©tage supĂ©rieur, bien quâĂ©tant sur plan octogone, prĂ©sente ses faces parallĂšlement Ă celles de la base carrĂ©e. Les angles restĂ©s libres entre le plan carrĂ© et le plan octogonal sont couverts par des cornes en pierre qui tiennent lieu de pinacles. Nous donnons 6 bis une vue du clocher dâUzerches. Il est construit en granit, et les faces diagonales de lâĂ©tage octogone sont portĂ©s par des encorbellements intĂ©rieurs. Le beffroi, en charpente, repose sur une voĂ»te en calotte Ă base octogonale, percĂ©e Ă son sommet dâune lunette pour le passage des cloches ; la pyramide Ă©tait autrefois maçonnĂ©e en moellon ; une charpente lâa remplacĂ©e. MalgrĂ© son apparence romane, ce clocher date des derniĂšres annĂ©es du XIIe siĂšcle, et il fait voir que si les provinces dâAquitaine avaient rapidement perfectionnĂ© les arts romans, elles ne se disposaient pas, Ă la fin du XIIe siĂšcle, Ă sâen affranchir, comme les provinces du nord. Cependant les deux Ă©coles du PĂ©rigord, celle de Saint-Front et celle dont nous suivons la trace Ă BrantĂŽme, puis Ă Saint-LĂ©onard, Ă Uzerches et dans beaucoup dâĂ©glises du Limousin, prĂ©sentaient, au point de vue de la construction, sinon comme aspect, une troisiĂšme variĂ©tĂ© qui mĂ©rite dâĂȘtre mentionnĂ©e. PrĂ©occupĂ©s de lâidĂ©e de superposer, dans la construction des clochers, des Ă©tages en retraite les uns sur les autres, les architectes limousins nâont pas toujours cherchĂ© Ă obtenir ce rĂ©sultat, ou par des porte-Ă -faux dangereux comme Ă Saint-Front de PĂ©rigueux, ou par des encorbellements comme Ă BrantĂŽme et Ă Uzerches ; ils ont parfois tentĂ© un autre moyen. Vers le milieu du XIe siĂšcle, on Ă©levait, en avant de la cathĂ©drale de Limoges car câest la place de la plupart des clochers de cette Ă©poque, un gros clocher dont le plan infĂ©rieur prĂ©sente la disposition indiquĂ©e ici 7.Les quatre colonnes intĂ©rieures A Ă©taient ainsi destinĂ©es Ă porter de fonds les retraites successives des Ă©tages de la tour. Les trois Ă©tages infĂ©rieurs seuls sont conservĂ©s et englobĂ©s dans une construction du XIIIe siĂšcle. Quant au couronnement, il nâexiste plus ; mais tout porte Ă croire quâil se rĂ©trĂ©cissait de façon Ă porter sur les quatre colonnes. Un clocher, dâune Ă©poque plus rĂ©cente fin du XIe siĂšcle, celui de la cathĂ©drale du Puy-en-Velay[6], nous donne la mĂȘme disposition dans toute son intĂ©gritĂ©. Ce clocher se compose, Ă la base, dâune muraille carrĂ©e avec quatre piles isolĂ©es Ă lâintĂ©rieur. Des arcs sont bandĂ©s de ces piles aux murs et portent des berceaux perpendiculaires aux quatre murs ; sur ces berceaux reposent les Ă©tages supĂ©rieurs, qui vont en se rĂ©trĂ©cissant jusquâĂ lâaplomb des piles ; de sorte que le sommet de ce clocher porte sur ces piles. Nous donnons 8 la coupe de ce clocher, 9 le plan au niveau A du premier Ă©tage, 10 le plan au niveau B du deuxiĂšme Ă©tage,11 le plan au niveau C du troisiĂšme Ă©tage, et 12 le plan au niveau D de lâĂ©tage supĂ©rieur[7]. Ce dernier plan est, comme on peut le vĂ©rifier, exactement superposĂ© aux piles infĂ©rieures. On remarquera la disposition curieuse du plan fig. 11, qui prĂ©sente une suite de niches intĂ©rieures et extĂ©rieures se pĂ©nĂ©trant avec beaucoup dâadresse et de maniĂšre Ă reporter les charges sur les angles de la tour. Mais, au XIe siĂšcle dĂ©jĂ , lâAuvergne possĂ©dait des constructeurs dâune rare habiletĂ© et beaucoup plus savants que ceux des autres provinces de la France voy. Construction. Le clocher de la cathĂ©drale du Puy-en-VĂ©lay, quelles que soient son importance et les dimensions de sa bĂątisse, ne pouvait cependant contenir que des cloches assez petites, ainsi que sa coupe fig. 8 le fait voir, et certainement ceux qui lâont bĂąti songeaient autant Ă faire une tour Ă©levĂ©e, un monument propre Ă ĂȘtre aperçu de loin, Ă signaler lâĂ©glise, quâĂ loger des cloches, car ils eussent pu obtenir ce dernier rĂ©sultat Ă beaucoup moins de frais. En examinant la coupe, il est facile de reconnaĂźtre que la partie du clocher destinĂ©e aux cloches se trouvait comprise entre les niveaux B et C, tandis que le dernier Ă©tage est bien plutĂŽt une loge de guetteur quâun beffroi. Les Ă©vĂȘques Ă©taient seigneurs, et, comme tels, devaient poster des guetteurs au sommet des tours des Ă©glises, comme les seigneurs laĂŻques le faisaient au sommet du donjon de leurs chĂąteaux. Ces guetteurs de jour et de nuit Ă©taient, on le sait, chargĂ©s de signaler aux habitants des citĂ©s, en tintant les cloches ou en soufflant dans des cornets, les incendies, les orages, lâapproche dâun parti ennemi, le lever du soleil, lâouverture et la fermeture des portes de la cathĂ©drale et des cloĂźtres. Nous donnons 13 lâĂ©lĂ©vation du clocher de la cathĂ©drale du Puy. Il est certain que les architectes qui Ă©levĂšrent les clochers les plus anciens cherchĂšrent, pour les couronner, des dispositions surprenantes et de nature Ă exciter lâadmiration ou lâĂ©tonnement. Il nâĂ©tait pas besoin, pour placer des cloches, de ces combinaisons Ă©tudiĂ©es ; on voulait, avant tout, attirer lâattention des populations en Ă©rigeant, Ă cĂŽtĂ© de lâĂ©glise ou sur ses constructions infĂ©rieures, un monument qui fĂ»t aperçu de loin et qui, par sa forme, contrastĂąt avec les tours des chĂąteaux ou des palais, en rivalisant de hauteur avec elles. DĂšs le XIe siĂšcle, les clochers des Ă©glises cathĂ©drales servaient souvent de beffroi pour les villes voy. Beffroi, et la citĂ© Ă©tait aussi intĂ©ressĂ©e que le chapitre Ă marquer sa richesse et sa puissance par des constructions hardies dominant les habitations privĂ©es et les monuments publics. Le clocher de la cathĂ©drale du Puy est une tour reliĂ©e au corps de lâĂ©difice, mais qui nâest point posĂ©e sur un porche ou sur la croisĂ©e de lâĂ©glise ; câest un monument presque indĂ©pendant du plan, une annexe, comme Ă BrantĂŽme. Cette disposition ne se rencontre que dans des Ă©glises trĂšs-anciennes. Chacun sait quâen Italie les clochers des Ă©glises sont tous isolĂ©s, quâils composent un monument Ă part. Mais en Italie, pendant les premiers siĂšcles du moyen Ăąge, les citĂ©s avaient conservĂ© leur constitution romaine, ou peu sâen faut, et les clochers Ă©taient un monument municipal autant quâun monument religieux. Dans le midi de la France, les plus anciens clochers prĂ©sentent la mĂȘme disposition, et ne font pas partie du plan de lâĂ©glise. Le clocher de PĂ©rigueux lui-mĂȘme est plantĂ© sur une portion de lâĂ©glise primitive conservĂ©e, mais ne tient pas Ă lâĂ©glise abbatiale de la fin du Xe siĂšcle. Les constructeurs pĂ©rigourdins ont voulu utiliser une bĂątisse ancienne qui leur servĂźt de soubassement et qui leur permĂźt dâĂ©lever ainsi Ă une grande hauteur leur nouvelle tour, sans dĂ©penses trop considĂ©rables. Il y a lĂ certainement une question dâĂ©conomie, dâautant que lâon trouve partout, dans lâĂ©glise de Saint-Front, la marque Ă©vidente dâune pĂ©nurie de ressources, la volontĂ© dâĂ©lever un vaste monument en dĂ©pensant le moins possible. Il est probable que, dans les premiers siĂšcles du moyen Ăąge, on Ă©leva ainsi, en France, accolĂ©s Ă des Ă©glises fort anciennes, mais en dehors de leur plan, des clochers auxquels on voulait donner une grande hauteur et par consĂ©quent une base solide et large. DĂšs le XIe siĂšcle, ce qui caractĂ©rise le clocher de lâĂ©glise et le distingue des tours des chĂąteaux ou des habitations privĂ©es, ce sont 1o ces Ă©tages ajourĂ©s supĂ©rieurs destinĂ©s au placement des cloches ; 2o les couronnements aigus, pyramidaux, en pierre, qui leur servent de toit. Les clochers primitifs affectant, en France, la forme carrĂ©e en plan, les pyramides en pierre qui les couronnent sont elles-mĂȘmes Ă base carrĂ©e, avec ou sans nerf sur les arĂȘtiers. Il est cependant des exceptions Ă cette rĂšgle, et le vieux clocher de PĂ©rigueux en est une preuve ; lĂ , le couronnement porte sur un Ă©tage circulaire et est conique ; mais il fait reconnaĂźtre, comme nous lâavons dĂ©jĂ dit, dans le clocher de PĂ©rigueux, une origine Ă©trangĂšre, qui servit de type Ă beaucoup de clochers de lâouest, car nous voyons ces couronnements coniques persister, dans cette partie de la France, pendant le XIIe siĂšcle, et pĂ©nĂ©trer mĂȘme jusque dans le Berry. En dehors de cette influence sortie de PĂ©rigueux, et dont lâorigine peut bien ĂȘtre byzantine, en dehors de lâĂ©cole occidentale dont BrantĂŽme est un type, les provinces composant la France de nos jours adoptent les clochers pour toutes leurs Ă©glises, grandes ou petites, Ă partir du XIe siĂšcle ; mais toutes nâadoptent pas les mĂȘmes dispositions, quant Ă la place ou quant Ă la forme Ă donner aux clochers. Les unes, comme lâAuvergne et le centre, qui, pendant la pĂ©riode romane, sont en avance sur le nord et lâouest, plantent leurs clochers dâabord sur la rencontre des transepts avec la nef, sur la croisĂ©e et sur la façade ; les autres, comme les provinces françaises proprement dites, les placent en avant des nefs et dans les angles des transsepts. Dâautres enfin, comme les provinces les plus mĂ©ridionales, hĂ©sitent, ne font pas entrer les clochers dans le plan gĂ©nĂ©ral de lâĂ©glise, ou ne leur donnent quâune minime importance. Peut-ĂȘtre, dans ces contrĂ©es oĂč lâesprit municipal des villes romaines sâĂ©tait conservĂ© comme en Italie, existait-il prĂšs des Ă©glises des tours isolĂ©es Ă la fois religieuses et communales, qui furent dĂ©truites lors des guerres religieuses du XIIIe siĂšcle ; ce qui est certain, câest que, dans les villes du nord, le rĂ©veil de lâesprit municipal est signalĂ© par lâĂ©rection de grands clochers tenant aux Ă©glises cathĂ©drales, car il faut observer que les clochers les plus imposants par leur hauteur et leur richesse sâĂ©lĂšvent, Ă la fin du XIe siĂšcle et pendant le XIIe, au milieu des citĂ©s qui sâĂ©rigent en communes de grĂ© ou de force. Mais aucune province ne rivalise avec la Normandie, dĂšs la fin du XIe siĂšcle, pour le nombre et la dimension de ses clochers. Les Normands Ă©tablis sur le continent devinrent bientĂŽt dâinfatigables constructeurs. Ils avaient pour eux la richesse dâabord, puis un esprit de suite qui manquait Ă la plupart des populations françaises ; ces deux conditions Ă©taient Ă©galement nĂ©cessaires pour Ă©riger des monuments dispendieux et qui demandaient de longs travaux. Bien partagĂ©s en matĂ©riaux propres Ă bĂątir, les Normands Ă©levĂšrent, dĂšs le temps de Guillaume le ConquĂ©rant, de vastes Ă©glises et les couronnĂšrent par des clochers nombreux et Ă©levĂ©s ; câest surtout pendant le XIIe siĂšcle que leurs citĂ©s se signalĂšrent entre les villes françaises par le nombre et lâĂ©lĂ©vation prodigieuse des clochers. La plupart de leurs Ă©glises, mĂȘme de second ordre, en possĂ©daient trois, un clocher sur la croisĂ©e et deux clochers sur la façade. Leurs cathĂ©drales et leurs Ă©glises abbatiales en possĂ©dĂšrent bientĂŽt cinq, car aux trois dont nous venons dâindiquer la place ils en ajoutĂšrent souvent deux de moindre importance, flanquant les sanctuaires au-dessus des collatĂ©raux. Ce ne fut quâĂ la fin du XIIe siĂšcle que les provinces du domaine royal renchĂ©rirent encore sur les constructions normandes, en donnant Ă leurs cathĂ©drales sept et mĂȘme neuf clochers voy. CathĂ©drale. Le clocher central normand, celui qui est posĂ© Ă lâintersection des bras de croix, nâest pas seulement une tour sâĂ©levant au-dessus des voĂ»tes de lâĂ©glise et portant sur les quatre piliers principaux, il contribue encore Ă lâeffet intĂ©rieur du monument en laissant au-dessus de la croisĂ©e une vaste lanterne, libre et apparente Ă lâintĂ©rieur, dont lâeffet ajoute singuliĂšrement Ă la grandeur du vaisseau. Quant aux clochers annexĂ©s aux façades, les plus anciens montent de fond, et lâintervalle laissĂ© entre eux est rĂ©servĂ© au porche ou vestibule. Cette mĂ©thode, appliquĂ©e Ă la construction des clochers des façades, nâĂ©tait pas, avant la pĂ©riode gothique, propre seulement Ă la Normandie. Les constructeurs romans nâosaient pas, comme leurs successeurs, poser ces tours colossales partie sur les murs de face et latĂ©raux, partie sur une pile isolĂ©e, et il faut dire quâen principe ils nâavaient pas tort. Dâailleurs les architectes romans ne donnaient pas gĂ©nĂ©ralement, aux tours des façades, lâimportance quâon leur donna depuis. Pour eux, le clocher principal, celui qui sâĂ©levait le plus haut et qui prĂ©sentait la base la plus large, Ă©tait naturellement le clocher Ă©levĂ© sur la croisĂ©e. Cette base Ă©tait commandĂ©e par lâĂ©cartement des piles, par la largeur de la nef, et partant dâun plan aussi Ă©tendu comme surface, il fallait bien, afin de donner une proportion convenable au clocher, Ă©lever son sommet Ă une grande hauteur. Malheureusement, des grands clochers normands Ă©levĂ©s sur la croisĂ©e des Ă©glises antĂ©rieurement Ă la fin du XIIe siĂšcle, il ne nous reste que des fragments, des traces noyĂ©es dans des constructions postĂ©rieures, ou tout au plus les Ă©tages infĂ©rieurs[8]. Ces clochers Ă©taient carrĂ©s, percĂ©s dâun ou de deux Ă©tages de fenĂȘtres Ă©clairant lâintĂ©rieur de lâĂ©glise. Ă proprement parler, le clocher ne commençait quâau-dessus de ces Ă©tages, qui participaient du vaisseau intĂ©rieur. Nous nous occuperons dâabord de ces clochers centrals, qui paraissent avoir Ă©tĂ© adoptĂ©s en France, dans les provinces du centre, de lâest et en Normandie, vers le commencement du XIe siĂšcle. Nous avons donnĂ©, fig. 1, le clocher de la cathĂ©drale de PĂ©rigueux, qui date de la fin du Xe siĂšcle ou du commencement du XIe. Ainsi que nous lâavons dit, cette construction eut une influence sur la plupart de celles qui furent Ă©levĂ©es, pendant les XIe et XIIe siĂšcles, dans le PĂ©rigord, la Saintonge, lâAngoumois et le Poitou. Mais les imitateurs Ă©vitĂšrent les vices de construction que lâon remarque dans ce clocher et qui avaient nĂ©cessitĂ© le bouchement de presque tous ses ajours ; ils cherchĂšrent, au contraire, Ă donner Ă leurs clochers une grande soliditĂ©, au moyen dâangles puissants en maçonnerie et de combinaisons ingĂ©nieuses. Les architectes de ces provinces, soit quâils fussent influencĂ©s par la position donnĂ©e au clocher de Saint-Front de PĂ©rigueux, bĂąti Ă cheval sur lâancienne Ă©glise latine, soit quâils eussent reconnu que le centre de la croisĂ©e des Ă©glises est le point le plus rĂ©sistant et le mieux contrebuttĂ© de ces monuments, bĂątirent de prĂ©fĂ©rence leurs clochers Ă lâintersection des transsepts, Ă lâentrĂ©e du chĆur, sur la derniĂšre travĂ©e renforcĂ©e de la nef. Il existe encore, sur lâĂ©glise de lâabbaye des Dames, Ă Saintes, un gros clocher, de la fin du XIe siĂšcle, qui, rappelant encore les dispositions primitives du clocher de Saint-Front, est dĂ©jĂ franchement roman et abandonne les formes antiques qui caractĂ©risent le clocher de PĂ©rigueux. Nous donnons 14 une vue de ce clocher. Il se compose, au-dessus des voĂ»tes de lâĂ©glise, dâun Ă©tage carrĂ© percĂ© sur chaque cĂŽtĂ© de trois arcades soutenues par des piles formĂ©es de colonnes engagĂ©es. Une voĂ»te hĂ©misphĂ©rique porte, comme Ă Saint-Front, un Ă©tage circulaire, non plus composĂ© dâun quillage de colonnes, mais de douze petits contreforts cylindriques, entre lesquels sâouvrent des arcades divisĂ©es par une colonne. Cet Ă©tage est surmontĂ© du chapeau conique lĂ©gĂšrement convexe, couvert dâĂ©cailles retournĂ©es, comme celui de Saint-Front. Mais ici lâarchitecte, plus habile que celui du clocher de PĂ©rigueux, a compris dĂ©jĂ quâil devait charger les quatre angles de la base carrĂ©e par des pinacles, pour donner une rĂ©sistance plus grande Ă ces angles. Il peut paraĂźtre Ă©trange que lâon ait dĂ©corĂ© les cĂŽnes en pierre dâĂ©cailles retournĂ©es, car au premier abord il semblerait plus convenable, afin de faciliter lâĂ©coulement des eaux pluviales, de placer les Ă©cailles dans leur sens naturel, comme des tuiles ; mais lorsquâon examine de prĂšs la construction de ces cĂŽnes en pierre, on comprend parfaitement pourquoi les constructeurs ont adoptĂ© cette singuliĂšre disposition. Câest que chaque intervalle entre ces Ă©cailles forme une petite rigole Ă©loignant les eaux des joints verticaux. Une figure est nĂ©cessaire pour expliquer ce systĂšme de couverture en pierre. Soit 15 un dĂ©tail perspectif dâune portion du cĂŽne squamĂ© et une coupe ; les lits des assises Ă©tant en A, les joints verticaux sont en B. Lâeau suivant toujours les surfaces, est conduite naturellement dâune surface C sur la surface infĂ©rieure D, et nâest pas invitĂ©e ainsi Ă pĂ©nĂ©trer les joints verticaux, qui sont dâautant plus garantis quâils se trouvent au point culminant E des Ă©cailles et quâils coupent leur parement vertical F. Et, en effet, ces cĂŽnes couverts dâĂ©cailles retournĂ©es rĂ©sistent mieux Ă lâaction des pluies que les cĂŽnes ou que les pyramides Ă parements unis. La forme des clochers dont lâĂ©glise de Saint-Front de PĂ©rigueux est le premier type connu, se perpĂ©tue et se perfectionne, pendant le XIIe siĂšcle, dans les provinces de lâouest. Beaucoup dâĂ©glises de lâAngoumois et de la Saintonge possĂšdent encore des clochers centrals bien conçus, bien construits, et qui affectent des formes plus sveltes Ă mesure quâils se rapprochent de la fin de ce siĂšcle. Entre plusieurs, nous en choisirons un qui, de la base au faĂźte, est combinĂ© de façon Ă prĂ©senter une stabilitĂ© parfaite ; câest le clocher de lâĂ©glise de Roulet Charente. Cette Ă©glise, comme la plupart des Ă©difices religieux de second ordre de cette contrĂ©e, se compose dâune seule nef couverte par des coupoles. Ă lâentrĂ©e du chĆur est une travĂ©e plus Ă©paisse dans ses Ćuvres basses qui porte un clocher. Voici 16 le plan de la travĂ©e Ă rez-de-chaussĂ©e, portant la tour qui sâĂ©lĂšve de fond sur les deux murs latĂ©raux et sur les deux arcs doubleaux transversaux bandĂ©s sur les quatre piles. Au-dessus du comble est un soubassement carrĂ© dĂ©corĂ© dâarcatures aveugles, puis un Ă©tage Ă©galement carrĂ©, mais percĂ© dâarcades Ă jour ; câest lâĂ©tage destinĂ© aux cloches. Sur ce dernier Ă©tage sâĂ©lĂšve la flĂšche conique franche, non plus convexe. Voici 17 le plan de lâĂ©tage carrĂ© du beffroi, et 18 le plan de la base du cĂŽne avec ses quatre petits pinacles Ă jour. La fig. 19 donne la coupe de ce clocher et la fig. 20 son Ă©lĂ©vation[9]. Ces croquis font voir que, dĂ©jĂ vers le milieu du XIIe siĂšcle, les architectes occidentaux se prĂ©occupaient de donner plus dâĂ©lĂ©gance Ă leurs clochers ; les Ă©tages carrĂ©s sont dâune proportion heureuse, les flĂšches coniques sâĂ©lancent davantage, se couvrent dâĂ©cailles en dents de scie au lieu dâĂ©cailles circulaires, mais en conservant toujours le principe de construction prĂ©sentĂ© fig. 15 ; les pinacles des angles sâajourent et prennent plus dâimportance. Ils sont posĂ©s diagonalement, afin de profiter dâune base plus large. JusquâĂ la fin du XIIe siĂšcle, cette forme de clocher persiste, en devenant chaque jour plus lĂ©gĂšre. Mais ce qui caractĂ©rise les clochers de lâouest, ce sont ces Ă©tages carrĂ©s qui partent de fond, de la base Ă la flĂšche, et surtout cette couverture conique dont les Ă©cailles sont plus fines Ă mesure que lâart roman arrive Ă son dernier degrĂ© dâĂ©lĂ©gance. En Auvergne, dĂšs le XIe siĂšcle, les clochers centrals portent sur une coupole inscrite dans un carrĂ© et arrivent brusquement au plan octogone Ă deux ou trois Ă©tages couronnĂ©s par une pyramide Ă huit pans. Tels Ă©taient les clochers centrals, derniĂšrement rĂ©tablis[10], des Ă©glises dâIssoire, de Notre-Dame-du-Port Ă Clermont, de Saint-Nectaire Puy-de-DĂŽme, bĂątis pendant la seconde moitiĂ© du XIe siĂšcle. Mais ces clochers portent sur un soubassement qui appartient exclusivement Ă lâAuvergne, et comprenant la coupole et deux demi-berceaux lâĂ©tayant dans le sens des transsepts voy. Architecture Religieuse, Construction, Ăglise ; et ce systĂšme, qui consiste Ă planter un clocher Ă base octogone sur une Ă©norme construction barlongue, nâest pas heureux, car il nây a pas de transition entre les soubassements appartenant Ă lâĂ©glise et la tour. LâĆil, ne devinant pas la coupole Ă lâextĂ©rieur, ne peut comprendre comment une tour prismatique porte sur un parallĂ©logramme. Nous trouvons, au contraire, ces transitions habilement mĂ©nagĂ©es dans le clocher central de la petite Ă©glise dâObasine CorrĂšze. La coupole de la croisĂ©e, Ă Obasine, est toute pĂ©rigourdine, portant sur quatre arcs doubleaux et des pendentifs ; sur cette coupole sâĂ©lĂšve un clocher octogonal Ă jour. 300pxcentrĂ©Nous donnons 21 lâĂ©lĂ©vation de ce clocher[11]. On voit comment les pendentifs de la coupole sont couverts par les triangles a ressauts, et comment, du socle carrĂ© portant sur les quatre piles et les arcs doubleaux, la construction arrive Ă lâoctogone parfait. La coupe 22 indique lâensemble de cette construction. Ce systĂšme, dĂ©rivĂ© de lâĂ©cole de PĂ©rigueux, prĂ©vaut dans le Languedoc jusquâĂ la fin du XIIIe siĂšcle, et le grand clocher central de Saint-Sernin de Toulouse, bĂąti en pierre et en brique, vers le milieu du XIIIe siĂšcle, est encore construit conformĂ©ment Ă ce principe. Nous trouvons aussi des clochers centrals octogones de lâĂ©poque de transition dans les provinces du centre, dans lâĂ©glise de Cogniat Allier, par exemple[12], et jusquâen Bourgogne. La belle Ă©glise de Paray-le-Monial SaĂŽne-et-Loire possĂšde encore un clocher central Ă huit pans, dont lâĂ©tage infĂ©rieur date de la fin du XIIe siĂšcle et lâĂ©tage supĂ©rieur du XIIIe. Ce clocher, qui porte 10m,00 de largeur hors Ćuvre, surmonte une coupole octogone percĂ©e dâun Ćil pour le passage des cloches. Ă ce propos, il est utile de remarquer que, dans les voĂ»tes infĂ©rieures des clochers primitifs, il nâest pas rĂ©servĂ© de passage pour les cloches. Celles-ci Ă©taient de dimensions assez petites pour pouvoir ĂȘtre introduites par les baies du clocher, ou, ce qui est plus probable, Ă©taient montĂ©es avant la fermeture des voĂ»tes infĂ©rieures. Nous avons lâoccasion de prĂ©senter un certain nombre de ces clochers de lâĂ©poque de transition et gothique au mot Ăglise, auquel nous renvoyons nos lecteurs. La Normandie fut, de toutes les provinces françaises, celle qui persista le plus longtemps Ă Ă©lever des clochers gigantesques sur la croisĂ©e de ses Ă©glises. Les cathĂ©drales de Bayeux, de Coutances, de Rouen, les Ă©glises de la TrinitĂ© de Caen, de Saint-Ouen de Rouen, possĂšdent encore des clochers centrals en pierre qui datent des XIIe, XIIIe, XIVe, XVe et XVIe siĂšcles. Tandis que dans lâĂle de France, la Picardie et la Champagne, on renonça, dĂšs la fin du XIIIe siĂšcle, Ă surmonter les croisĂ©es des Ă©glises par des clochers de pierre. La cathĂ©drale de Paris ne possĂ©da jamais quâune flĂšche en bois, Ă lâintersection des transsepts, qui datait du commencement du XIIIe siĂšcle ; les cathĂ©drales dâAmiens et de Beauvais furent surmontĂ©es de clochers centrals en pierre et bois ; mais ces constructions sâĂ©tant Ă©croulĂ©es ou ayant Ă©tĂ© dĂ©truites par le feu, ne furent remplacĂ©es que par des flĂšches en charpente recouvertes de plomb. Les provinces de lâest, pendant la pĂ©riode romane, Ă©levĂšrent, sur un grand nombre de leurs Ă©glises, des clochers centrals en pierre ; ceux-ci sont carrĂ©s sur la Haute-SaĂŽne, la Haute-Marne, le RhĂŽne supĂ©rieur, et octogones, vers la fin du XIe siĂšcle, en se rapprochant du Rhin. Il paraĂźtrait que lâusage des clochers posĂ©s au centre de la croisĂ©e des Ă©glises Ă©tait fort anciennement adoptĂ© dans les contrĂ©es qui subirent particuliĂšrement lâinfluence carlovingienne ou de la renaissance des arts du Bas-Empire. On conçoit, en effet, quâil Ă©tait difficile de poser une tour sur la croisĂ©e dâune basilique latine ; le peu dâĂ©paisseur des murs de ces monuments, la largeur des nefs et la faiblesse des points dâappui du vaisseau principal, ne permettait guĂšre de charger des constructions aussi lĂ©gĂšres de maçonneries sâĂ©levant Ă une assez grande hauteur. Mais quand Charlemagne eut fait construire des Ă©difices sacrĂ©s qui, comme lâĂ©glise dâAix-la-Chapelle, sont bĂątis sur un plan circulaire ou Ă pans, Ă©paulĂ© par des niches Ă lâinstar de certains Ă©difices orientaux des premiers temps chrĂ©tiens, la rĂ©sistance de ces constructions, parfaitement contrebuttĂ©es sur tous les points, leur forme mĂȘme, appela nĂ©cessairement un couronnement central Ă©levĂ©. Nous possĂ©dons, sur les bords de la Loire, Ă Germigny-des-PrĂ©s, prĂšs de Sully, une petite Ă©glise qui est du plus grand intĂ©rĂȘt, car sa date et son histoire sont connues. Le moine Letalde, Ă©crivain du Xe siĂšcle, rapporte, dit M. MĂ©rimĂ©e[13], que ThĂ©odulphe, dâabord abbĂ© de Saint-BenoĂźt-sur-Loire, puis Ă©vĂȘque dâOrlĂ©ans, fit bĂątir lâĂ©glise de Germigny-des-PrĂ©s Ă lâimitation de celle dâAix-la-Chapelle. » Il faut avouer que lâimitation est fort libre, car ce qui existe du plan de ThĂ©odulphe, câest-Ă -dire la partie principale de lâĂ©difice, donne quatre piliers carrĂ©s entourĂ©s dâun bas-cĂŽtĂ© avec trois absidioles, une Ă lâorient et deux au sud et au nord. Ce plan rappelle bien plutĂŽt les petites Ă©glises grecques de lâAsie et du PĂ©loponnĂšse que celui dâAix-la-Chapelle. Quoi quâil en soit, sur les quatre piles centrales sâĂ©lĂšve un clocher carrĂ© portant sur les quatre arcs doubleaux. Son beffroi nâest sĂ©parĂ© du vaisseau que par un plancher, et est percĂ©, sur chacune des quatre faces, Ă lâĂ©tage infĂ©rieur formant lanterne, de quatre petites fenĂȘtres dĂ©corĂ©es de stucs Ă lâintĂ©rieur ; Ă lâĂ©tage supĂ©rieur destinĂ© aux cloches, de quatre baies jumelles. On retrouve, dans les stucs et dans la construction mĂȘme, faite en moellons recouverts dâenduits et dâune mosaĂŻque sous la voĂ»te de lâabside orientale, les traditions du bas-empire. Mais nous avons lâoccasion de revenir sur ce curieux monument au mot Ăglise. Nous devons nous borner Ă le signaler ici Ă cause de sa date et de la prĂ©sence dâun clocher central antĂ©rieur Ă celui de Saint-Front de PĂ©rigueux, puisquâil aurait Ă©tĂ© Ă©levĂ© au commencement du IXe siĂšcle. On peut donc, jusquâĂ prĂ©sent, trouver deux origines distinctes Ă lâintroduction des clochers centrals des Ă©glises en France lâune, par les VĂ©nitiens, sur les cĂŽtes occidentales ; lâautre, par la renaissance carlovingienne de lâEst. Il est des provinces oĂč ces deux influences se rencontrent et se mĂȘlent dâautres oĂč elles dominent exclusivement. Or, si le clocher de Saint-Front servit de type Ă un grand nombre de tours dâĂ©glises dans lâOuest, des clochers analogues Ă celui de Germigny-des-PrĂ©s car nous ne pouvons faire Ă ce petit Ă©difice lâhonneur dâavoir servi de type, des clochers carlovingiens dâorigine, influĂšrent sur les constructions entreprises sur les bords de la SaĂŽne, de la haute Marne et dans le Lyonnais. Lâun des plus anciens clochers centrals de cette derniĂšre contrĂ©e est celui de lâĂ©glise dâAinay Ă Lyon. La base massive de ce clocher date probablement du XIe siĂšcle, et son Ă©tage Ă jour, supĂ©rieur, du XIIe. Si lâon considĂšre la partie infĂ©rieure du clocher central dâAinay, on pourrait supposer quâelle Ă©tait destinĂ©e Ă porter plusieurs Ă©tages, car ses murs massifs, percĂ©s seulement dâune petite baie sur chacune des faces, ont une rĂ©sistance considĂ©rable. Cependant, cette base ne fut surmontĂ©e que dâun seul Ă©tage percĂ© dâarcatures. Mais il nâest pas rare de rencontrer, dans lâancien Lyonnais, ces clochers trapus, couronnĂ©s dâun toit plat en charpente, recouvert de tuiles romaines dans lâorigine et plus tard de tuiles creuses. La fig. 23 reprĂ©sente une vue du clocher central dâAinay. Sa base est construite en moellons, avec angles en pierre, elle porte sur quatre arcs-doubleaux et contient une coupole ; un escalier massif Ă pans monte jusquâĂ lâĂ©tage supĂ©rieur, qui, plus moderne que la base, est en pierre. La corniche qui termine cet Ă©tage, formĂ©e dâune tablette portĂ©e sur des corbeaux, ne laisse pas supposer quâon ait eu lâintention de construire plus dâun Ă©tage sur la large base qui surmonte les voĂ»tes de lâĂ©glise. Vers la haute Marne et la haute SaĂŽne, câest-Ă -dire en se rapprochant du Rhin, les clochers centrals des Ă©glises nâont pas cette forme Ă©crasĂ©e, et sont couverts par des flĂšches en pierre ; ils conservent longtemps, cependant, le plan carrĂ© jusquâĂ la corniche du couronnement ; la flĂšche en pierre est souvent sur plan octogonal, et les angles restant entre les cĂŽtĂ©s du polygone et le carrĂ© sont remplis par des amortissements de pierre en forme de cornes dĂ©tachĂ©es de la pyramide de la flĂšche. La prĂ©sence de ces cornes ou pinacles triangulaires est motivĂ©e par la construction de la flĂšche en pierre, dont quatre des faces reposent sur des encorbellements ou des trompillons, la charge des pinacles Ă©tant destinĂ©e Ă empĂȘcher la bascule des encorbellements ou le dĂ©vers des trompillons. Dans ces contrĂ©es, les constructions du XIe siĂšcle et du commencement du XIIe sont brutes et les clochers dâune simplicitĂ© remarquable ; fermĂ©s du cĂŽtĂ© de lâouest, Ă cause des vents de pluie, ils sont percĂ©s seulement dâarcatures plein-cintre assez Ă©troites sur trois cĂŽtĂ©s et surmontĂ©s de flĂšches carrĂ©es sans aucun ornement, ou, dans les derniers temps de la pĂ©riode romane, de pyramides Ă huit pans. Parmi les clochers de la haute Marne, un des plus anciens et des plus curieux, Ă cause de sa parfaite conservation, est le clocher de la petite Ă©glise dâIsĂŽmes ; il date de la seconde moitiĂ© du XIIe siĂšcle. Nous en prĂ©sentons 24 la vue perspective. Le couronnement de ce clocher mĂ©rite de fixer lâattention des architectes. Il se compose, Ă la base de la flĂšche, de quatre pignons et de quatre amortissements aux angles, de lâeffet le plus pittoresque. Les petites plates-formes qui terminent les quatre amortissements triangulaires Ă©taient probablement destinĂ©es Ă recevoir les figures des quatre Ă©vangĂ©listes, de quatre anges sonnant de lâolifant, ou des quatre Vents, conformĂ©ment Ă un usage assez gĂ©nĂ©ralement Ă©tabli en Bourgogne et en Champagne. Des gargouilles simplement Ă©pannelĂ©es reçoivent les eaux de la flĂšche entre les pignons et les amortissements. Notre figure dĂ©montre assez que ce clocher porte de fond sur les deux murs latĂ©raux de la nef dĂ©pourvue de transsepts et sur deux arcs doubleaux. Mais si ces clochers carrĂ©s centrals ont une origine carlovingienne, il faut reconnaĂźtre que, dans les provinces mĂȘmes oĂč ils avaient pris naissance, le type primitif fut bientĂŽt modifiĂ©, car presque tous les clochers centrals des bords du Rhin, des XIe et XIIe siĂšcles, sont bĂątis sur plan octogonal, ainsi que nous lâavons dit plus haut. On ne peut cependant mĂ©connaĂźtre cette influence, sinon dans lâensemble du plan, du moins dans les dĂ©tails. Les amortissements des angles, la disposition des baies, les dĂ©corations des bandeaux et des chapiteaux des clochers de la haute Marne et de la haute SaĂŽne sont Ă©videmment empruntĂ©s au style carlovingien primitif. Seulement, les constructeurs de ces derniĂšres provinces, moins habiles et moins savants que ceux du Rhin, nâosaient probablement pas planter un octogone sur quatre piles. Si lâarchitecte qui a bĂąti lâĂ©glise de Germigny-des-PrĂ©s a cru de bonne foi copier la construction de lâĂ©glise dâAix-la-Chapelle, on peut bien admettre que lâarchitecte du clocher dâIsĂŽmes sâest inspirĂ© des constructions rhĂ©nanes ; seulement, il nâa osĂ© adopter le plan octogone que pour la flĂšche. Il nous faut Ă©tudier quelques-uns des clochers centrals des provinces rhĂ©nanes pour faire reconnaĂźtre lâinfluence quâils ont dĂ» exercer sur les constructions des provinces françaises de lâEst. Il existe, sur la croisĂ©e de lâĂ©glise de Guebviller, un clocher central octogone dĂšs sa base dont les quatre faces parallĂšles aux diagonales du carrĂ© sont portĂ©es sur des trompillons. La construction de ce clocher remonte Ă la fin du XIe siĂšcle ; elle est lĂ©gĂšre eu Ă©gard Ă sa hauteur. Voici 25 en C le plan, en D lâĂ©lĂ©vation et en E la coupe sur A B de ce clocher. La nature des matĂ©riaux employĂ©s grĂšs rouge des Vosges a pu permettre au constructeur de donner aux murs de lâoctogone une Ă©paisseur assez faible 0,80 c. ; encore, les pierres de ces murs ne font pas parpaing ; on remarquera que lâĂ©tage infĂ©rieur est construit en moellons Ă lâintĂ©rieur et parementĂ© en pierre Ă lâextĂ©rieur. Les angles du prisme sont chargĂ©s de huit pinacles en pierre Ă la base de la flĂšche, et les quatre amortissements qui couvrent les trompillons Ă la base reçoivent sur leur pente quatre petites statues que nous pensons ĂȘtre les quatre Vents ou peut-ĂȘtre les quatre Saisons. La curieuse Ă©glise de Sainte-Foi Ă Schelestadt possĂšde Ă©galement un clocher central sâĂ©levant sur la croisĂ©e, qui mĂ©rite dâĂȘtre mentionnĂ©. Comme celui de Guebviller, le clocher de Sainte-Foi est octogone portant sur les quatre arcs doubleaux et sur des trompes. Il se compose dâun Ă©tage ornĂ© dâune arcature aveugle surmontant un soubassement, dâun Ă©tage Ă jour et dâune flĂšche pyramidale en pierre dont les cĂŽtĂ©s sont lĂ©gĂšrement convexes en se rapprochant de la corniche. Nous donnons 26 une vue perspective de ce clocher, bien construit en grĂšs. On remarquera, aux angles de chacun des deux Ă©tages, les dĂ©corations plaquĂ©es qui rappellent les amortissements de couronnement que nous avons vus Ă la base des flĂšches des clochers dâIsĂŽmes et de Guebviller. Le clocher de Schelestadt est contemporain de celui-ci ; il appartient Ă la fin du XIe siĂšcle ou au commencement du XIIe. Peu variĂ©s dans leur composition dâensemble et dans leurs dĂ©tails, les clochers centrals rhĂ©nans de lâĂ©poque romane se rapprochent plus ou moins de ces deux exemples[14]. Il nous faut revenir maintenant aux dĂ©rivĂ©s les plus Ă©loignĂ©s du clocher de Saint-Front de PĂ©rigueux. On a vu que lâun des caractĂšres particuliers au clocher de Saint-Front consiste en certaines colonnes engagĂ©es qui sĂ©parent les arcades comme les ordres de lâarchitecture romaine. On retrouve cette disposition dans beaucoup de clochers centrals de lâAngoumois, de la Saintonge et du PĂ©rigord ; elle est franchement adoptĂ©e dans le clocher de lâĂ©glise de Montmoreau Charente, dans ceux de SĂ©gonzac, de Jonsac ; et nous la voyons suivie jusque dans des provinces Ă©loignĂ©es qui cependant subissent lâinfluence de lâarchitecture des cĂŽtes occidentales, comme dans le Poitou et jusque dans le Berry. Le clocher de lâĂ©glise haute de Loches, bĂąti sur le sanctuaire, conserve non-seulement cette disposition des clochers pĂ©rigourdins, mais aussi les pinacles dâangles ; quant Ă sa flĂšche, elle est Ă huit pans au lieu dâĂȘtre conique. Mais les architectes du XIIe siĂšcle qui ont Ă©levĂ© ce clocher, habiles constructeurs, ont compris quâune seule colonne engagĂ©e Ă lâangle des Ă©tages carrĂ©s, comme Ă Saint-Front, ne suffisait pas pour maintenir la poussĂ©e des arcs et quâil fallait renforcer ces angles. Ils ont donc Ă©loignĂ© les colonnes engagĂ©es de ces angles, afin de leur laisser une grande force, et ont ainsi rapprochĂ© les arcades doubles lâune de lâautre, sur chaque face. DâaprĂšs cette mĂ©thode les angles Ă©pais, chargĂ©s par des pinacles, pĂšsent verticalement sur les quatre points dâappui infĂ©rieurs et maintiennent la stabilitĂ© de la tour. Au point de vue de la construction, le clocher central de lâĂ©glise de Loches est un des mieux Ă©tudiĂ©s suivant les traditions du PĂ©rigord, et la planche 27 en offre une vue perspective. Profitant des deux styles venus de lâEst et de lâOuest, les architectes des provinces du domaine royal Ă©lĂšvent sur leurs Ă©glises, pendant le XIIe siĂšcle, des tours centrales qui subissent ces deux influences, mais prennent bientĂŽt, comme toute lâarchitecture de cette Ă©poque et de ce territoire, un caractĂšre propre qui est rĂ©ellement le style français. Nous en trouvons un exemple remarquable Ă Poissy, dans lâĂ©glise collĂ©giale. Sur la derniĂšre travĂ©e de la nef, Ă lâentrĂ©e du chĆur car cette Ă©glise est dĂ©pourvue de transsepts, sâĂ©lĂšve un clocher portant sur quatre piliers. Sa base est carrĂ©e ; aux quatre angles de cette base sâĂ©lĂšvent quatre pinacles massifs un seul renferme un petit escalier Ă vis ; au-dessus est posĂ©e la souche du beffroi sur plan octogone irrĂ©gulier, câest-Ă -dire ayant quatre grands cĂŽtĂ©s et quatre petits. Posant la tour sur quatre piles, il est Ă©vident que les constructeurs nâont pas osĂ© adopter lâoctogone rĂ©gulier, afin dâĂ©viter des trompillons de grande dimension et de rapprocher, autant que possible, la charge totale sur ces quatre points dâappui. Mais les angles de lâoctogone possĂšdent leurs colonnes engagĂ©es, les angles du carrĂ© leurs pinacles, ce qui rappelle lâinfluence occidentale, et le beffroi est octogone, comme la plupart des clochers centrals de lâEst. La flĂšche du clocher central de lâĂ©glise de Poissy est en charpente, comme certaines flĂšches de clochers normands dans une situation analogue ; et il nây a pas lieu de supposer quâelle ait Ă©tĂ© primitivement projetĂ©e en pierre. LâĂ©tage Ă jour du beffroi octogone se compose dâarcades jumelles sur les grands cĂŽtĂ©s et dâarcades simples sur les petits. La base de ce clocher ne renferme point une coupole ou une lanterne, comme les clochers centrals du Rhin ou de Normandie, elle nâest que lâĂ©tage infĂ©rieur du beffroi au-dessus de la voĂ»te de la nef. Nous prĂ©sentons 28 une vue perspective de ce clocher, dont la construction remonte aux premiĂšres annĂ©es du XIIe siĂšcle. Cependant, dĂšs la fin de ce siĂšcle, on renonçait, dans lâĂle de France, aux plans octogones pour les tours centrales des Ă©glises ; le plan carrĂ© des tours normandes prĂ©valait ; les flĂšches seules conservaient la forme octogonale Ă la base, avec quatre pinacles aux angles. Non loin de Poissy, en descendant la Seine, on voit, sur la rive gauche, une petite Ă©glise bĂątie au centre du village de Vernouillet. Cette Ă©glise possĂšde un clocher sur la croisĂ©e, Ă lâentrĂ©e du chĆur. La construction du clocher de Vernouillet remonte aux derniĂšres annĂ©es du XIIe siĂšcle 1190 environ ; lĂ , plus de tĂątonnements, plus dâincertitudes ; les diverses influences romanes de lâEst et de lâOuest se sont fondues ; un art nouveau, formĂ© de ces divers Ă©lĂ©ments, mais franc et original, apparaĂźt dans tout son Ă©clat. Avant la construction du clocher central de Vernouillet, on avait Ă©levĂ© celui de Limay, prĂšs de Mantes, et qui dĂ©jĂ donne une tour carrĂ©e surmontĂ©e dâune flĂšche Ă base octogone, de quatre pinacles pleins sur les angles et de lucarnes sur quatre des faces de la pyramide. Le clocher de Limay, lourd encore, soumis aux traditions romanes, est cependant lâun des premiers pas faits dans la voie nouvelle. Les clochers centrals du XIIe siĂšcle sont fort rares dans cette partie de la France, dĂ©vastĂ©e par les guerres de la fin de ce siĂšcle ; aussi celui de Vernouillet, qui clĂŽt lâĂ©poque de transition, doit-il ĂȘtre Ă©tudiĂ© avec attention. Il se compose dâune base carrĂ©e, sans ouverture, portant sur les quatre piles de la croisĂ©e et sur les quatre arcs doubleaux. Le beffroi Ă jour sâĂ©lĂšve sur ce socle ; ses angles sont renforcĂ©s de colonnes engagĂ©es formant contreforts ; les quatre faces sont percĂ©es chacune de deux baies. Une corniche Ă corbeaux termine cet Ă©tage Ă jour, destinĂ© au placement des cloches, et arrive au plan carrĂ© parfait, sans ressauts ni saillies. Voici 29 le plan de lâĂ©tage du beffroi. Sur la corniche, huit tĂȘtes monstrueuses, posĂ©es aux angles de lâoctogone inscrit dans le carrĂ©, donnent naissance aux huit arĂȘtiers de la pyramide Ă base octogone formant la flĂšche. Sur les angles saillants du carrĂ©, quatre colonnes[15] portent quatre pinacles qui viennent sâĂ©pauler sur huit colonnes engagĂ©es Ă la base de la flĂšche et se dĂ©gageant Ă mesure que celle-ci sâĂ©lĂšve. Ces colonnes sont des monolithes ne faisant pas corps avec la construction de la pyramide. Quatre baies cintrĂ©es, percĂ©es entre les huit colonnes, permettent de passer de lâintĂ©rieur dans les pinacles. Sur les quatre autres faces de la pyramide, parallĂšles aux faces du carrĂ©, quatre autres baies forment de grandes lucarnes surmontĂ©es de gĂąbles. Le plan 30 est pris au niveau de la base de la pyramide et explique la disposition des pinacles et des lucarnes. Une vue perspective 31 donne lâensemble de ce monument. Cette construction, lĂ©gĂšre et bien pondĂ©rĂ©e, exĂ©cutĂ©e en petits matĂ©riaux, nâa subi aucune altĂ©ration notable dans son ensemble. Les assises composant la flĂšche sont sculptĂ©es, Ă lâextĂ©rieur, en Ă©cailles circulaires et simulent des tuiles. Une coupe est nĂ©cessaire pour faire comprendre la construction simple, hardie et solide de ce clocher. Nous la donnons 32. Les trompillons A qui portent quatre des faces de la pyramide viennent adroitement reposer leurs sommiers sur les clefs des arcs B des huit baies de lâĂ©tage carrĂ©. Les parements intĂ©rieurs de la tour sâĂ©lĂšvent verticalement jusquâĂ leur rencontre avec les parements inclinĂ©s de la flĂšche, et Ă partir de ce point, celle-ci nâa pas plus de 0,25 c. dâĂ©paisseur ; mais quatre de ses faces sont renforcĂ©es par les sommets des gĂąbles C, qui remplissent lâoffice de contreforts voy. Construction. Entre cette charmante construction et la plupart des bĂątisses passablement lourdes que nous avons donnĂ©es prĂ©cĂ©demment, il y a un pas immense de fait. Les proportions des diffĂ©rentes parties du clocher de Vernouillet sont Ă©tudiĂ©es par un vĂ©ritable artiste et contrastent avec les Ă©tages divisĂ©s en zones Ă©gales des clochers de lâEst, avec les couronnements Ă©crasĂ©s de ceux des provinces de lâOuest. Les dĂ©tails des moulures et de lâornementation, bien exĂ©cutĂ©s, fins et fermes Ă la fois, sont habilement calculĂ©s pour la place quâils occupent ; si bien que ce clocher, qui est dâune dimension trĂšs-exiguĂ«, paraĂźt grand, et grandit le trĂšs-petit Ă©difice quâil surmonte au lieu de lâĂ©craser. On reconnaĂźt lĂ , enfin, lâĆuvre dâartistes consommĂ©s, de constructeurs savants et habiles. Un clocher de cette Ă©poque, bĂąti sur la croisĂ©e dâune cathĂ©drale, et suivant ces donnĂ©es si heureuses, devait ĂȘtre un monument de la plus grande beautĂ© ; malheureusement, nous nâen possĂ©dons pas un seul en France. Les incendies et la main des hommes, plus que le temps, les ont tous dĂ©truits, et nous ne trouvons plus, sur nos grands Ă©difices religieux, que les souches et les dĂ©bris de ces belles constructions. La cathĂ©drale de Coutances seule a conservĂ© son clocher central du XIIIe siĂšcle ; encore nâest-il pas complet ; sa flĂšche en pierre fait dĂ©faut. Quant Ă son style, il appartient Ă lâarchitecture normande et sâĂ©loigne beaucoup du caractĂšre de lâarchitecture française. Ce nâest que dans lâĂle de France et les provinces voisines que lâon voit les clochers centrals, aussi bien que ceux de façades, prendre tout Ă coup un caractĂšre aussi dĂ©terminĂ© dĂšs la fin du XIIe siĂšcle et abandonner les traditions romanes. Dans la Champagne, la Bourgogne, sur les bords de la haute Marne, de la SaĂŽne, les clochers centrals restent carrĂ©s et se terminent le plus habituellement par des pyramides Ă base rectangulaire jusquâau commencement du XIIIe siĂšcle. Le clocher central de lâĂ©glise de ChĂąteauneuf SaĂŽne-et-Loire, bĂąti vers le milieu du XIIe siĂšcle, est un exemple de ces sortes de constructions. Il se compose dâun soubassement plein en moellons, avec angles en pierre, posĂ©, suivant lâusage, sur les quatre piliers de la croisĂ©e et les quatre arcs doubleaux ; dâun Ă©tage percĂ© dâune seule baie sur chaque face ; dâun beffroi percĂ© de quatre baies jumelles et dâune pyramide Ă base carrĂ©e maçonnĂ©e en moellons avec quatre lucarnes. Voici 33 lâĂ©lĂ©vation gĂ©omĂ©trale de ce clocher central. On remarquera la disposition des baies du premier Ă©tage ; il y a lĂ , comme dans les dĂ©tails de lâarchitecture romane de ces contrĂ©es, un souvenir des monuments gallo-romains. Ici, les angles de lâĂ©tage du beffroi sont flanquĂ©s de pilastres portant la corniche ; câest encore un souvenir de lâantiquitĂ© romaine. La coupe de ce clocher, que nous donnons 34, laisse voir Ă la base de la pyramide en pierre les traces dâun chaĂźnage en bois, sorte dâenrayure qui Ă©tait destinĂ©e Ă arrĂȘter le dĂ©versement des quatre murs sous la charge de cette pyramide. Il faut remarquer la disposition originale des faisceaux de colonnettes qui sĂ©parent les baies jumelles de lâĂ©tage du beffroi, disposition indiquĂ©e en A dans le plan de cet Ă©tage 35. Les constructeurs obtenaient ainsi une grande lĂ©gĂšretĂ© apparente en mĂȘme temps quâune parfaite soliditĂ©. En examinant ce clocher sur la diagonale du carrĂ©, les ajours laissĂ©s entre ces faisceaux de quatre colonnettes prennent toute leur largeur et contribuent ainsi Ă donner de lâĂ©lĂ©gance et de la finesse Ă la loge supĂ©rieure ; les baies jumelles avec leur piĂ©droit ajourĂ© forment une large ouverture qui ne semble pas charger les baies uniques des faces infĂ©rieures. On retrouve cette disposition dans certains clochers de lâAuvergne, et elle produit lâeffet le plus gracieux, particuliĂšrement dans les clochers carrĂ©s, dont les angles prĂ©sentent Ă lâĆil une masse trĂšs-solide. Ă Bois-Sainte-Marie SaĂŽne-et-Loire, nous trouvons un clocher central dont les dispositions sont analogues. En nous rapprochant du Bourbonnais, la forme carrĂ©e donnĂ©e aux clochers centrals persiste encore vers la fin du XIIe siĂšcle, mais les traditions antiques se perdent ; des innovations assez larges, quoique moins franches que celles introduites dans lâarchitecture de lâĂle de France, se font jour. Dans le Bourbonnais, il existe un clocher central construit pendant la premiĂšre moitiĂ© du XIIIe siĂšcle, prĂ©sentant le plus singulier mĂ©lange des influences diverses qui avaient alors laissĂ© des traces Ă lâest et Ă lâouest de cette province, avec le nouveau systĂšme adoptĂ© dĂ©jĂ dans lâĂle de France ; câest le clocher de lâĂ©glise de Saint-Menoux, prĂšs de Souvigny Allier. Comme les clochers de SaĂŽne-et-Loire, le clocher central de Saint-Menoux est carrĂ© ; mais son Ă©tage de soubassement forme lanterne Ă lâintĂ©rieur de lâĂ©glise, comme ceux des tours centrales des Ă©glises normandes et du Rhin, de la cathĂ©drale de Laon et de lâĂ©glise Notre-Dame de Cluny voy., fig. 36, la coupe du clocher de Saint-Menoux. Son premier Ă©tage, dĂ©corĂ© Ă lâextĂ©rieur dâune arcature aveugle trĂšs-riche, est ajourĂ© au moyen de dalles percĂ©es de trous ronds et de quatre-feuilles ; puis sâĂ©lĂšve lâĂ©tage percĂ© dâarcades destinĂ© Ă laisser passer le son des cloches. Des trompillons disposĂ©s pour porter une flĂšche en pierre Ă base octogonale, qui existait encore au commencement de ce siĂšcle, recevaient des pinacles sur les angles du carrĂ©. LâĂ©lĂ©vation gĂ©omĂ©trale de ce clocher 37 fait voir sa dĂ©coration extĂ©rieure, mĂ©lange des traditions romanes des provinces de lâOuest et de la nouvelle architecture française de cette Ă©poque. Comme dans lâOuest, les angles sont encore flanquĂ©s de colonnes engagĂ©es, et la dĂ©coration ogivale nâest ici quâune concession au goĂ»t du temps, qui nâest guĂšre motivĂ© par la construction, encore toute romane. La flĂšche Ă base octogone, sur cette tour carrĂ©e, est elle-mĂȘme aussi le rĂ©sultat dâune influence Ă©trangĂšre aux traditions locales, et les trompillons portent fort maladroitement sur les colonnes accouplĂ©es des baies supĂ©rieures. Un petit escalier, circulaire Ă la base et octogone au sommet, dĂ©tachĂ© de la masse de la tour et montant de fond, donne accĂšs Ă lâĂ©tage infĂ©rieur du beffroi. Nous donnons 38 un dĂ©tail des baies de cet Ă©tage infĂ©rieur avec leurs ajours percĂ©s dans des dalles de champ. Par le fait, les grandes archivoltes ogives des deux Ă©tages ne sont quâune dĂ©coration et ne jouent aucun rĂŽle au point de vue de la construction. Lâarchitecte, en faisant cette concession aux formes nouvelles, avait compris que ces arcs, sâils eussent fait parpaing, auraient eu pour effet de pousser les angles de la tour en dehors, et, adoptant une dĂ©coration dâun caractĂšre dĂ©jĂ gothique, il conservait prudemment son systĂšme de construction roman. Il faut signaler, dans le clocher de Saint-Menoux, un progrĂšs ; câest que ce clocher est assez bien combinĂ© pour le placement dâun beffroi en charpente portant des cloches Ă son sommet. Les bois sont suffisamment aĂ©rĂ©s par les ajours des fenĂȘtres basses, sans risquer dâĂȘtre mouillĂ©s, et lâĂ©tage supĂ©rieur laisse librement passer le son des cloches. Dans la plupart des clochers romans, on reconnaĂźt bien plutĂŽt un dĂ©sir dâĂ©lever une tour que la satisfaction dâun besoin particulier ; les clochers Ă base octogone, si frĂ©quents dans les provinces de lâEst, se prĂȘtent mal au placement des beffrois en bois qui ne peuvent, ĂȘtre inscrits que dans un carrĂ© ; leurs Ă©tages superposĂ©s, Ă©galement ajourĂ©s, ne permettent pas aux vibrations des cloches de se dĂ©velopper dans toute leur intensitĂ© ; la combinaison adoptĂ©e dans la construction du clocher de Saint-Menoux est la meilleure, en ce quâelle ne donne quâun Ă©tage dâouĂŻes trĂšs-ouvertes prĂšs de la pyramide, dont la concavitĂ© de pierre est trĂšs-favorable Ă la rĂ©percussion des vibrations des cloches. Cependant, dans tous les clochers prĂ©cĂ©dents, non plus que dans celui de Saint-Menoux, on ne voit pas que les architectes se soient prĂ©occupĂ©s de placer des abat-vents ou abat-sons, destinĂ©s Ă garantir les charpentes des beffrois contre la pluie chassĂ©e par le vent. Ces charpentes, au moins dans lâĂ©tage supĂ©rieur, restaient Ă lâair libre, Ă©taient recouvertes de plomb, ou seulement peintes. La neige ou les eaux pluviales qui sâintroduisaient dans la tour Ă©taient recueillies sur un dallage infĂ©rieur en pente, munie de caniveaux et de gargouilles. Mais nous aurons lâoccasion de revenir sur ce dĂ©tail important. Les clochers centrals carrĂ©s persistent donc assez tard dans certaines provinces du centre ; on les retrouve le long du cours de la Marne. Pendant que, dans le village de Vernouillet, sur la Seine, on construisait le joli clocher que nous avons donnĂ© ci-dessus, sur la Marne, Ă Dormans, on Ă©levait un clocher qui conservait encore la forme traditionnelle des clochers des provinces du centre, bien que les dĂ©tails en soient dĂ©jĂ complĂ©tement gothiques. LâĂ©glise de Dormans est petite et ses transsepts sont moins larges que le vaisseau de la nef et du chĆur. Lâintersection de la croisĂ©e donnait donc un plan barlong. Câest sur cette base quâon Ă©leva un clocher central, dont nous prĂ©sentons le plan 39. Pour une petite Ă©glise, le plan barlong se prĂȘtait mieux que le plan carrĂ© au placement des cloches ; celles-ci Ă©tant mises en mouvement demandaient plus dâespace dans le sens de leur volĂ©e que dans lâautre. Dans lâĂ©lĂ©vation perspective du clocher central de Dormans 40, sauf un soubassement pris dans la hauteur des combles, il nây a quâun Ă©tage complĂ©tement Ă jour. Le couronnement de ce clocher se compose aujourdâhui de quatre pignons ou gĂąbles dâĂ©gale hauteur, mais Ă bases inĂ©gales, et de deux combles se pĂ©nĂ©trant avec quatre gargouilles Ă la chute des noues. Mais ce couronnement date du XVe siĂšcle. Nous sommes disposĂ©s Ă croire que, dans lâorigine, lâĂ©tage Ă jour Ă©tait terminĂ© par des gĂąbles dâinĂ©gale hauteur, ainsi que le fait voir notre figure et conformĂ©ment Ă certains exemples de clochers romans de la Champagne. Nous avons dĂ», jusquâĂ prĂ©sent, nâindiquer les clochers centrals des Ă©glises normandes que pour mĂ©moire, non que ces clochers nâaient eu une grande importance, mais parce quâils offrent, ainsi que nous lâavons dit au commencement de cet article, une disposition toute particuliĂšre et quâils sont bien plutĂŽt des lanternes destinĂ©es Ă donner de la lumiĂšre et de lâĂ©lĂ©vation au centre des Ă©glises que des clochers proprement dits. En effet, les clochers centrals normands antĂ©rieurs au XIIIe siĂšcle qui existent encore, comme celui de Saint-Georges de Bocherville, comme les restes de celui de lâĂ©glise abbatiale de JumiĂšges, quoique fort Ă©levĂ©s au-dessus du pavĂ© de lâĂ©glise, ne donnent, pour le placement des cloches, quâun Ă©tage assez bas, sorte de loge coiffĂ©e dâune immense charpente recouverte de plomb ou dâardoise. Le clocher de lâĂ©glise de Saint-Georges de Bocherville, le plus complet peut-ĂȘtre de tous, et dont la largeur hors Ćuvre est de 11m,00, ne possĂšde quâun Ă©tage supĂ©rieur destinĂ© aux cloches, ayant 4m,00 de hauteur. Le reste de la tour en contrebas forme lanterne au centre de la croisĂ©e. Sur lâĂ©tage du beffroi sâĂ©lĂšve une flĂšche en charpente ayant 27m,00 de hauteur, passant du carrĂ© Ă lâoctogone au moyen de coyaux sur les diagonales. Chacune des faces de lâĂ©tage du beffroi est percĂ©e de trois baies cintrĂ©es divisĂ©es par une colonnette. Ce clocher ayant, comme Ćuvre de charpenterie, une grande importance, nous lâavons rangĂ© parmi les flĂšches voyez ce mot. Le clocher central de lâabbaye de FĂ©camp prĂ©sente une disposition analogue ; celui de lâabbaye aux hommes, Ă Caen, ne conserve plus que sa lanterne du XIIe siĂšcle, terminĂ©e par un pavillon octogone du XIIIe siĂšcle ; le clocher central de la cathĂ©drale de Rouen prĂ©sente de mĂȘme une lanterne Ă deux Ă©tages, du XIIIe siĂšcle, au-dessus de laquelle sâĂ©lĂšve une tour des XVe et XVIe siĂšcles, qui, avant le dernier incendie, Ă©tait couronnĂ©e par une flĂšche en charpente recouverte de plomb, Ă©levĂ©e au commencement du XVIIe siĂšcle. Quelle que soit lâapparence des grandes tours centrales des Ă©glises de Normandie, elles nâont pas, Ă proprement parler, le caractĂšre de vĂ©ritables clochers, ou du moins ce qui nous en reste, dâune Ă©poque trĂšs-postĂ©rieure Ă la pĂ©riode romane, ne nous offre pas de ces exemples complets tels que nous en trouvons dans les autres provinces qui composent la France de nos jours. Il nous faut revenir aux clochers de façades, latĂ©raux, isolĂ©s, portant de fond, et enfin Ă ceux qui sâĂ©lĂšvent sur les collatĂ©raux des Ă©glises. Ceux-ci prĂ©sentent plus de variĂ©tĂ©s encore, sâil est possible, que les clochers centrals. Les architectes, nâĂ©tant plus soumis Ă un programme invariable, savoir de poser une tour sur quatre piles isolĂ©es et quatre arcs doubleaux, pouvaient se livrer plus aisĂ©ment aux conceptions les plus Ă©tendues et les plus hardies. Nous avons dit, en commençant cet article, que ces clochers servaient de dĂ©fense dans lâorigine, quâils conservaient ainsi tous les caractĂšres dâune tour fortifiĂ©e, et quâils Ă©taient gĂ©nĂ©ralement ou isolĂ©s ou posĂ©s sur le porche occidental des Ă©glises. En cas de siĂšge, les remparts des villes Ă©tant forcĂ©s, ces clochers servaient souvent dâasile aux dĂ©fenseurs, comme les donjons des chĂąteaux. En 1105, Robert Fitz-Haimon, assiĂ©gĂ© dans Bayeux par les soldats du duc de Normandie, se rĂ©fugie dans la tour de la cathĂ©drale Robert sâembati el mostier, Sus en la tor trĂšs kâol clochier, Maiz il nâi poutâgaires atendre ;Volsit u non lâestut lui fallut descendre, Kar li feu i fu aportez, Dunc li mostier fu alumez[16]. » Les assiĂ©geants mettent le feu Ă lâĂ©glise pour forcer ce capitaine de renoncer Ă la dĂ©fense. On considĂ©rait donc, dans certaines circonstances critiques, les clochers des Ă©glises comme des forteresses, et leur emploi comme beffroi nâĂ©tait parfois quâaccessoire. Aussi, tous les clochers de façades antĂ©rieurs au XIIIe siĂšcle conservent un aspect de tour de dĂ©fense ; au moins dans leur partie infĂ©rieure ; ou bien il est arrivĂ©, comme Ă Moissac par exemple, que, bĂątis en forme de porche ouvert, surmontĂ© dâĂ©tages Ă jour, ils ont Ă©tĂ© revĂȘtus de crĂ©nelages, comme dâune chemise extĂ©rieure. Parmi les plus anciens clochers couvrant toute la surface occupĂ©e par porche, il faut citer celui de lâĂ©glise abbatiale de Saint-BenoĂźt-sur-Loire, qui date du XIe siĂšcle. Nous avons vu que le clocher primitif de la cathĂ©drale de Limoges et celui de la cathĂ©drale du Puy donnent en plan quatre colonnes intĂ©rieures isolĂ©es, destinĂ©es Ă porter lâĂ©tage supĂ©rieur en retraite sur les Ă©tages infĂ©rieurs. Le clocher-porche de lâĂ©glise de Saint-BenoĂźt-sur-Loire prĂ©sente la mĂȘme disposition ; mais ici les quatre piles intĂ©rieures et les piles extĂ©rieures forment un quinconce rĂ©gulier, et tout le clocher devait se trouver supportĂ© par le mur-pignon de la nef, par les huit piles extĂ©rieures et les quatre piles intĂ©rieures. Ce clocher nâayant quâun Ă©tage bĂąti sur le mĂȘme plan au-dessus du porche, nous ne pouvons reconnaĂźtre si les quatre piles intĂ©rieures Ă©taient destinĂ©es Ă porter les Ă©tages supĂ©rieurs du clocher, le beffroi, ou si les piles extĂ©rieures devaient monter de fond jusquâau comble ; cette derniĂšre hypothĂšse est la moins probable, car si on lâadmettait, il faudrait supposer Ă ce clocher une hauteur Ă©norme en raison de la surface couverte par son plan infĂ©rieur. Nous penchons Ă croire que les quatre piles intĂ©rieures Ă©taient seules destinĂ©es Ă porter le beffroi, lâĂ©tage Ă jour contenant les cloches, et que lâenveloppe extĂ©rieure devait recevoir une terrasse de laquelle on pouvait se dĂ©fendre au loin contre des assaillants qui eussent voulu sâemparer du monastĂšre. Des figures sont nĂ©cessaires pour faire comprendre ce que nous disons ici. Voici donc 41 le plan du rez-de-chaussĂ©e du clocher de Saint-BenoĂźt-sur-Loire, ou plutĂŽt du porche, et 42 son Ă©lĂ©vation gĂ©omĂ©trale latĂ©rale ; les constructions ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es au niveau A ; et de lâextrados des arcs supĂ©rieurs Ă ce niveau A, le mur ancien nâa plus quâune Ă©paisseur de 0,60 c. Donc, on ne projetait pas dâĂ©lever ce mur Ă une grande hauteur ; ce nâest plus quâun mur de dĂ©fense, lâĂ©paisseur dâun crĂ©nelage ordinaire. Toute la partie de notre fig. 42 comprise entre le niveau A et le sommet nâa jamais Ă©tĂ© construite ; câest celle qui, portant sur les quatre piles intĂ©rieures, devait, suivant notre hypothĂšse, renfermer les cloches. Nos lecteurs voudront bien ne pas prendre notre restauration autrement que comme une probabilitĂ©[17]. Cependant ce quinconce de piles, adoptĂ© pour le plan du rez-de-chaussĂ©e de quelques anciens clochers, nâĂ©tait pas toujours destinĂ© Ă porter de fond lâĂ©tage supĂ©rieur en retraite. Nous en avons une preuve, remarquable dâailleurs, dans la construction du clocher de lâĂ©glise de Lesterps Charente. Ă rez-de-chaussĂ©e, le clocher de Lesterps, bĂąti vers le commencement du XIIe siĂšcle, prĂ©sente Ă peu prĂšs la mĂȘme disposition que celui de Saint-BenoĂźt-sur-Loire, si ce nâest que trois berceaux portĂ©s sur des archivoltes remplacent les voĂ»tes dâarĂȘtes romaines adoptĂ©es Ă Saint-BenoĂźt. Au-dessus du rez-de-chaussĂ©e sâĂ©lĂšve une belle et grande salle voĂ»tĂ©e en calotte cintrĂ©e sur un plan octogonal, obtenu au moyen de trompes posĂ©es sur les angles du carrĂ©. Un second Ă©tage offre la mĂȘme disposition dans des dimensions plus restreintes. La fig. 43 donne lâĂ©lĂ©vation occidentale de ce clocher, et 44 la coupe prise suivant lâaxe du porche perpendiculaire Ă la façade[18] ; en A est la porte de la nef. Un troisiĂšme Ă©tage B est amorcĂ©, mais nâa pas Ă©tĂ© achevĂ© ou a Ă©tĂ© dĂ©truit. Nous en sommes donc ici, comme Ă Saint-BenoĂźt, rĂ©duits aux conjectures relativement au couronnement de ce clocher. Il est certain quâun troisiĂšme Ă©tage, percĂ© de baies jumelles sur chacune des faces, Ă©tait interposĂ© entre la flĂšche et le second Ă©tage, et quâen ajoutant la hauteur probable de lâĂ©tage supĂ©rieur et de la flĂšche aux parties existantes, on obtiendrait, du pavĂ© au sommet de la pyramide, une hauteur de soixante mĂštres environ. Le faĂźtage du comble de la nef de lâĂ©glise Ă©tant en D, il est vraisemblable que les cloches devaient ĂȘtre placĂ©es dans lâĂ©tage C, dâautant quâil existe une lunette dans la voĂ»te du premier Ă©tage destinĂ©e au passage des cordes nĂ©cessaires pour les mettre en branle ; dans ce cas, le troisiĂšme Ă©tage B ne servait que de guette. Le clocher de lâĂ©glise de Lesterps a, comparativement Ă la nef avec bas-cĂŽtĂ©s quâil prĂ©cĂšde, une importance Ă©norme ; il est Ă lui seul tout un monument, un donjon Ă©levĂ© dans le but dâimposer par sa masse et de dĂ©couvrir la campagne au loin. Lâescalier adossĂ© Ă lâangle nord-est ne monte cependant quâau premier Ă©tage, et nous ne savons comment les constructeurs entendaient parvenir aux Ă©tages supĂ©rieurs. Il est difficile de savoir aujourdâhui Ă quoi pouvait ĂȘtre utilisĂ©e la belle salle du premier ; elle sâouvre sur une tribune E donnant dans la nef. Cette construction est fort belle, bien pondĂ©rĂ©e ; les porte-Ă -faux sont Ă©vitĂ©s avec soin, bien que les Ă©tages soient en retraite les uns sur les autres, ainsi que le dĂ©montre la coupe fig. 44. Lâinfluence des deux Ă©coles du PĂ©rigord se fait sentir encore dans cette bĂątisse colossale, admirablement traitĂ©e. Pour complĂ©ter le clocher du porche de lâĂ©glise de Lesterps, il faut aller chercher des exemples dans des monuments analogues et soumis aux mĂȘmes influences. Or, nous avons donnĂ© le clocher posĂ© sur la nef de lâĂ©glise haute de Loches ancienne collĂ©giale ; son couronnement fig. 27 peut servir Ă complĂ©ter le clocher de Lesterps. Si les clochers-porches des Ă©glises de lâĂle de France ont pu ĂȘtre employĂ©s Ă la dĂ©fense, il ne paraĂźt pas quâils aient jamais eu, comme surface et hauteur, une importance Ă©gale Ă ceux des provinces de lâouest et du centre. Les nefs des Ă©glises de lâĂle de France et des provinces voisines Ă©taient assez Ă©troites gĂ©nĂ©ralement, et les clochers-porches ne dĂ©bordaient pas sur les bas-cĂŽtĂ©s. La base du vieux clocher de lâĂ©glise abbatiale de Saint-Germain-des-PrĂ©s Ă Paris, celle du clocher de la collĂ©giale de Poissy, nâoccupent guĂšre quâune superficie en carrĂ©, de cinq Ă huit mĂštres de cĂŽtĂ©. Mais câest que, pendant la pĂ©riode carlovingienne, les provinces de lâouest et celles qui bordaient la Loire Ă©taient beaucoup plus riches que les provinces voisines de la Seine, de lâOise et de la Marne ; elles faisaient un commerce trĂšs Ă©tendu ; elles Ă©taient industrieuses, possĂ©daient le territoire le plus fertile. Ce nâest guĂšre quâĂ la fin du XIIe siĂšcle, lorsque la monarchie française prend un ascendant rĂ©el, que lâĂle de France sâenrichit et Ă©lĂšve Ă son tour des monuments plus vastes que ceux de la Loire, du Poitou, du PĂ©rigord et de la Saintonge. Cependant on voit apparaĂźtre, dans les provinces proprement françaises, dĂšs le commencement du XIIe siĂšcle, un style dâarchitecture qui ne le cĂšde en rien au style adoptĂ© dans lâouest et le centre. Ce nâest pas par des dimensions extraordinaires et des constructions colossales que cette architecture se fait remarquer, mais par une entente des proportions, une exĂ©cution fine et sobre, des dispositions heureuses et hardies dĂ©jĂ . Les clochers fournissaient aux architectes un programme qui exigeait toute leur science et qui se prĂȘtait au dĂ©veloppement de leur imagination naturelle ; car ce programme, beaucoup moins circonscrit que celui des autres parties des Ă©difices religieux, civils ou militaires, permettait lâemploi de formes neuves, ouvrait un vaste champ aux artistes douĂ©s dâune imagination vive. LâĂ©tendue que nous sommes obligĂ©s de donner Ă cet article indique assez combien les constructeurs du moyen Ăąge ont, suivant les traditions importĂ©es ou locales, et suivant leur propre gĂ©nie, Ă©tĂ© entraĂźnĂ©s Ă varier Ă lâinfini les formes quâils donnaient Ă des monuments qui nâĂ©taient pas seulement le rĂ©sultat dâun besoin impĂ©rieux, mais bien plutĂŽt une Ćuvre dâart. Aussi les clochers sont-ils la pierre de touche de lâimagination des architectes pendant le moyen Ăąge. LâĂ©cole occidentale ne sort guĂšre des types admis vers le commencement du XIe siĂšcle ; elle arrive promptement Ă un dĂ©veloppement complet et cesse de progresser vers le milieu du XIIe siĂšcle ; elle meurt avec lâarchitecture romane. LâĂ©cole orientale, celle dont le siĂšge est sur les bords du Rhin, est frappĂ©e de stĂ©rilitĂ© dĂšs ses premiers essais ; elle ne fait que reproduire Ă lâinfini les premiers types ; lâimagination fait complĂ©tement dĂ©faut Ă ses artistes ; on ne peut saisir un progrĂšs rĂ©el dans la conception des clochers rhĂ©nans, et les plus beaux, les mieux entendus sont peut-ĂȘtre les plus anciens. En France, au contraire, câest-Ă -dire dans le domaine royal, le clocher roman se dĂ©pouille successivement, pendant le cours du XIIe siĂšcle, de ses formes traditionnelles, et crĂ©e, Ă la fin de ce siĂšcle, par une suite de tentatives qui indiquent lâeffort heureux dâartistes pleins dâimagination et de sens, des conceptions de la plus grande beautĂ©. Des modestes clochers carrĂ©s, de la fin du XIe siĂšcle, bĂątis sur les bords de la Seine, de lâOise et de lâEure, au clocher vieux de la cathĂ©drale de Chartres, il nây a que cinquante annĂ©es dâintervalle ; et, au point de vue de lâart, quel progrĂšs immense ! Nous allons essayer de suivre pas Ă pas la marche de ce progrĂšs ; car si lâarchitecture gothique est nĂ©e dans ces contrĂ©es, câest dans lâexĂ©cution de ses clochers quâelle fait ressortir particuliĂšrement ses ressources et la prodigieuse fertilitĂ© dâimagination de ses artistes, en mĂȘme temps que leur science et leur goĂ»t. Nous prendrons dâabord, comme un des types les plus complets des clochers français, le clocher-porche de lâĂ©glise de Morienval Oise, bĂąti Ă la fin du XIe siĂšcle. Sa base est celle des clochers carlovingiens de Saint-Germain-des-PrĂ©s et de Poissy[19]. Cette base, non compris la saillie des contreforts, nâa que six mĂštres hors Ćuvre en carrĂ©. Suivant lâusage alors adoptĂ©, elle sâĂ©lĂšve pleine, sauf les arcades du porche, jusquâĂ la hauteur de la corniche de la nef. Ă partir de ce niveau A, est un premier Ă©tage percĂ© dâune double arcature sur chaque face, puis un deuxiĂšme Ă©tage, Ă©galement Ă jour, qui sert de beffroi. Voici 45 une Ă©lĂ©vation gĂ©omĂ©trale de ce clocher, qui dut ĂȘtre couronnĂ© primitivement par une pyramide en pierre Ă quatre pans ; car il ne paraĂźt pas que lâon ait couvert les clochers avant le XIIIe siĂšcle, si ce nâest peut-ĂȘtre en Normandie et dans les Flandres, par des combles en charpente[20]. On sent dĂ©jĂ , dans cette construction si simple, le cachet dâun artiste de goĂ»t. Les contreforts qui renforcent les angles de la partie infĂ©rieure sâarrĂȘtent Ă la hauteur convenable pour laisser le beffroi se dĂ©tacher sur un socle carrĂ©. LâĂ©tage du beffroi lui-mĂȘme est rendu plus Ă©lĂ©gant par des colonnettes dâangle engagĂ©es qui rompent la sĂ©cheresse des vives arĂȘtes. Le petit ordre qui supporte les archivoltes des baies supĂ©rieures est dâune proportion heureuse, et le plan des piles est lĂ©ger et solide fig. 46. La corniche de couronnement, composĂ©e dâune tablette portĂ©e par des corbeaux sculptĂ©s, est fine et riche Ă peu de frais. Quoique trĂšs-simple de la base au sommet, cette construction mĂ©nage cependant ses effets avec adresse, rĂ©servant la sculpture pour les parties supĂ©rieures, nâabandonnant rien au caprice ; elle nâemploie que des matĂ©riaux de petite dimension, et laisse aux cloches les plus grands vides possibles. Ce qui fait supposer que le clocher-porche de lâĂ©glise de Morienval Ă©tait primitivement terminĂ© par une pyramide en pierre Ă base carrĂ©e, câest que, dans la mĂȘme Ă©glise, les deux autres clochers qui flanquent le chĆur, conformĂ©ment aux habitudes de cette Ă©poque[21], sont couverts par des pavillons en maçonnerie, ainsi que lâindique la Mais, vers le commencement du XIIe siĂšcle, on cessa, dans les nouveaux plans des Ă©glises bĂąties Ă cette Ă©poque, dâĂ©lever des clochers sur les porches ; câĂ©tait lĂ un reste des traditions des temps dĂ©sastreux de lâinvasion normande ; les raisons qui avaient fait Ă©lever ces clochers ne subsistaient plus. Les clochers ainsi plantĂ©s bouchaient les jours que lâon pouvait prendre dans les pignons occidentaux ; ils forçaient de faire des porches Ă©troits ; ils gĂȘnaient lâentrĂ©e de la nef, et il fallait, pour sonner les cloches, monter au premier Ă©tage, car les sonneurs ne pouvaient se tenir sous le porche et embarrasser ainsi le passage des fidĂšles. Les religieux dans les abbayes, comme les desservants dans les paroisses, prĂ©fĂ©raient avoir des clochers prĂšs du sanctuaire, et si on en Ă©levait sur les façades, câĂ©tait latĂ©ralement, communiquant avec les bas-cĂŽtĂ©s, de maniĂšre Ă laisser lâentrĂ©e de lâĂ©glise parfaitement libre voy. Ăglise. Par un besoin de symĂ©trie fort naturel, si lâon bĂątissait les clochers Ă cĂŽtĂ© de la façade ou sur les flancs des sanctuaires, au lieu dâun seul clocher on en Ă©levait souvent deux, et, loin de leur conserver lâaspect traditionnel dâune tour de dĂ©fense, on cherchait au contraire Ă les rendre Ă©lĂ©gants, afin que leur masse nâĂ©crasĂąt pas en apparence les constructions de lâĂ©glise. Cependant on nâosa pas tout dâabord les planter Ă cheval sur les bas-cĂŽtĂ©s, et les supporter en partie sur la premiĂšre pile isolĂ©e des collatĂ©raux. Ils montaient de fond ; leur rez-de-chaussĂ©e formait une petite salle servant de baptistĂšre ou de chapelle des morts, sâils Ă©taient posĂ©s proche de la façade occidentale, ou tenait lieu de sacristie et de trĂ©sor, sâils Ă©taient bĂątis proche du sanctuaire. Les grandes Ă©glises abbatiales, ou les paroisses fort importantes, Ă©levaient souvent deux clochers des deux cĂŽtĂ©s de la façade et deux autres prĂšs du sanctuaire ; mais les petites Ă©glises des XIe et XIIe siĂšcles, ne pouvant avoir quâun clocher, le bĂątissaient de prĂ©fĂ©rence prĂšs du chĆur. Dans lâĂle de France et le Beauvoisis, cette disposition est assez frĂ©quente et sâaccordait parfaitement avec les nĂ©cessitĂ©s du culte. Le village de Nesle, prĂšs lâĂle-Adam Oise, a conservĂ© une charmante Ă©glise dont la construction remonte aux derniĂšres annĂ©es du XIIe siĂšcle, et qui sâest accolĂ©e Ă un clocher plus ancien premiĂšres annĂ©es du XIIe, de maniĂšre Ă placer ce clocher sur le flanc mĂ©ridional du chĆur. Cette Ă©glise est dĂ©pourvue de transsepts, et le clocher sâest trouvĂ© englobĂ© dans le collatĂ©ral ; il devait ĂȘtre primitivement dĂ©tachĂ©, et bĂąti probablement le long dâune Ă©glise Ă une seule nef. Le clocher de lâĂ©glise de Nesle est un des mieux conçus et des mieux bĂątis parmi les nombreux exemples fournis par cette province et cette Ă©poque, la plus fertile en beaux clochers. 440pxcentrĂ©Nous en donnons lâĂ©lĂ©vation 48. Au-dessus dâun rez-de-chaussĂ©e bien empattĂ© et solide, percĂ© dâune petite fenĂȘtre, sâĂ©lĂšvent deux Ă©tages ouverts destinĂ©s au beffroi. La flĂšche en pierre qui couronne le dernier Ă©tage nâest dĂ©jĂ plus Ă©levĂ©e, comme Ă Morienval, sur plan carrĂ©, mais sur un octogone dont les quatre faces diagonales sont portĂ©es sur quatre trompillons intĂ©rieurs. Quatre pinacles Ă base carrĂ©e, pleins, chargent les angles de la tour et la queue des claveaux des trompillons. Ce monument, dâune petite dimension, est remarquablement Ă©tudiĂ© dans son ensemble comme dans ses dĂ©tails. On remarquera comme les corniches A et B se marient adroitement aux tĂȘtes des contreforts dâangles, qui ne sont que des colonnes engagĂ©es. La sculpture est fine, sobre, et nâest appliquĂ©e quâaux chapiteaux. Les archivoltes sont simplement dĂ©corĂ©es de dents-de-scie. Les profils sont dĂ©licats, dâun excellent style ; partout la construction est apparente et est intimement liĂ©e Ă la dĂ©coration. Il nâest pas besoin de dire que le rez-de-chaussĂ©e seul est voĂ»tĂ©. Le clocher de lâĂ©glise de Nesle est construit dâaprĂšs les donnĂ©es romanes. Mais dĂ©jĂ , au commencement du XIIe siĂšcle, les architectes de cette province, cherchant Ă sâaffranchir de ces traditions, essayaient certaines dispositions neuves, originales, qui devaient se dĂ©velopper rapidement et les amener Ă produire des Ćuvres mieux raisonnĂ©es, plus savantes, plus gracieuses et moins uniformes que celles des siĂšcles prĂ©cĂ©dents. Lâesprit dâinnovation se fit jour avec plus de hardiesse, peut-ĂȘtre, dans la construction des clochers pendant le XIIe siĂšcle que dans les autres Ă©difices, car lâimagination des architectes nâĂ©tait pas soumise Ă des programmes impĂ©rieux ; il ne sâagissait pour eux que de trouver la place des cloches et dâĂ©lever un monument qui se distinguĂąt de ses voisins par un aspect plus lĂ©ger, plus hardi, par des dispositions inusitĂ©es, imprĂ©vues. Alors, lâarchitecture romane avait produit tout ce quâelle devait produire ; elle Ă©tait arrivĂ©e Ă ses derniĂšres limites et ne pouvait ou que se traĂźner dans la mĂȘme voie, ou que dĂ©croĂźtre en se chargeant de dĂ©tails superflus. Le gĂ©nie occidental, toujours enclin Ă marcher en avant, rompit brusquement avec les traditions, et ses premiers essais sont des chefs-dâĆuvre[22]. Nos lecteurs vont en juger. Dans la mĂȘme province, Ă Tracy-le-Val Oise, il existe une petite Ă©glise qui conserve encore un de ces clochers voisins des sanctuaires, dont la construction est peu postĂ©rieure Ă celle du clocher de Nesle premiĂšre moitiĂ© du XIIe siĂšcle. Sa base est carrĂ©e, pleine, dĂ©tachĂ©e de lâabside qui est dĂ©pourvue de bas-cĂŽtĂ©s. Sur cette base carrĂ©e[23] sâĂ©lĂšve un Ă©tage Ă jour qui se dĂ©gage au-dessus des combles. Un beffroi, Ă base octogone, couronnĂ© par une pyramide en pierre, est bĂąti sur ce premier Ă©tage. Voici 49 une Ă©lĂ©vation perspective de ce clocher, dont le systĂšme de construction indique dĂ©jĂ , de la part de lâarchitecte, le dĂ©sir de sâaffranchir des traditions romanes, et un premier pas vers lâart français de la fin du XIIe siĂšcle. Les archivoltes des baies sont tracĂ©es en tiers-point peu prononcĂ© ; et, par une disposition aussi ingĂ©nieuse que rationnelle, les angles du beffroi octogone portent sur les clefs des huit archivoltes du premier Ă©tage. Pour remplir les triangles qui restent entre lâĂ©tage carrĂ© et lâoctogone, lâarchitecte a placĂ© des figures dâanges assis. La sculpture de cette jolie construction est barbare, mais les profils sont fins, multipliĂ©s, tracĂ©s avec talent ; ceux des archivoltes retombent bien sur les pieds-droits. Ainsi que notre dessin lâindique, les proportions du clocher de Tracy-le-Val sont Ă©lĂ©gantes, les dĂ©tails parfaitement Ă lâĂ©chelle du monument ; qualitĂ© qui manque dans la plupart des clochers romans antĂ©rieurs Ă cette Ă©poque. Un petit escalier, en tour ronde, placĂ© en dehors, monte au premier Ă©tage ; de lĂ on ne pouvait arriver au beffroi, comme dans presque tous les clochers romans, que par des Ă©chelles placĂ©es intĂ©rieurement. Un des caractĂšres qui distinguent les clochers romans de lâĂle de France, du Beauvoisis et mĂȘme de la Normandie, jusquâau moment de lâavĂ©nement du style gothique, ce sont ces pyramides de pierre peu Ă©levĂ©es, trapues. Presque tous ces couronnements ont Ă©tĂ© dĂ©truits dans ces climats humides ; leurs pentes peu inclinĂ©es, recevant la pluie de plein fouet, ont dĂ» se dĂ©grader rapidement et furent remplacĂ©es, dĂšs le commencement du XIIIe siĂšcle, surtout en Normandie, par des pyramides trĂšs-aiguĂ«s. Il existe dans cette province, prĂšs de Caen, un petit clocher du XIe siĂšcle, primitivement bĂąti sur le porche de lâĂ©glise de Thaon, qui a conservĂ© sa pyramide trapue et carrĂ©e comme celles des clochers romans de lâOuest de la mĂȘme Ă©poque. Ce clocher est pour nous dâautant plus intĂ©ressant quâil est encore empreint des traditions dĂ©fensives des tours primitives Ă©levĂ©es sur les porches. Son escalier, qui, du rez-de-chaussĂ©e jusquâau-dessus de la voĂ»te du porche, est pris aux dĂ©pens de lâĂ©paisseur dâune des quatre piles, ne reprend sa rĂ©volution, Ă partir du premier Ă©tage, que le long de la pile opposĂ©e, de maniĂšre Ă interrompre ainsi la circulation. De plus, le clocher au-dessus du rez-de-chaussĂ©e sâĂ©lĂšve en retraite sur les arcs doubleaux intĂ©rieurs du porche, de façon Ă laisser, entre lâĂ©tage infĂ©rieur et le clocher proprement dit, au niveau du dessus de la voĂ»te de ce porche, une sorte de chemin de ronde, qui pouvait bien ĂȘtre primitivement muni dâun parapet de dĂ©fense. Voici 50 les plans superposĂ©s du rez-de-chaussĂ©e de ce clocher et du premier Ă©tage qui expliquent ce que nous venons de dire. Nous donnons 51 lâĂ©lĂ©vation de la tour de lâĂ©glise de Thaon, et 52 sa coupe[24]. Câest lĂ , du reste, un charmant Ă©difice. Dans notre coupe en A, on voit lâescalier qui monte du dessus de la voĂ»te Ă lâĂ©tage supĂ©rieur. La pyramide est Ă base carrĂ©e, forme qui se retrouve beaucoup plus tard dans les clochers normands, et se compose dâassises basses posĂ©es en retraite les unes sur les autres. Elle nâest ornĂ©e Ă sa base et vers le milieu de ses arĂȘtiers que par des tĂȘtes saillantes dâanimaux. Quatre lucarnes, ou plutĂŽt quatre baies carrĂ©es, lâajourent au-dessus de la corniche. On remarquera, dans notre coupe fig. 52, la construction des baies de lâĂ©tage supĂ©rieur. En constructeurs habiles, les architectes du clocher de Thaon nâont pas fait faire parpaing aux archivoltes de ces baies dans tout leur dĂ©veloppement, afin de ne point pousser sur les angles. Cinq claveaux seuls font parpaing et forment ainsi un arc de dĂ©charge au-dessus des arcs linteaux. Aux baies de lâĂ©tage au-dessous, lĂ oĂč les contreforts viennent encore Ă©pauler les angles de la bĂątisse et oĂč la charge est puissante, les constructeurs, au contraire, ont fait faire parpaing aux archivoltes des baies. Il est assez embarrassant de savoir comment Ă©tait disposĂ© le beffroi de bois dans cette tour, dont un des angles intĂ©rieurs est entamĂ© par lâescalier. Nous serions assez portĂ©s Ă croire quâun plancher en bois Ă©tait posĂ© au niveau de lâappui des baies supĂ©rieures, dâautant que les trous de scellement des poutres de ce plancher existent encore, et que les cloches Ă©taient suspendues Ă ces poutres et peut-ĂȘtre Ă deux piĂšces de bois en croix dont les extrĂ©mitĂ©s Ă©taient fixĂ©es dans les quatre petites baies carrĂ©es de la flĂšche. Ce systĂšme de suspension eĂ»t Ă©tĂ© fort primitif ; mais il ne faut pas oublier quâavant le XIIe siĂšcle les cloches Ă©taient dâun trĂšs-faible poids. Dans le Maine, lâAnjou et le pays chartrain, les pyramides de couronnement des clochers atteignent dĂ©jĂ , dĂšs le milieu du XIIe siĂšcle, une grande Ă©lĂ©vation relativement Ă la hauteur des tours. Nous avons vu quâĂ Loches les clochers de couronnement du XIIe siĂšcle possĂšdent des pyramides dont le sommet est trĂšs-aigu. Il faut toujours en revenir aux divisions politiques du territoire, lorsquâil sâagit de reconnaĂźtre les diffĂ©rentes Ă©coles dâarchitecture au XIIe siĂšcle. Ă cette Ă©poque, la Normandie, le Maine, lâAnjou, une partie du Poitou et du pays chartrain, possĂ©daient une Ă©cole de constructeurs qui ne le cĂ©daient pas, comme habiletĂ©, Ă ceux de lâĂle de France et de la Normandie ; mais ils Ă©taient moins indĂ©pendants et subissaient lâinfluence soit du style normand, soit du style des Ă©coles de lâOuest. Pendant la premiĂšre moitiĂ© du XIIe siĂšcle, avant lâĂ©rection du vieux clocher de la cathĂ©drale de Chartres, on construisit un immense clocher isolĂ©, dĂ©pendant de lâĂ©glise abbatiale de la TrinitĂ© de VendĂŽme. Au point de vue de la construction, et sous le rapport du style, ce clocher doit ĂȘtre examinĂ© en dĂ©tail ; il subit lâinfluence de deux styles, du style roman ancien nĂ© dans les provinces occidentales, et du style qui se dĂ©veloppait sur les bords de lâOise et de la Seine dĂšs le commencement du XIIe siĂšcle. La coupe du clocher de la TrinitĂ© de VendĂŽme 53 nous explique les dispositions de cette Ă©trange construction, dĂ©jĂ trĂšs-parfaite, mais oĂč lâon sent encore les tĂątonnements dâartistes qui cherchent des moyens nouveaux et qui ne sâaffranchissent pas entiĂšrement des traditions antĂ©rieures. Sa base est une salle carrĂ©e, voĂ»tĂ©e par une calotte en arcs de cloĂźtre, avec quatre trompillons aux angles donnant pour le plan de la voĂ»te un octogone Ă quatre grands cĂŽtĂ©s et quatre petits. Sur cette voĂ»te, dont la coupe est en tiers-point, sâĂ©lĂšve, au centre, un pilier carrĂ© B cantonnĂ© de quatre colonnes engagĂ©es [voir le plan du premier Ă©tage 54]. Quatre arcs doubleaux A, en tiers-point, sont cintrĂ©s du pilier B aux quatre piliers engagĂ©s C. Mais, pour porter en toute sĂ©curitĂ© le pilier central B, deux arcs croisĂ©s, concentriques Ă la voĂ»te, viennent reposer sur les murs de lâĂ©tage infĂ©rieur, et, afin dâĂ©viter le relĂšvement de ces deux arcs croisĂ©s sous la charge du pilier, quatre arcs-boutants, sortes dâĂ©trĂ©sillons indiquĂ©s sur notre coupe fig. 53, aboutissent sous les bases des colonnes D des quatre piles serait difficile de bien faire comprendre ce systĂšme de construction sans lâaide dâune figure ; aussi nous donnons 55, une vue perspective de cet Ă©tage Ă lâintĂ©rieur. En E sont les deux arcs croisĂ©s sur lâextrados de la voĂ»te et portant le pilier central ; en F, les arcs-boutants aboutissant sous les bases des colonnes engagĂ©es H des piliers adossĂ©s aux murs. En G, des portions de mur Ă©trĂ©sillonnant le systĂšme dâarcs. Les pans coupĂ©s J de la voĂ»te infĂ©rieure en arcs de cloĂźtre ne sont pas inutiles ; ils tiennent lieu des piĂšces de charpente que lâon place aux angles des enrayures et que lâon dĂ©signe sous le nom de goussets ; ils empĂȘchent le roulement de tout le systĂšme, relient et Ă©trĂ©sillonnent les angles de la base en maçonnerie. Des moyens si puissants devaient avoir un motif. Ce motif Ă©tait de porter, sur le pilier central, les quatre arcs doubleaux I et la retraite K, un Ă©norme beffroi en charpente, auquel la partie supĂ©rieure du clocher servait dâenveloppe. Les constructeurs avaient compris, Ă mesure quâils donnaient plus dâĂ©lĂ©vation Ă leurs clochers, quâil fallait, aux beffrois de charpente mis en mouvement par le branle des cloches, un point dâappui solide, prĂšs de la base du clocher, lĂ oĂč la construction Ă©paisse et chargĂ©e nâavait rien Ă craindre des pressions inĂ©gales des beffrois. Or, les quatre arcs doubleaux et la retraite portaient lâenrayure basse de ce beffroi, et cette construction de pierre, bien appuyĂ©e, bien Ă©trĂ©sillonnĂ©e, conservait cependant une certaine Ă©lasticitĂ©. Ă partir de cette base, lâenveloppe, la partie supĂ©rieure du clocher, nâayant Ă subir aucun Ă©branlement, pouvait ĂȘtre lĂ©gĂšre ; et, en effet, le clocher de la TrinitĂ© de VendĂŽme, si on le compare aux clochers prĂ©cĂ©dents dont nous avons donnĂ© des coupes, est trĂšs-lĂ©ger relativement Ă sa hauteur, qui est considĂ©rable environ 80m, 00 de la base au sommet de la flĂšche. Jusquâalors, dans les clochers romans, une simple retraite ou des trous dans les parements intĂ©rieurs, ou des corbeaux saillants, ou une voĂ»te en calotte, recevaient lâenrayure basse des beffrois en charpente ; et peu Ă peu, par suite du mouvement de va-et-vient que prennent ces beffrois, les constructions se disloquaient, des lĂ©zardes se manifestaient au-dessus des ouvertures supĂ©rieures, les angles des tours fatiguaient et finissaient par se sĂ©parer des faces[25]. Si la charpente des cloches reposait Ă plat sur une voĂ»te dont les reins Ă©taient remplis, le peu dâĂ©lasticitĂ© dâune pareille assiette produisait des effets plus funestes encore que les retraites ou les corbeaux sur les parements intĂ©rieurs. Car ces voĂ»tes, pressĂ©es tantĂŽt dâun cĂŽtĂ©, tantĂŽt de lâautre, se disjoignaient dâabord, et produisaient bientĂŽt des poussĂ©es inĂ©gales. Le systĂšme dâassiette de beffroi adoptĂ© dans la construction du clocher de la TrinitĂ©, par sa complication mĂȘme et la pression contrariĂ©e des arcs infĂ©rieurs, Ă cause de ces deux Ă©tages dâarcs sĂ©parĂ©s par une pile, possĂšde une Ă©lasticitĂ© Ă©gale Ă sa rĂ©sistance, et divise tellement les pressions alternatives du beffroi en charpente quâelle arrive Ă les neutraliser complĂ©tement. Cela est trĂšs-savant et fait voir comme, en quelques annĂ©es, sous lâinfluence des Ă©coles nouvelles, les lourdes constructions romanes sâĂ©taient transformĂ©es. Le clocher de la TrinitĂ© de VendĂŽme est peut-ĂȘtre le premier qui soit Ă©levĂ© sur un programme arrĂȘtĂ©. Ce nâest plus une tour de quasi dĂ©fense sur laquelle on a Ă©levĂ© un beffroi, ce nâest plus un porche surmontĂ© de salles et terminĂ© au sommet par une loge ; câest un vĂ©ritable clocher, construit de la base au sommet pour placer des cloches, câest une enveloppe de cloches, reposant sur lâassiette dâun beffroi. Tout en conservant la plupart des formes romanes, comme construction, il appartient Ă lâĂ©cole nouvelle ; il remplace les rĂ©sistances passives de la construction romane par les rĂ©sistances Ă©lastiques, Ă©quilibrĂ©es, vivantes quâon nous passe le mot qui exprime notre pensĂ©e de la construction française. Ce principe, dĂ©couvert et mis en pratique une fois, eut des consĂ©quences auxquelles les architectes ne posĂšrent de limites que celles donnĂ©es par la qualitĂ© des matĂ©riaux, et encore dĂ©passĂšrent-ils parfois, grĂące Ă leur dĂ©sir dâappliquer le principe dans toute sa rigueur logique, ces limites matĂ©rielles. Voyons maintenant le clocher de la TrinitĂ© en dehors 56. Bien que dĂ©jĂ les baies soient fermĂ©es par des archivoltes en tiers-point peu prononcĂ©, son aspect est roman ; son Ă©tage supĂ©rieur octogonal sous la flĂšche nous rappelle les couronnements des clochers de BrantĂŽme et de Saint-LĂ©onard, avec leurs gĂąbles pleins sur les grandes baies principales, et les pinacles des clochers de lâOuest. Les archivoltes de ces pinacles, ainsi que ceux de lâarcature sous la pyramide, sont plein-cintre. Mais la pyramide devient trĂšs-aiguĂ« ; elle est renforcĂ©e de nerfs saillants sur ses angles et sur le milieu de ses faces ; elle nâest plus bĂątie en moellons, conformĂ©ment Ă la vieille tradition romane, mais en pierres bien appareillĂ©es, et ne porte, dans cette Ă©norme hauteur, que 0,50 c. dâĂ©paisseur Ă sa base et 0,30 c. Ă son sommet. Nous donnons 57 le plan horizontal du clocher de la TrinitĂ© pris au niveau des pinacles. Ceux-ci, comme le dĂ©montre ce plan, sont portĂ©s sur des colonnettes alternativement simples et renforcĂ©es dâun petit pilier carrĂ© ; leur plan est circulaire. Câest encore lĂ un dernier vestige des traditions du PĂ©rigord. On observera que lâescalier en pierre accolĂ© Ă la tour ne monte que jusquâau-dessus de la voĂ»te de lâĂ©tage infĂ©rieur fig. 53. ConformĂ©ment aux habitudes romanes, on ne montait dans le beffroi en charpente que par des Ă©chelles de bois. Du clocher de la TrinitĂ© de VendĂŽme, nous sommes amenĂ©s au vieux clocher de la cathĂ©drale de Chartres, le plus grand et certainement le plus beau des monuments de ce genre que nous possĂ©dions en France. Admirablement construit en matĂ©riaux excellents et bien choisis, il a subi deux incendies terribles et a vu passer sept siĂšcles sans que sa masse et les dĂ©tails de sa construction aient subi dâaltĂ©rations apparentes. Mais, avant de dĂ©crire ce dernier clocher, il est bon de faire connaĂźtre ses diverses origines. Nous avons vu quâĂ VendĂŽme lâinfluence des monuments de lâOuest se faisait encore sentir. Ă Chartres, cette influence est moins sensible quâĂ VendĂŽme ; mais, dâun autre cĂŽtĂ©, les styles normand et de lâĂle de France prennent une plus grande place. Jusquâau XIIIe siĂšcle, les clochers normands qui ne sont pas posĂ©s sur la croisĂ©e des Ă©glises montent de fond, ainsi que les clochers de lâOuest. Ce sont des tours carrĂ©es renforcĂ©es de contreforts peu saillants, Ă©troites comparativement Ă leur hauteur, percĂ©es de baies rares dans les substructions, dĂ©corĂ©es dâarcatures aveugles sous les beffrois, et prĂ©sentant, au sommet, une suite dâĂ©tages dâĂ©gale hauteur, terminĂ©s par des pyramides carrĂ©es. Les deux beaux clochers de lâĂ©glise abbatiale de la TrinitĂ© Ă Caen, ceux de la cathĂ©drale de Bayeux, conservent, malgrĂ© les adjonctions et modifications apportĂ©es par le XIIIe siĂšcle, le caractĂšre bien franc du clocher normand pendant les XIe et XIIe siĂšcles. Nous ne pensons pas que les clochers normands du commencement du XIIe siĂšcle possĂ©dassent des flĂšches trĂšs-Ă©levĂ©es, et le clocher de lâĂ©glise de Thaon que nous avons donnĂ© ci-dessus est lĂ pour confirmer notre opinion, puisque sa construction nâest pas antĂ©rieure Ă la fin du XIe siĂšcle. Mais, vers le milieu de ce siĂšcle, la Normandie devança les provinces françaises en Ă©rigeant, la premiĂšre, des pyramides dâune excessive acuitĂ© sur les tours carrĂ©es des Ă©glises. Ce parti fut promptement adoptĂ© dans lâĂle de France, le Maine et lâAnjou ; seulement, ces derniĂšres provinces donnĂšrent de prĂ©fĂ©rence Ă leurs flĂšches une base octogonale. Nous ne croyons pas nĂ©cessaire de donner ici les clochers de lâĂ©glise de la TrinitĂ© de Caen, qui sont entre les mains de tout le monde. Au point de vue architectonique, la composition de ces tours, jusquâĂ la base des flĂšches, dont la construction ne date que du XIIIe siĂšcle, est assez mĂ©diocre. Leur division en Ă©tages dâĂ©gale hauteur nâest pas heureuse ; il y a lĂ un dĂ©faut de proportion que lâon ne trouve que dans cette province et sur les bords du Rhin ; cependant, comme construction, les clochers normands sont remarquables ; bĂątis presque toujours en petits matĂ©riaux parfaitement appareillĂ©s, ils ont conservĂ© leur aplomb, malgrĂ© le peu de superficie de la base par rapport Ă la hauteur. Mais les Normands nâavaient pas cet instinct des proportions que possĂ©daient Ă un haut degrĂ© les architectes de lâĂle de France, du Beauvoisis et du Soissonnais. Toutefois, la hardiesse de leurs constructions, leur parfaite exĂ©cution, lâĂ©lĂ©vation des flĂšches, eurent Ă©videmment une influence sur lâĂ©cole française proprement dite, et cette influence se fait sentir dans le vieux clocher de la cathĂ©drale de Chartres. Celui-ci, comme tous les clochers romans, monte de fond, câest-Ă -dire quâil porte sur quatre murs pleins. Originairement, il flanquait, ainsi que la tour voisine, qui ne fut achevĂ©e quâau XVe siĂšcle, un porche, et prĂ©cĂ©dait le collatĂ©ral sud de la nef ; il Ă©tait ainsi dĂ©tachĂ© de lâĂ©glise sur trois cĂŽtĂ©s[26]. Voici 58 le plan du vieux clocher de la cathĂ©drale de Chartres, au niveau du rez-de-chaussĂ©e. En A est une grande salle voĂ»tĂ©e qui autrefois sâouvrait sur le porche B, et qui aujourdâhui sâouvre sur la premiĂšre travĂ©e de la nef, le pignon de cette nef ayant, au commencement du XIIIe siĂšcle, Ă©tĂ© avancĂ© de C en D. Suivant lâhabitude des constructeurs romans habitude fort sage, lâescalier particulier du clocher en E est en dehors des murs, et nâaffaiblit pas les constructions. Cet Ă©tage infĂ©rieur est bĂąti en matĂ©riaux Ă©normes provenant des carriĂšres de BerchĂšre, qui fournissent un calcaire dâune duretĂ© et dâune soliditĂ© incomparables. La fig. 59 donne lâĂ©lĂ©vation de ce clocher[27], dont la hauteur est de 103m, 50 de la base au pied de la croix en fer qui couronne la flĂšche. Câest ici que lâon reconnaĂźt la supĂ©rioritĂ© de cette construction sur celles Ă©levĂ©es Ă la mĂȘme Ă©poque en Normandie. La division des Ă©tages est habilement calculĂ©e en raison des dispositions intĂ©rieures et fait paraĂźtre la masse du monument plus grande et plus imposante encore. La salle basse est bien marquĂ©e par la fausse arcature et par le premier bandeau G. Au-dessus est une seconde salle, plus ouverte, de mĂȘme hauteur, mais dont les parements extĂ©rieurs et les baies prennent plus de richesse ; un second bandeau indique lâarase de la seconde voĂ»te. Puis vient le beffroi, dont la base repose sur cette voĂ»te, au niveau H voy. Beffroi. LâĂ©tage I est plus ouvert et plus ornĂ© que le second Ă©tage ; il sert de soubassement Ă la flĂšche Ă laquelle il tient cette flĂšche ne commence pas brusquement, mais sâamorce sur un tambour Ă base octogone ; les triangles, restant libres entre lâĂ©tage carrĂ© et le tambour octogone, portent quatre pinacles qui forment autant de baies. Quatre lucarnes sont percĂ©es sur chacune des faces de lâoctogone parallĂšles aux cĂŽtĂ©s du carrĂ©. Comme Ă la TrinitĂ© de VendĂŽme, quatre grands pignons surmontent ces lucarnes et sont eux-mĂȘmes percĂ©s de baies, afin de permettre au son des cloches de sâĂ©chapper du beffroi. Mais ces gĂąbles empiĂštent adroitement sur les faces de la pyramide, de maniĂšre Ă lier les parties verticales avec les surfaces inclinĂ©es ; câest un progrĂšs. Ă la TrinitĂ© de VendĂŽme on voit que les Ă©tages supĂ©rieurs sont encore coupĂ©s par des lignes horizontales qui sĂ©parent lâordonnance infĂ©rieure du beffroi de la pyramide, bien que ces deux parties, nâĂ©tant sĂ©parĂ©es par aucun plancher, ne fassent quâun tout. Ă Chartres, lâarchitecte a parfaitement fait comprendre que le beffroi et la pyramide ne sont quâun Ă©tage vide du bas en haut. Une flĂšche immense, dĂ©corĂ©e dâarĂȘtiers sur les angles, de nerfs sur les faces et dâĂ©cailles, comme Ă VendĂŽme, termine le clocher. Il nâest pas besoin de faire ressortir la beautĂ© et la grandeur de cette composition dans laquelle lâarchitecte a fait preuve dâune rare sobriĂ©tĂ©, oĂč tous les effets sont obtenus non par des ornements, mais par la juste et savante proportion des diverses parties. La transition si difficile Ă Ă©tablir entre la base carrĂ©e et lâoctogone de la flĂšche est mĂ©nagĂ©e et conduite avec une adresse qui nâa point Ă©tĂ© surpassĂ©e dans les monuments analogues. On pourrait peut-ĂȘtre reprocher aux contreforts dâangle de la tour carrĂ©e de finir trop brusquement sous le bandeau K ; mais, en exĂ©cution, ce dĂ©faut, apparent sur le dessin gĂ©omĂ©tral, est complĂ©tement dĂ©truit Ă cause de la faible saillie de ces contreforts qui ne compte plus Ă cette hauteur, et par le jeu des ombres des lucarnes et pinacles qui sâharmonise de la façon la plus heureuse avec les saillies et les parties ajourĂ©es de la souche carrĂ©e. Les trompes qui portent la flĂšche ne prennent naissance quâau-dessus des baies des quatre pinacles, et le plan 60, pris au niveau L, fait voir avec quelle adresse les constructeurs ont su faire pĂ©nĂ©trer lâoctogone dans le carrĂ©. Les quatre pinacles dâangle, au lieu de nâĂȘtre quâun ornement comme dans les clochers romans, comme dans le clocher de la TrinitĂ© de VendĂŽme, sont de vĂ©ritables contreforts, bien chargĂ©s, qui reportent le poids des quatre cĂŽtĂ©s de lâoctogone, parallĂšles aux diagonales du carrĂ©, sur les quatre angles de la tour. Les quatre pignons couronnant les lucarnes ont aussi leur utilitĂ© et sont plus quâune simple dĂ©coration ; ils chargent les quatre faces du tambour parallĂšles aux cĂŽtĂ©s du carrĂ©, afin de donner Ă ces faces de la souche octogonale une rĂ©sistance puissante. Le dernier Ă©tage fig. 60 est aussi lĂ©ger que possible ; les pieds-droits sont minces, et le roulement de cet Ă©tage est parfaitement maintenu par les pinacles formant Ă©perons ; cependant, le dans-Ćuvre de la souche de la flĂšche nâa pas moins de 10m,20 dâun parement Ă lâautre. LâexĂ©cution des dĂ©tails du clocher vieux de Chartres rĂ©pond Ă cet ensemble grandiose ; la construction est traitĂ©e avec un soin particulier, les assises sont parfaitement rĂ©glĂ©es, lâappareil trĂšs-savant ; les profils et la sculpture sont de la plus grande beautĂ© ; sur aucun point on ne trouve lâarchitecte en faute, on ne peut constater de ces nĂ©gligences si frĂ©quentes dans les constructions Ă©levĂ©es un demi-siĂšcle plus tard. Tout est prĂ©vu, calculĂ©, rien nâest livrĂ© au hasard ; les Ă©coulements dâeau sont simplement disposĂ©s. Aussi le clocher vieux de Chartres, bien quâil soit de cinquante ans plus ancien que le reste de la cathĂ©drale, et quâil ait subi lâĂ©preuve de deux incendies, sera encore debout quand lâĂ©glise tombera en ruine. Il dut ĂȘtre bĂąti de 1140 Ă 1170, et la beautĂ© de sa construction contraste avec la nĂ©gligence et la grossiĂšretĂ© de celle de lâĂ©glise. LâĂ©cole du XIIe siĂšcle en France, au point de vue de lâexĂ©cution, ne fut jamais dĂ©passĂ©e et fut rarement Ă©galĂ©e par celle du XIIIe, malgrĂ© les progrĂšs scientifiques qui se dĂ©veloppĂšrent chez cette derniĂšre ; mais nous expliquons les causes de ce fait au mot CathĂ©drale. Quelque soin que nous ayons pris de distinguer les diffĂ©rents caractĂšres des clochers qui couvrent le sol de la France actuelle jusquâau XIIe siĂšcle, dâindiquer les Ă©coles diverses, leurs croisements et les influences quâelles exercent les unes sur les autres, nous devons avouer que notre travail est trĂšs-sommaire et quâil nous a fallu laisser de cĂŽtĂ© des dĂ©tails dâun intĂ©rĂȘt rĂ©el. Ă nos yeux, toutefois, cette question a trop dâimportance ; elle se rattache trop Ă lâesprit du moyen Ăąge, aux efforts des constructeurs, pour que nous nâessayions pas de faciliter Ă nos lecteurs le classement de ces diverses Ă©coles, leur marche et leurs progrĂšs. LâĂ©rection des clochers ne suit pas rigoureusement, dâailleurs, les styles propres Ă chaque division territoriale. JusquâĂ la fin du XIIe siĂšcle, le clocher est encore un Ă©difice Ă part, et les Ă©tablissements monastiques, les cathĂ©drales et les paroisses, faisaient souvent annexer Ă lâĂ©glise un clocher dont le type primitif nâĂ©tait pas en rapport intime avec le style local. Le clocher est, pendant cette pĂ©riode du moyen Ăąge, plutĂŽt un monument de vanitĂ© que lâon veuille bien nous passer lâexpression quâun monument dâutilitĂ© ; il nâest donc pas surprenant que lâon sâĂ©cartĂąt quelquefois des traditions locales pour se donner la satisfaction dâĂ©lever un Ă©difice capable de rivaliser avec ceux de telle ville ou de tel monastĂšre, qui excitaient lâadmiration des Ă©trangers. Le classement des clochers par Ă©coles et ramifications dâĂ©coles coĂŻncide, de province Ă province, avec les relations commerciales et politiques ; ce classement suit le mouvement naturel de ces relations ; au point de vue de lâhistoire, il peut donc ĂȘtre utile. Aussi, avant dâaller plus avant, et afin de rĂ©sumer pour nos lecteurs ce que nous avons dit sur ces monuments, nous donnons ci-contre 61 une carte de la France sur laquelle nous avons marquĂ© les points centrals des diffĂ©rents types de clochers, et lâĂ©tendue de leurs ramifications, vers le milieu du XIIe siĂšcle, avant la grande rĂ©volution architectonique du rĂšgne de Philippe-Auguste ; rĂ©volution qui tendit Ă substituer une Ă©cole unique Ă ces Ă©coles dâorigines diverses. Nous avons dit que le PĂ©rigord possĂšde, dĂšs la fin du Xe siĂšcle et commencement du XIe, deux types de clochers celui de Saint-Front marquĂ© en A sur notre plan, fig. 61, et celui de BrantĂŽme marquĂ© en B. Le prototype A pousse au sud une ramification le long de la riviĂšre dâIsle, sâĂ©tend sur les bords de la Dordogne infĂ©rieure et remonte la Garonne jusquâĂ Toulouse ; un rameau pĂ©nĂštre jusquâĂ Cahors. Vers le nord, lâinfluence du prototype A sâĂ©tend plus loin ; elle envahit lâAngoumois, la Saintonge, lâAunis, le Poitou, descend la Vienne, se prolonge au nord, vers Loches, et remonte lâIndre jusquâĂ ChĂąteauroux clocher de DĂ©ols. Ce rameau passe la Loire entre Tours et OrlĂ©ans, et vient se perdre dans le Maine et lâAnjou. Le second type pĂ©rigourdin B, dont le BrantĂŽme est le plus ancien modĂšle existant, remonte la vallĂ©e de la Dordogne, traverse les montagnes au sud du Cantal, et vient expirer au Puy-en-VĂ©lay. Une autre branche vigoureuse pousse vers le nord, passe Ă Limoges, se rencontre Ă Loches avec une des branches du type A, traverse la Loire Ă Saint-BenoĂźt et arrive jusquâĂ VendĂŽme et Chartres. LâAuvergne possĂšde aussi son Ă©cole ; Ă Clermont en H est son siĂšge. Une de ses branches se dirige, en remontant lâAllier jusquâau Puy, oĂč elle se rencontre avec celle venue de B. Au sud, le prototype H jette un rameau directement sur la Garonne Ă Toulouse, Ă Agen, et, plus bas, jusquâau Mas dâAgenais. Au nord, il Ă©parpille ses rameaux en Ă©ventail Ă travers les plaines de la Limagne ; une branche sâĂ©tend mĂȘme jusquâĂ Nevers, une autre est arrĂȘtĂ©e brusquement par les montagnes du Lyonnais. Ces trois types ABH occupent toute lâancienne Aquitaine de Charlemagne et jettent quelques rameaux jusque dans la Neustrie. Le prototype carlovingien, dont nous avons placĂ© le siĂšge en C, Ă Aix-la-Chapelle, envahit la Meuse, la Moselle et le Rhin ; il pousse un rameau Ă travers les Ardennes jusque sur la Marne Ă ChĂąlons, un autre jusquâĂ Besançon, un autre en Flandre jusquâĂ Tournay, en remontant la Sambre et descendant lâEscaut ; il occupe lâAustrasie. Le prototype bourguignon, que nous plaçons en D, Ă Autun, jette une branche Ă travers le Morvan, va chercher la vallĂ©e de lâYonne et descend cette riviĂšre jusquâĂ Auxerre, oĂč elle sâarrĂȘte. Une autre branche passe sous ChĂąteau-Chinon le long des montagnes, traverse la Loire Ă la CharitĂ©, pousse quelques rameaux dans le Nivernais et se perd avant dâarriver Ă Bourges. Un troisiĂšme rameau vivace se jette sur Beaune, Dijon, arrive Ă Langres ; puis, traversant la montagne, descend la Marne jusquâĂ ChĂąlons. Un quatriĂšme va chercher le Doubs et le remonte jusquâĂ Besançon, vers lâest. Un cinquiĂšme enfin suit la vallĂ©e de la SaĂŽne et sâĂ©tend jusque vers Valence, en passant par Lyon et Vienne, se rencontre avec une des branches du prototype I, placĂ© Ă Arles. LâĂ©cole D occupe lâancien royaume carlovingien de Bourgogne. Le type appartenant Ă lâĂle de France, dont le centre est placĂ© Ă Paris en E, jette des rameaux tout autour de lui au nord-ouest jusquâĂ Rouen ; au nord jusquâĂ Saint-Omer et Tournay, Saint-Quentin, en remontant lâOise ; Ă lâest jusquâĂ Reims et ChĂąlons ; au sud-est jusquâĂ Troyes, en remontant la Seine, et jusquâĂ Sens en remontant lâYonne ; au sud jusquâĂ OrlĂ©ans, et Ă lâouest jusquâĂ Chartres. Enfin, le type normand, dont le centre est posĂ© en G, Ă Caen, se ramifie sur les cĂŽtes, au nord-ouest jusquâĂ Eu, Ă lâouest jusquâĂ Dol, et, remontant lâOrne, descend lâEure jusquâĂ Ăvreux. Un rameau passe le dĂ©troit et couvre lâAngleterre. Ces deux derniĂšres Ă©coles occupent la Neustrie. Sur notre carte, les divisions carlovingiennes sont indiquĂ©es par des lignes ponctuĂ©es. Pendant la premiĂšre pĂ©riode carlovingienne, lâAquitaine est, de toutes les provinces des Gaules, celle qui est la plus riche par son Ă©tendue, son territoire et le commerce quâelle faisait avec la Bourgogne, le Nord et la Bretagne. Câest celle aussi qui fait pĂ©nĂ©trer le plus loin lâinfluence de ses Ă©coles dâarchitecture. La Neustrie, divisĂ©e par lâinvasion normande, ne prend, jusquâĂ la prĂ©dominance des suzerains français, quâune influence limitĂ©e. Que lâon veuille bien examiner avec attention cette carte fig. 61, on y trouvera lâoccasion de faire de singuliĂšres observations. On voit, par exemple, quâau XIIe siĂšcle, malgrĂ© les rĂ©volutions politiques survenues depuis la division des Gaules faite par Charlemagne Ă sa mort, les populations avaient conservĂ© presque intact leur caractĂšre dâAquitains, de Bourguignons, de Neustriens et dâAustrasiens. Nos lecteurs penseront peut-ĂȘtre que nous prenons la question de bien haut, Ă propos de clochers ; et nous ne devons pas oublier que nous avons, plus dâune fois depuis le commencement de cet ouvrage, Ă©tĂ© accusĂ©s de supposer des arts nationaux, des Ă©coles qui nâexisteraient que dans notre imagination ; il faut donc que nous dĂ©veloppions notre thĂšme, en adressant nos remercĂźments sincĂšres Ă ceux qui nous obligent Ă accumuler les renseignements et les preuves propres Ă Ă©clairer la question importante du dĂ©veloppement de lâart de lâarchitecture sur le territoire occidental du continent europĂ©en. Le clocher, plus quâaucun autre Ă©difice, nous facilite ce travail ; car, plus quâaucun autre Ă©difice, il indique les goĂ»ts, les traditions des populations ; il est le signe visible de la grandeur de la citĂ©, de sa richesse ; il est lâexpression la plus sensible de la civilisation Ă la fois religieuse et civile de cette Ă©poque ; il prend de lâimportance en raison du dĂ©veloppement de lâesprit municipal ; il se soustrait, plus que tout autre monument, aux influences monastiques ; câest, pour tout dire en un mot, au XIIe siĂšcle, le vĂ©ritable monument national, dans un temps oĂč chaque ville importante formait un noyau presque indĂ©pendant de la fĂ©odalitĂ© sĂ©culiĂšre ou clĂ©ricale. Le clocher peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme le signe du dĂ©veloppement industriel et commercial des citĂ©s. Les exemples que nous avons donnĂ©s jusquâĂ prĂ©sent sont autant de jalons que nous avons signalĂ©s, jalons qui sont posĂ©s sur les lignes tracĂ©es sur notre carte. Les preuves sont donc matĂ©rielles, palpables. Observons maintenant la direction de chacune de ces branches elles suivent le cours des riviĂšres, ce qui est naturel, ou des grandes voies commerciales qui existent encore aujourdâhui, voies qui ont singuliĂšrement aidĂ© au travail de centralisation du pouvoir monarchique. Prenons lâune de ces branches les plus Ă©tendues et qui ne tiennent pas compte du cours des riviĂšres ; celle, par exemple, qui part de PĂ©rigueux, passe par Limoges, et vient aboutir Ă Chartres. Ne voyons-nous pas lĂ la grande route centrale de Limoges Ă Paris, Ă peu de dĂ©viation prĂšs ? Et cette autre qui, du mĂȘme centre, passe par AngoulĂȘme et le Poitou pour se jeter sur la Loire et le Maine, nâest-elle pas aussi une grande voie commerciale suivie de nos jours ? Notre carte ne tient-elle pas compte de cette barriĂšre naturelle que la Loire a si longtemps Ă©tablie entre le nord et le sud de la France ? Et cette ligne de la Bourgogne qui, de la Marne, de ChĂąlons, descendant jusquâaux limites du Lyonnais au sud, rĂ©unit Aix-la-Chapelle, le Rhin et la Moselle au RhĂŽne par la Marne et la SaĂŽne, nâest-elle pas encore une voie suivie et tracĂ©e de notre temps ? On ne saurait prĂ©tendre que notre carte est tracĂ©e dâaprĂšs certaines idĂ©es prĂ©conçues ; encore une fois, les monuments sont lĂ ; et dâailleurs ces idĂ©es ne nous ont Ă©tĂ© suggĂ©rĂ©es que par la vue des lignes rĂ©unissant les jalons Ă©pars que nous avons pu marquer. Dans les localitĂ©s oĂč deux ou trois branches partant de deux ou trois centres opposĂ©s viennent aboutir, nous pouvons constater lâinfluence et le mĂ©lange des arts sortis de ces centres. Ce fait est sensible Ă Chartres, Ă ChĂąlons-sur-Marne, Ă Nevers, Ă Toulouse, Ă Valence, au Puy, Ă Auxerre, Ă Rouen. Nos figures lâont dĂ©montrĂ© ou vont le dĂ©montrer. Le croisement des deux branches issues de PĂ©rigueux est sensible Ă Loches. Toutes ces branches indiquent des routes tracĂ©es et suivies par le commerce au XIIe siĂšcle ; et sans avoir la prĂ©tention de donner Ă ce travail une importance exagĂ©rĂ©e, nous pouvons croire quâil pourra contribuer Ă dĂ©truire cette idĂ©e de confusion, dâintervention du hasard, dans la marche et le dĂ©veloppement des arts sur ce coin de lâEurope ; peut-ĂȘtre jettera-t-il quelques clartĂ©s sur lâhistoire, si compliquĂ©e, de ces temps reculĂ©s. Pour nous, ces centres, avec leurs branches qui tendent Ă se rĂ©unir sur certain point, indiquent les premiers pas des populations vers lâunitĂ© nationale au milieu du rĂ©seau fĂ©odal ; ces faits peuvent aider Ă retrouver les causes de la richesse de certaines citĂ©s dont nous avons peine Ă comprendre aujourdâhui lâimportance. Quand le pouvoir monarchique sâĂ©tablit, au XIIIe siĂšcle, sur des bases de plus en plus fermes, il trouva ouvertes ces communications entre des provinces diverses dâorigine, de mĆurs et de langage, et y fit rapidement pĂ©nĂ©trer, avec de nouvelles institutions politiques, les arts du domaine royal. On sâexplique ainsi comment lâarchitecture romane fut tout Ă coup, Ă cette Ă©poque, frappĂ©e dâimpuissance ; comment ces provinces de lâouest, de lâest et du midi, reçurent lâinfluence du domaine royal par les mĂȘmes voies qui leur avaient servi pendant deux siĂšcles Ă rĂ©pandre au dehors les traditions de leurs arts propres. Le clocher vieux de la cathĂ©drale de Chartres rĂ©sume les efforts, les goĂ»ts et les traditions des deux principales Ă©coles du sol des Gaules, dont nous venons de tracer lâhistoire et les influences plus ou moins Ă©tendues. Il possĂšde, Ă la fois, la grandeur des conceptions des artistes de lâouest et la puissance de leurs constructions, la hardiesse aventureuse des architectes normands, la sobriĂ©tĂ©, la finesse et lâinstinct de lâharmonie des proportions qui Ă©taient le partage des constructeurs du domaine royal, des vallĂ©es de la Seine, de lâOise et de lâAisne. Le nom de lâarchitecte qui sut fondre dans un seul Ă©difice ces divers Ă©lĂ©ments ne nous est pas connu ; mais son Ćuvre impĂ©rissable, dont le principal mĂ©rite est lâunitĂ©, nous prouve que cette qualitĂ© dĂ©pend bien plus du gĂ©nie de lâartiste que des Ă©lĂ©ments placĂ©s sous sa main ; que lâemploi dâĂ©lĂ©ments diffĂ©rents entre eux nâexclut pas lâoriginalitĂ©, quand ces matĂ©riaux sont recueillis par un esprit juste, une tĂȘte bien organisĂ©e et une main habile. Il est dâautres clochers en France qui ne le cĂšdent guĂšre au clocher vieux de Chartres comme importance ; mais aucun ne rĂ©unit Ă un degrĂ© aussi Ă©levĂ© des proportions heureuses Ă lâinterprĂ©tation exacte dâun programme, la sobriĂ©tĂ© Ă la richesse, lâapplication de traditions Ă©trangĂšres les unes aux autres Ă un seul Ă©difice, sans efforts apparents. Ă voir ce clocher, rien ne paraĂźt plus simple, plus facilement conçu et exĂ©cutĂ© ; et cependant, si on analyse sa structure avec quelque soin, on aperçoit les habiles soudures entre des Ă©lĂ©ments divers, partout le raisonnement soumis Ă un goĂ»t sĂ»r. Il serait fort intĂ©ressant, pour lâhistoire de la transition de lâarchitecture romane Ă lâarchitecture française du XIIIe siĂšcle, de savoir dâoĂč venait le maĂźtre des Ćuvres auquel la construction du vieux clocher de Chartres fut confiĂ©e, Ă quelle province il appartenait. Ătait-il nĂ© dans lâune de ces villes des bords de lâOise et de lâAisne, oĂč les traditions gallo-romaines se conservĂšrent si longtemps ? ou bien Ă©tait-il venu des bords de la Seine et de lâEure, entre Paris et Rouen ? Nous pencherions vers cette derniĂšre origine, car on retrouve, dans les dĂ©tails du clocher de Chartres, dans les profils des arcs, dans la sculpture, la finesse et la grĂące qui appartiennent Ă cette portion du territoire français. Dans les bassins de lâOise et de lâAisne, jusquâĂ la fin du XIIe siĂšcle, les profils sont plus simples, se dĂ©pouillent moins des traditions gallo-romaines, la sculpture est barbare et pĂȘche par le mĂ©pris de la forme. Lâinfluence mĂ©rovingienne persiste trĂšs-tard dans ces derniĂšres contrĂ©es, tandis que dans la partie de lâĂle de France comprise entre Paris, Mantes et Dreux, il sâĂ©tait formĂ© lĂ , dĂšs le XIe siĂšcle, une Ă©cole particuliĂšre, dont le goĂ»t sâĂ©pure de plus en plus jusque vers le milieu du XIIe siĂšcle, qui Ă©vite les exagĂ©rations et marche dâun pas assurĂ© vers un art plein dâĂ©lĂ©gance et de finesse, dĂ©licat et contenu. Un architecte, sorti de cette Ă©cole au milieu du XIIe siĂšcle, trouvant dans lâOrlĂ©anais les derniĂšres traces des arts des provinces du sud-ouest et quelques Ă©lĂ©ments de ceux de la Normandie, apportait juste ce quâil fallait pour bĂątir le clocher vieux de Chartres en mĂȘlant ses qualitĂ©s propres aux influences romanes qui avaient pĂ©nĂ©trĂ© cette province. Il est, en effet, curieux dâobserver comme, Ă cette Ă©poque et plus tard encore, au commencement du XIIIe siĂšcle, les architectes de lâĂle de France, bien quâils fussent en avance sur les Ă©coles voisines, se pliaient aux traditions locales lorsquâils Ă©taient appelĂ©s en dehors de leur centre. Ce ne fut guĂšre quâĂ la fin du XIIIe siĂšcle, alors que lâarchitecture eut admis de vĂ©ritables formules, que cette souplesse des artistes disparaĂźt totalement pour faire place Ă un art qui, ne tenant plus compte ni des traditions ni des habitudes locales, marche rĂ©solĂ»ment dans la voie unique quâil sâest tracĂ©e. Pour nous, nous prĂ©fĂ©rons la souplesse Ă ces formules invariables, Ă cette logique inexorable qui force lâart Ă se jeter dans les abus de ses propres principes pour ne pas tomber dans la monotonie ; aussi, nos lecteurs voudront-ils nous pardonner de nous Ă©tendre si longuement sur lâĂ©poque de transition, de recherche, de tĂątonnements mĂȘme, Ă©poque bien plus variĂ©e et fertile en enseignements que celle qui la suit. Si, Ă Chartres, un architecte de lâĂle-de-France a conçu et prĂ©sidĂ© Ă lâexĂ©cution du clocher vieux, Ă Rouen, il est trĂšs-probable quâun de ses confrĂšres a conçu et fait Ă©lever le clocher de la cathĂ©drale connu sous le nom de tour Saint-Romain. Le clocher de Saint-Romain de la cathĂ©drale de Rouen est contemporain du clocher vieux de Chartres 1140 Ă 1160. Le couronnement primitif de ce clocher nâexiste plus, ou ne fut jamais Ă©levĂ©. Il devait se composer, probablement, dâune grande pyramide octogone, comme celle qui termine lâescalier du mĂȘme clocher. Quoi quâil en soit, la tour est entiĂšre et est certainement lâune des plus belles de cette partie de la France ; elle offre un mĂ©lange des deux styles de lâĂle de France et de la Normandie, dans lequel le premier Ă©lĂ©ment domine ; lĂ aussi lâartiste français sâest soumis aux influences locales, mais il a Ă©videmment apportĂ© le goĂ»t de son Ă©cole et son propre gĂ©nie. Voici 62 lâĂ©lĂ©vation du clocher Saint-Romain du cĂŽtĂ© de lâest oĂč se trouve lâescalier qui conduit Ă la base du beffroi. Le clocher Saint-Romain de la cathĂ©drale de Rouen est isolĂ© sur trois cĂŽtĂ©s et porte de fond, comme la plupart des clochers de façade antĂ©rieurs au XIIIe siĂšcle. Il se compose, Ă lâintĂ©rieur, comme celui de Chartres, de deux salles voĂ»tĂ©es superposĂ©es et dâun Ă©tage de beffroi divisĂ© en deux. Mais ici les dispositions mesquines, confuses, les divisions dâĂ©tages Ă©gaux en hauteur des clochers normands ont Ă©tĂ© adoptĂ©es par le maĂźtre de lâĆuvre français ; en se soumettant Ă ces habitudes, il a cependant rĂ©pandu dans son Ćuvre la grĂące et la finesse, lâĂ©tude des dĂ©tails, la sobriĂ©tĂ© des saillies, la parfaite harmonie des profils et de la sculpture avec lâensemble, qui appartiennent Ă lâĂ©cole dâoĂč il sortait. Il a surtout habilement mĂ©nagĂ© les pleins et les vides, donnant dâautant plus dâimportance Ă ceux-ci et augmentant lâĂ©chelle des dĂ©tails Ă mesure que la tour sâĂ©levait au-dessus du sol. Ces dĂ©tails sont dâune grande beautĂ© ; la construction est exĂ©cutĂ©e en petits matĂ©riaux, avec le soin que les architectes du XIIe siĂšcle mettaient dans leurs bĂątisses ; les profils sont peu saillants et produisent, malgrĂ© leur extrĂȘme finesse, beaucoup dâeffet ; les contreforts sont habilement plantĂ©s et profilĂ©s. Lâescalier qui, du cĂŽtĂ© de lâest, dĂ©range la disposition des baies, est un chef-dâĆuvre dâarchitecture. La construction du clocher Saint-Romain de Rouen, bien que trĂšs-lĂ©gĂšre en raison de la dimension extraordinaire de cet Ă©difice, nâa subi dâautre altĂ©ration que celle produite par lâincendie qui dĂ©truisit la cathĂ©drale Ă la fin du XIIe siĂšcle. Au XIIIe siĂšcle, on pratiqua en A une arcade dans une des baies gĂ©minĂ©es du beffroi pour le passage des grosses cloches. Ce fait est curieux ; il indique, ou quâavant cette Ă©poque les cloches Ă©taient montĂ©es dans les tours pendant leur construction, ou quâelles Ă©taient de petite dimension, ainsi que nous lâavons dit plus haut. Nous pourrions fournir encore de nombreux exemples de ces clochers de lâĂ©poque de transition bĂątis dans le voisinage de lâĂle-de-France ; mais il faut nous borner. Il nous reste Ă faire voir comment les architectes du XIIIe siĂšcle surent profiter des tentatives de leurs prĂ©dĂ©cesseurs, et appliquer les principes nĂ©s dans les provinces de lâOuest, de lâEst et du Nord, au nouveau mode de construction inaugurĂ©, Ă la fin du XIIe siĂšcle, dans lâĂle-de-France. Un des rares clochers complets, du commencement du XIIIe siĂšcle, est celui qui flanque la façade de la cathĂ©drale de Senlis, du cĂŽtĂ© mĂ©ridional. Nous en donnons la vue perspective 63. BĂąti dâun seul jet, pendant les premiĂšres annĂ©es du XIIIe siĂšcle, en matĂ©riaux dâexcellente qualitĂ©, ce clocher nous montre dĂ©jĂ les tendances des architectes du XIIIe siĂšcle Ă chercher les effets surprenants. SâĂ©levant sur une base carrĂ©e Ă peu prĂšs pleine, mais sous laquelle sâouvre une charmante porte donnant sur le bas-cĂŽtĂ© sud de la cathĂ©drale voy. Porte, ce clocher latĂ©ral, contrairement aux habitudes des constructeurs antĂ©rieurs, nâest plus un monument isolĂ© ; il participe intimement au plan de lâĂ©glise ; son rez-de-chaussĂ©e sert de vestibule Ă lâun des collatĂ©raux. DĂ©jĂ les clochers latĂ©raux de lâĂ©glise abbatiale de Saint-Denis, Ă©levĂ©s par lâabbĂ© Suger, prĂ©sentaient cette disposition, qui paraĂźt avoir Ă©tĂ© adoptĂ©e dans lâĂle-de-France dĂšs le XIIe siĂšcle. Au-dessus du rez-de-chaussĂ©e est un Ă©tage voĂ»tĂ©, Ă©clairĂ©, sur chaque face, par des baies jumelles ; puis, immĂ©diatement au-dessus de cet Ă©tage, sâĂ©lĂšve le beffroi sur plan octogone. Un escalier A, pris dans un angle renforcĂ©, et non plus indĂ©pendant comme dans les exemples prĂ©cĂ©dents, donne entrĂ©e dans lâĂ©tage du beffroi. De grands pinacles Ă jour posĂ©s sur les angles du carrĂ© servent de transition entre cette base carrĂ©e et lâĂ©tage octogonal. Lâun de ces pinacles contient une tour ronde B qui renferme le sommet de lâescalier. Quatre longues baies, ouvertes dans toute la hauteur du beffroi sur les quatre faces parallĂšles au carrĂ©, laissent sortir le son des cloches. Trois autres baies plus petites sâouvrent dans les autres faces, sous les pinacles, ainsi que lâindique la fig. 64. Cette figure nous fait voir la disposition des pyramides Ă jour qui couronnent ces pinacles ; leur axe ne correspond pas Ă lâaxe des pinacles, mais ces pyramides sâappuient sur les faces de lâĂ©tage octogone vertical, comme pour leur servir de contre-forts. Cette dĂ©viation de lâaxe des pyramides, bien quâassez bizarre quand on examine les pinacles isolĂ©ment, produit, dans lâensemble, un trĂšs-bon effet, car elle conduit lâĆil de la base carrĂ©e Ă lâinclinaison des cĂŽtĂ©s de la grande pyramide de couronnement, ainsi que le fait voir notre fig. 63. La pyramide supĂ©rieure, Ă huit pans comme la tour qui la reçoit, porte sur chacune de ses faces une grande lucarne, dont lâouverture laisse une issue au son des cloches. Ces lucarnes sont dâun beau style ; les dĂ©coupures qui ornent leurs Ă©coinçons et leurs tympans, taillĂ©es Ă vives arĂȘtes, produisent beaucoup dâeffet Ă la hauteur oĂč elles se trouvent placĂ©es. On remarquera que les petits combles en pierre qui couronnent ces lucarnes sont taillĂ©s en croupes du cĂŽtĂ© de la flĂšche pour la dĂ©gager voy. fig. 63. La flĂšche et les combles des lucarnes ont leurs parements taillĂ©s en Ă©cailles, et les arĂȘtiers de la grande pyramide sont fournis de nombreux crochets. Câest lĂ encore une innovation qui appartient au XIIIe siĂšcle, et qui tendait Ă dĂ©truire la sĂ©cheresse de ces longues lignes inclinĂ©es des flĂšches. Avant dâen venir Ă garnir les arĂȘtiers des flĂšches par des crochets feuillus, sorte de crĂȘte rampante, les architectes avaient fait dâautres tentatives. Ă Saint-Leu-dâEsserent, non loin de Senlis, est un clocher bĂąti vers 1160, dont la pyramide prĂ©sente cette singularitĂ© dâarĂȘtiers dĂ©tachĂ©s de la flĂšche, et ne sây reliant, comme des colonnettes inclinĂ©es, que par des bagues. Mais ce moyen Ă©trange, employĂ© pour Ă©viter la sĂ©cheresse dâune ligne droite se dĂ©tachant sur le ciel sans transition entre le plein et le vide, ne fut pas imitĂ©. Au-dessus des lucarnes, huit meurtriĂšres, percĂ©es au milieu des faces de la pyramide, allĂ©gissent encore la partie supĂ©rieure du clocher. Ce quâon ne saurait trop admirer dans ces compositions, câest lâadresse avec laquelle les architectes conduisent lâĆil du spectateur dâune base massive, carrĂ©e, Ă un couronnement aigu et lĂ©ger, tout en rĂ©servant des points saillants qui, se profilant en dehors de la silhouette gĂ©nĂ©rale, dĂ©truisent la monotonie des grandes lignes, sans cependant les altĂ©rer. Ă ce point de vue, le clocher de la cathĂ©drale de Senlis est une Ćuvre digne dâĂȘtre Ă©tudiĂ©e avec soin ; ceux qui ont eu lâoccasion dâĂ©lever des Ă©difices de ce genre savent combien il est difficile dâobtenir dâheureux effets. Et les clochers modernes dans lesquels on a cherchĂ© cette harmonie gĂ©nĂ©rale, cette parfaite concordance des lignes, en mĂȘme temps que lâeffet pittoresque, sont lĂ pour nous dĂ©montrer que lâon nâatteint que rarement Ă cette perfection. Le passage des parties verticales aux plans inclinĂ©s des flĂšches est un Ă©cueil contre lequel viennent presque toujours se briser les efforts des constructeurs. Les architectes, Ă dater de la fin du XIIe siĂšcle, ont Ă©tudiĂ© avec grand soin et exĂ©cutĂ© avec adresse ces parties importantes de leurs clochers, et tous les exemples prĂ©cĂ©dents que nous avons donnĂ©s montrent que, sâils ont enfin rĂ©ussi dâune maniĂšre complĂšte, ce nâa pas Ă©tĂ© sans de longs tĂątonnements qui nâont pas toujours Ă©tĂ© couronnĂ©s dâun plein succĂšs. Ils avaient derriĂšre eux des traditions, des exemples plus ou moins heureux, mais en grand nombre, qui pouvaient leur servir de guide ; tandis que nous, aujourdâhui, il nous faut aller chercher des modĂšles Ă©pars, dont nous ne pouvons retrouver les types originaux, et nous baser sur des exemples qui ne nous prĂ©sentent que des superfĂ©tations de styles diffĂ©rents ou de diverses Ă©poques. Trop souvent alors on se laisse sĂ©duire par lâapparence dâharmonie que le temps a jetĂ©e sur ces constructions formĂ©es dâĂ©lĂ©ments dissemblables, et on est fort surpris, lorsquâon a Ă©levĂ© un clocher copiĂ© sur ces Ă©difices, de nâavoir produit quâun assemblage disgracieux, incohĂ©rent, donnant des silhouettes malheureuses. Toute partie dâarchitecture qui se dĂ©coupe immĂ©diatement sur le ciel demande des calculs, et, plus encore, un sentiment exquis de la forme, car rien nâest indiffĂ©rent dans une pareille situation ; le moindre dĂ©tail prend des proportions autres que celles obtenues sur le papier ou sur lâĂ©pure gĂ©omĂ©trale, et il faut une bien longue expĂ©rience, une habitude pratique des effets pour prĂ©juger de lâaspect perspectif dâune combinaison gĂ©omĂ©trique. AprĂšs avoir cherchĂ© Ă produire des effets surprenants par des moyens compliquĂ©s, les architectes, comme il arrive toujours, sâaperçurent bientĂŽt que les combinaisons gĂ©nĂ©rales les plus simples sont les plus propres Ă donner lâidĂ©e de la grandeur. Le clocher de la cathĂ©drale de Senlis, qui paraĂźt si grand, bien quâil soit dâune dimension trĂšs-ordinaire, dont lâeffet perspectif est si Ă©lĂ©gant et dâune heureuse silhouette, est, comme combinaison, dâune simplicitĂ© parfaite. Lâoctogone de lâĂ©tage du beffroi et les pinacles sont exactement inscrits dans le carrĂ© de la base quatre longues baies servant dâouĂŻes et huit lucarnes semblables sur les huit faces de la pyramide. La combinaison gĂ©omĂ©trique, le tracĂ© des divers membres de ce clocher, sont indiquĂ©s dans notre fig. 65, en A, au niveau des pinacles, avec leur petite voĂ»te dâarĂȘte, dont lâarc ogive C retombe sur une tĂȘte incrustĂ©e au-dessus de lâouverture D ; en B, au-dessus de la pyramide, Ă vol dâoiseau ce plan B fait voir la direction des arĂȘtiers des pinacles et les pĂ©nĂ©trations des lucarnes, avec leurs croupes, dans la pyramide de la flĂšche. Nous devons laisser de cĂŽtĂ©, pour un instant, les clochers de lâĂle-de-France ou des provinces voisines, pour examiner comment, vers la mĂȘme Ă©poque, câest-Ă -dire du XIIe au XIIIe siĂšcle, les contrĂ©es Ă©loignĂ©es de ce centre dâarchitecture se transformĂšrent et passĂšrent des formes romanes aux formes gothiques. Dans ces contrĂ©es, la transition fut plus longue, plus indĂ©cise, et la rĂ©volution ne fut complĂšte que quand les Ă©coles purement françaises rĂ©agirent sur les provinces les plus Ă©loignĂ©es de ce foyer de la belle et bonne architecture gothique. Nos lecteurs ont vu que les clochers centrals de la SaĂŽne, de SaĂŽne-et-Loire, lesquels appartiennent au style bourguignon, Ă©taient un composĂ© des traditions carlovingiennes du Rhin et des influences locales produites par la prĂ©sence de monuments romains câest pourquoi nous avons, sur notre carte fig. 58, placĂ© le foyer de cette Ă©cole Ă Autun. Mais, Ă Autun mĂȘme, il nâexiste pas de clocher antĂ©rieur au XVe siĂšcle qui ait quelque valeur ; il nous faut aller trouver les types bourguignons du commencement du XIIe siĂšcle Ă Beaune, Ă Saulieu. Ă Beaune, un clocher central prĂ©sente un Ă©tage primitif qui possĂšde tous les caractĂšres du type bourguignon romain. LâĂ©glise de Saulieu conserve ses deux clochers de façade Ă peu prĂšs entiers, dans le mĂȘme caractĂšre. Nous trouvons le type bourguignon trĂšs-dĂ©veloppĂ©, quoique un peu mĂ©langĂ©, Ă la CharitĂ©-sur-Loire. LâĂ©glise abbatiale de la CharitĂ©-sur-Loire, dĂ©pendant de lâordre de Cluny, bĂątie dans la premiĂšre moitiĂ© du XIIe siĂšcle, Ă©tait prĂ©cĂ©dĂ©e, comme toutes les Ă©glises de cet ordre, dâun vaste narthex, sur les collatĂ©raux duquel sâĂ©levaient deux gros clochers ; lâune de ces deux tours existe encore en entier, sauf le couronnement, qui est en charpente et dâune Ă©poque plus rĂ©cente. Voici 66 une vue perspective de ce clocher, prise de lâintĂ©rieur du narthex, dĂ©truit aujourdâhui, et dont on voit la naissance des voĂ»tes en A. Ici, comme dans lâarchitecture de cette Ă©poque et de la province de Bourgogne, les pilastres cannelĂ©s remplacent presque partout les colonnes portant les archivoltes. Les bandeaux sont ou Ă modillons, ou dĂ©corĂ©s de ces petites arcatures si frĂ©quentes dans lâarchitecture carlovingienne du Rhin. Lâarcature aveugle de lâĂ©tage infĂ©rieur en B et la construction montĂ©e en pierres de grand appareil, sorte de placage sur un massif, sont surtout franchement bourguignonnes. Mais ce quâil ne faut pas omettre, câest ce bandeau D, plaquĂ© de rosaces et de bas-reliefs dâornements qui semblent ĂȘtre des fragments antiques incrustĂ©s dans la bĂątisse. Nous en donnons un dĂ©tail 67. Du reste, lâaspect de cette tour est majestueux ; ce quâon pourrait lui reprocher, câest une certaine lourdeur et cette division du beffroi en deux Ă©tages Ă©gaux comme hauteur et semblables comme dĂ©coration. Mais il ne faut pas oublier quâĂ cette Ă©poque on ne posait pas des abat-sons aux baies des beffrois, et que les architectes cherchaient Ă garantir les charpentes intĂ©rieures portant les cloches, en divisant les vides autant que faire se pouvait, tout en supplĂ©ant par leur nombre Ă lâĂ©troitesse de leur ouverture. Cependant, sur les bords du Rhin, dĂšs le XIIe siĂšcle, ainsi que nous lâavons vu plus haut, les architectes cherchaient Ă rendre les sommets des clochers plus lĂ©gers en les terminant par des Ă©tages Ă huit pans. La Bourgogne suivait ce progrĂšs, qui se faisait jour, dâailleurs, dans les autres provinces ses voisines. Ă Auxerre, nous trouvons deux clochers intĂ©ressants au point de vue des diverses influences qui rĂ©agissaient sur les confins de la Bourgogne, et tendaient Ă modifier son architecture native. Lâun, le clocher vieux de lâĂ©glise abbatiale de Saint-Germain, bĂąti pendant la premiĂšre moitiĂ© du XIIe siĂšcle, abandonne presque complĂ©tement les traditions bourguignonnes pour adopter un style mixte qui tient de lâĂle-de-France ou plutĂŽt de la Champagne ; lâautre, le clocher de lâĂ©glise de Saint-EusĂšbe, bĂąti cependant plus tard, vers 1160, reste franchement bourguignon. Le vieux clocher de lâĂ©glise de Saint-Germain dâAuxerre, dit clocher de Saint-Jean, est bĂąti dâun seul jet de la base au sommet de la flĂšche, et il est rare de trouver des clochers de cette Ă©poque et de cette partie de la France conservant leur couverture primitive. Il flanquait lâancienne façade de lâĂ©glise abbatiale et porte de fond sur une tour carrĂ©e dĂ©pourvue dâouvertures, sauf une arcade, donnant entrĂ©e au rez-de-chaussĂ©e. Nous donnons lâĂ©lĂ©vation gĂ©omĂ©trale de ce clocher 68. La construction est pleine jusquâĂ lâĂ©tage du beffroi, et nâest dĂ©corĂ©e que par une arcature aveugle au niveau A. Huit contre-forts flanquent les quatre angles jusquâĂ la naissance des trompillons intĂ©rieurs qui portent lâĂ©tage B sur plan octogonal. Sur chaque face, trois baies ouvertes dans lâĂ©tage du beffroi permettent au son des cloches de se rĂ©pandre au dehors, et sur chaque angle du carrĂ© sont posĂ©s des pinacles pleins qui raffermissent les quatre angles du clocher par leur poids. Une pyramide Ă huit pans sâĂ©lĂšve sur le dernier Ă©tage et est dĂ©corĂ©e, Ă sa base, par quatre pignons pleins. Les faces de la pyramide en pierre sont lĂ©gĂšrement convexes, comme pour mieux conduire lâĆil de lâĂ©tage octogone vertical Ă la pointe supĂ©rieure. De la base au sommet de la flĂšche, ce clocher porte 49m,00, soit cent cinquante pieds. La construction du clocher de Saint-Jean dâAuxerre est exĂ©cutĂ©e avec grand soin, en petits matĂ©riaux tendres ; elle est parfaitement conservĂ©e. Le passage du carrĂ© Ă lâoctogone est assez adroitement mĂ©nagĂ©, mais on ne trouve pas, entre les hauteurs relatives des Ă©tages de cet Ă©difice, les proportions heureuses que nous prĂ©sentent les clochers de lâĂle-de-France. LâĂ©tage du beffroi nâa pas assez dâimportance ; celui de lâarcature aveugle en a trop, ou plutĂŽt il y a un dĂ©faut choquant de proportions dans lâĂ©galitĂ© de hauteur de ces deux Ă©tages. Les quatre gĂąbles Ă la base de la pyramide sont assez mĂ©diocrement arrangĂ©s ; lâĂ©tage octogone au-dessous est pauvre et les quatre pinacles mesquins. Cependant lâensemble de lâĂ©difice produit, en exĂ©cution, un effet trĂšs-heureux, et ce qui rachĂšte les dĂ©fauts de dĂ©tail, câest la silhouette gĂ©nĂ©rale finement Ă©tudiĂ©e. Les lignes horizontales, si nĂ©cessaires dans tout Ă©difice de pierre, pour donner lâidĂ©e de la stabilitĂ© et rappeler une construction Ă©levĂ©e en assises, ne dĂ©rangent pas le galbe qui, de la base au sommet, donne une ligne se retraitant successivement sans ressauts brusques. Les quatre pinacles, dont les sommets dĂ©passent lâarase de la corniche supĂ©rieure, plus encore par lâeffet de la perspective que sur le tracĂ© gĂ©omĂ©tral, relient la base carrĂ©e Ă la pyramide. On sent ici un art trĂšs-dĂ©licat, une Ă©tude sĂ©rieuse des effets. Ce clocher de Saint-Germain dâAuxerre dut servir de type Ă beaucoup dâautres Ă©levĂ©s dans les environs vers la fin du XIIe siĂšcle. Ă Vermanton, il existe encore un charmant clocher qui date des premiĂšres annĂ©es du XIIIe siĂšcle, bĂąti suivant les mĂȘmes donnĂ©es, mais beaucoup plus Ă©lĂ©gant ; dĂ©jĂ les pinacles sont ajourĂ©s, les archivoltes des baies portent sur des colonnettes. La flĂšche en pierre de ce clocher nâexiste plus depuis longtemps. La base du clocher de Vermanton nâest pas pleine, comme celle du clocher de Saint-Jean, mais forme vestibule en avant du collatĂ©ral de lâĂ©glise. Dans la mĂȘme ville, Ă Auxerre, il existe encore un autre clocher, bĂąti quelques annĂ©es aprĂšs celui de Saint-Jean vers 1160, mais qui cependant appartient plus franchement Ă lâĂ©cole bourguignonne. Câest le petit clocher de lâĂ©glise de Saint-EusĂšbe. Nous en donnons 69 lâĂ©lĂ©vation gĂ©omĂ©trale et en A la coupe. Ce clocher Ă©tait autrefois placĂ© prĂšs du chĆur du cĂŽtĂ© nord et portait de fond ; son plan est un carrĂ© parfait. Aujourdâhui, il se trouve engagĂ© dans le collatĂ©ral dâun chĆur du XVIe siĂšcle, Ă lâextrĂ©mitĂ© dâune nef de la fin du XIIe siĂšcle. Au-dessus du rez-de-chaussĂ©e, percĂ© dâune seule petite fenĂȘtre, sâĂ©lĂšve une jolie arcature aveugle formĂ©e de pilastres et de colonnettes prismatiques, avec arcs en tiers-points dentelĂ©s. Cette arcature sert de soubassement au beffroi, trĂšs-heureusement ajourĂ©. Ă lâintĂ©rieur, du niveau de la voĂ»te du rez-de-chaussĂ©e Ă la base de la flĂšche, les parements sâĂ©lĂšvent verticalement sans ressauts ni saillies ; en B, on aperçoit seulement des corbeaux, sur lesquels sâappuyait probablement le plancher supĂ©rieur en bois. Quatre trompillons portent le dernier Ă©tage octogone qui devait recevoir une flĂšche en pierre refaite au XVe siĂšcle. On remarquera ici que lâĂ©tage supĂ©rieur est sur plan octogonal irrĂ©gulier, ayant quatre grandes faces et quatre plus petites sur les trompillons. On retrouve encore, au sommet de la tour, la corniche composĂ©e de petites arcatures que nous voyons Ă la CharitĂ©-sur-Loire, au clocher de Saint-Jean dâAuxerre et dans les clochers rhĂ©nans. Le clocher de Saint-EusĂšbe est admirablement construit, et ses points dâappui, la disposition des Ă©tages, les dĂ©tails, profils et sculptures, indiquent la main dâun architecte habile et dâun homme de goĂ»t. Il est regrettable que la flĂšche de ce clocher ait Ă©tĂ© dĂ©truite, car il serait intĂ©ressant de savoir comment lâauteur de ce clocher avait plantĂ© une pyramide sur un octogone irrĂ©gulier Ă©tait-elle irrĂ©guliĂšre elle-mĂȘme, ou lâarchitecte avait-il rachetĂ© les diffĂ©rences des faces par quelque arrangement particulier ? Ce dernier systĂšme nous semble prĂ©senter plus de vraisemblance. Nous devons avouer Ă nos lecteurs quâil rĂšgne une grande incertitude sur la forme et les dimensions donnĂ©es aux flĂšches des clochers pendant le XIIe siĂšcle, car la plupart des clochers de cette Ă©poque ont Ă©tĂ© couronnĂ©s par des constructions plus rĂ©centes. Nous avons vu que, dans lâOuest, lâune des deux Ă©coles de ces contrĂ©es bĂątissait, au XIe siĂšcle, des flĂšches en moellons formant un angle assez ouvert au sommet, et que lâautre Ă©cole Ă©levait des flĂšches coniques ou Ă pans, en assises de pierre squammĂ©es, assez aiguĂ«s. Dans les provinces carlovingiennes de lâEst, les flĂšches qui datent de la mĂȘme Ă©poque, carrĂ©es ou Ă pans, sont de mĂȘme construites en pierre et passablement aiguĂ«s au XIIe siĂšcle, la Bourgogne surmonte dĂ©jĂ ses tours dâĂ©glises de flĂšches trĂšs-aiguĂ«s, tĂ©moin le clocher de Saint-Jean dâAuxerre. En Normandie, les clochers dâune petite dimension semblent nâavoir Ă©tĂ© couronnĂ©s, au XIe siĂšcle, que de flĂšches en pierre ne donnant guĂšre au sommet quâun angle droit, comme celle du joli clocher de Than prĂšs Caen ; les gros clochers sont construits, Ă©videmment surtout ceux Ă©levĂ©s sur la croisĂ©e des Ă©glises pour recevoir des pyramides en bois. Ce nâest quâau XIIIe siĂšcle que cette province couvre ses tours dâĂ©glises de flĂšches en pierre trĂšs-aiguĂ«s. Dans lâĂle-de-France, la mĂ©thode adoptĂ©e en Normandie paraĂźt avoir Ă©tĂ© suivie ; les clochers les plus anciens ne possĂšdent que des flĂšches en pierre trapues, et câest pendant le XIIe siĂšcle que les pyramides aiguĂ«s apparaissent. La seule conclusion que lâon puisse tirer de ces renseignements divers, câest que, vers 1150, dans le centre, en Bourgogne, en Normandie et dans les provinces du domaine royal, lâaiguĂŻtĂ© des flĂšches Ă©tait considĂ©rĂ©e comme le complĂ©ment nĂ©cessaire de tout clocher, gros ou petit. Mais revenons Ă la Bourgogne. Il sâĂ©tait formĂ©, dĂšs le commencement du XIIIe siĂšcle, dans cette province, une Ă©cole gothique qui marchait de pair avec celles de lâĂle-de-France et de la Champagne ; si les principes gĂ©nĂ©raux quâelle avait adoptĂ©s appartenaient complĂ©tement Ă la nouvelle rĂ©volution qui sâĂ©tait opĂ©rĂ©e dans lâarchitecture, elle possĂ©dait cependant son caractĂšre propre, distinct, rĂ©sultat de ses traditions romanes, de la qualitĂ© des matĂ©riaux, et, il faut le dire, de la nature dâesprit des habitants de cette province. Le Bourguignon Ă©tait et est encore hardi sans tĂ©mĂ©ritĂ©, il va droit au but, Ă©vite les difficultĂ©s qui peuvent lâarrĂȘter dans sa marche plutĂŽt que de discuter leur valeur ou leur Ă©tendue ; moins fin que le Champenois et lâhabitant des bords de la Seine, il pĂšche plutĂŽt par excĂšs de force ; cette disposition va chez lui souvent jusquâĂ la brutalitĂ© ; il est poussĂ© par sa nature Ă paraĂźtre puissant, rĂ©solu, entreprenant ; mais il possĂšde un sens droit et ne sacrifie jamais le vrai, le solide, Ă lâapparence du faste. Ces qualitĂ©s et mĂȘme ces dĂ©fauts percent de la maniĂšre la plus Ă©vidente dans les monuments Ă©levĂ©s pendant le XIIIe siĂšcle en Bourgogne ; car la nouvelle architecture, inaugurĂ©e au commencement de ce siĂšcle, a cet avantage, lorsquâelle est sincĂšrement et savamment appliquĂ©e, de mettre au jour toutes les qualitĂ©s et les dĂ©fauts de ceux qui lâemploient. Câest pour cela que nous regardons cette architecture comme appartenant vĂ©ritablement Ă notre pays. Les traditions, les tendances du clergĂ© vers un art hiĂ©ratique, les formules nây peuvent rien ; cet art marche tout seul et peint dans ses allures diverses le caractĂšre des populations et mĂȘme des individus. Or les clochers, par les motifs dĂ©duits plus haut, monuments dâinspiration autant au moins que dâutilitĂ©, font ressortir, plus vivement que tout autre Ă©difice, les qualitĂ©s propres Ă chaque province au moment oĂč lâart peut se passer de ses langes romans. La Bourgogne, malheureusement pour lâart, ne possĂšde quâun trĂšs-petit nombre de clochers du XIIIe siĂšcle. Les Ă©glises de lâordre de CĂźteaux Ă©taient influentes et trĂšs-nombreuses dans cette province, et lâon sait que cet ordre nâadmettait dans ses Ă©difices sacrĂ©s, pour placer des cloches, que les dispositions rigoureusement nĂ©cessaires. Saint Bernard avait exclu des Ă©glises de son ordre non-seulement la sculpture, mais les clochers, comme Ă©tant des monuments de vanitĂ© sans utilitĂ© rĂ©elle[28]. Le jugement de saint Bernard vient encore appuyer notre opinion sur lâimportance donnĂ©e aux clochers pendant le moyen Ăąge, savoir quâils Ă©taient bien plutĂŽt des Ă©difices fastueux, lâorgueil des citĂ©s ou des monastĂšres, que des tours destinĂ©es Ă recevoir des cloches. Si le sentiment religieux faisait bĂątir les Ă©glises, le sentiment de la richesse ou de la puissance Ă©rigeait les clochers, et lâanathĂšme prononcĂ© par saint Bernard contre les clochers suffirait, Ă dĂ©faut dâautres preuves, pour justifier, notre apprĂ©ciation. Nous pouvons nous plaindre toutefois de la rigueur de saint Bernard, qui nous a privĂ©s de conceptions belles et originales comme toutes celles qui, au XIIIe siĂšcle, sont sorties de lâĂ©cole des architectes bourguignons. VĂ©zelay appartenait Ă lâordre de Cluny, fort opposĂ© au rigorisme de lâordre de CĂźteaux, comme chacun sait or, prĂšs de VĂ©zelay, est une petite Ă©glise qui dĂ©pendait de ce monastĂšre ; câest lâĂ©glise de Saint-PĂšre ou plutĂŽt de Saint-Pierre. Il semble que, dans ce petit Ă©difice, Ă©levĂ© vers 1240, lâarchitecte qui travaillait sous la dĂ©pendance de lâabbĂ© de VĂ©zelay ait voulu protester contre les tendances cisterciennes de la Bourgogne Ă cette Ă©poque ; car il a Ă©levĂ©, des deux cĂŽtĂ©s du portail de lâĂ©glise de Saint-PĂšre, deux clochers Ă©normes, si on les compare Ă la grandeur de lâĂ©glise. De ces deux clochers, un seul est achevĂ©, sauf la flĂšche, qui fut faite en bois au XIVe siĂšcle et couverte en bardeaux. Ă voir cette Ă©lĂ©gante construction, belle par ses heureuses proportions et par les charmants dĂ©tails qui la couvrent, on doit croire que lâĂ©cole bourguignonne, malgrĂ© les Cisterciens, nâen Ă©tait pas alors Ă son coup dâessai ; ce nâest pas du premier jet que lâon arrive Ă de semblables conceptions. Il devait exister dans ces contrĂ©es dâautres clochers formant la transition entre les clochers romans de la Bourgogne ou du Nivernais et le clocher de Saint-PĂšre. Cette transition, faute dâexemples existants et malgrĂ© nos recherches, nous Ă©chappe complĂ©tement, et si lâon trouve encore dans la tour de Saint-PĂšre quelques traces des traditions romanes de ces provinces, il faut avouer quâelles sont Ă peine apprĂ©ciables. La fig. 70 prĂ©sente la vue perspective de ce clocher tel que lâarchitecte primitif le laissa, câest-Ă -dire sans flĂšche et avant la construction du porche qui masque sa base. En E, on voit lâamorce des constructions de la nef de lâĂ©glise contemporaines du clocher. Ă peine celui-ci Ă©tait-il Ă©levĂ©, quâon y accolait un pignon couvert de statues et de sculptures dont la hauteur considĂ©rable engage une partie de lâangle de la tour jusquâau niveau F. Notre vue donne le clocher de Saint-PĂšre tel quâil Ă©tait avant ces adjonctions successives. Quoiquâil soit Ă©levĂ© sur la premiĂšre travĂ©e du collatĂ©ral nord de lâĂ©glise, et quâun de ses angles porte sur une pile isolĂ©e, cependant sa base ne donnait pas entrĂ©e dans le collatĂ©ral ; il conservait, Ă lâextĂ©rieur du moins, lâapparence dâune tour partant de fond comme les clochers romans. Ă lâintĂ©rieur, il se compose dâune salle voĂ»tĂ©e au-dessus du collatĂ©ral, Ă©clairĂ©e par des fenĂȘtres jumelles. Au-dessus de cette salle, la tour est complĂ©tement vide. Le dessus de la voĂ»te du premier Ă©tage, au niveau A, est dallĂ© en pavillon avec des caniveaux le long des quatre murs aboutissant Ă une gargouille, pour lâĂ©coulement des eaux que le vent poussait dans le beffroi. Cette voĂ»te, ainsi que celle du collatĂ©ral, sont percĂ©es de lunettes pour le passage des cloches. Sur la base carrĂ©e, Ă partir du bandeau B, lâoctogone supĂ©rieur se dessine dĂ©jĂ au moyen des colonnettes qui montent de fond et inscrivent les baies centrales. Les espaces compris entre ces colonnettes et les quatre angles sont pleins car lâescalier C ne monte que jusquâau-dessus de la voĂ»te du premier Ă©tage, et forment les quatre points dâappui principaux, les piles dâangle de la tour. Le dernier Ă©tage, Ă base octogone, porte ses faces parallĂšles aux diagonales du carrĂ© sur des trompillons. Les angles de la tour carrĂ©e sont terminĂ©s par des pinacles Ă jour. Sous lâĂ©tage octogone en D, on remarque des mĂ©daillons sculptĂ©s incrustĂ©s dans une sorte de fausse balustrade et qui rappellent encore les rosaces et les bas-reliefs que nous avons vus entre les bandeaux du clocher de lâĂ©glise de la CharitĂ©-sur-Loire. Il semble que ces mĂ©daillons, au nombre de douze, reprĂ©sentent les signes du zodiaque ; nous pensons du moins que telle a Ă©tĂ© lâidĂ©e de lâarchitecte ; mais le sculpteur paraĂźt sâĂȘtre livrĂ©, dans lâexĂ©cution de quelques-uns de ces petits bas-reliefs, Ă des conceptions de fantaisie. Lâun des mĂ©daillons nâest mĂȘme quâune de ces ammonites fossiles comme on en trouve frĂ©quemment dans les calcaires anciens des confins du Morvan. CâĂ©tait une sculpture naturelle toute trouvĂ©e quâon a placĂ©e lĂ . Quatre statues dâanges sonnant de lâolifant, couronnĂ©es de dais, terminent heureusement les angles du second Ă©tage du beffroi ; et sur les flancs de lâĂ©tage octogonal, huit statues plus petites, assises, accompagnent les pinacles. Si la composition gĂ©nĂ©rale du clocher de Saint-PĂšre est remarquable, facile Ă comprendre, les dĂ©tails, tels que les profils et la sculpture, sont exĂ©cutĂ©s avec cette hardiesse et cette franchise qui appartiennent au style bourguignon du XIIIe siĂšcle. Les angles, avec leurs colonnettes dĂ©tachĂ©es de la masse et reliĂ©es aux piles par des bagues et les tailloirs des chapiteaux, rompent la sĂ©cheresse de ces angles et conduisent lâĆil aux silhouettes ajourĂ©es des pinacles. Mais un des caractĂšres particuliers Ă ce mode dâarchitecture, câest que la masse de la construction est indĂ©pendante de la dĂ©coration. Les piles et les parties pleines sont bĂąties en assises basses qui peuvent passer pour du moellon piquĂ©, tandis que les bandeaux, archivoltes et colonnettes, sont Ă©levĂ©s en grands morceaux de pierre posĂ©s en dĂ©lit, dâune belle qualitĂ© et taillĂ©s avec soin. Le contraste entre la bĂątisse de la masse et la partie purement dĂ©corative ajoute singuliĂšrement Ă lâeffet que produit celle-ci. Le dĂ©tail de lâun des angles de la tour 71 fera comprendre le mode de construction adoptĂ©, ainsi que lâheureuse composition de ces angles ajourĂ©s dans quelques parties, comme pour Ă©tablir une transition entre le plein des piles et le vide de lâatmosphĂšre. CâĂ©tait lĂ , en effet, une des prĂ©occupations des architectes du XIIIe siĂšcle ; ils craignaient les silhouettes pleines et rigides ; il semblait quâils voulussent, dans les constructions se dĂ©tachant sur le ciel, Ă©viter le brusque passage du plein au vide. Ce principe, qui indique un sentiment trĂšs-fin des formes extĂ©rieures de lâarchitecture, qui allĂ©git et grandit les Ă©difices en les faisant se fondre, pour ainsi dire, dans le ciel, poussĂ© Ă lâexcĂšs, conduisit peu Ă peu les architectes Ă exĂ©cuter les dentelles de pierre du XVe siĂšcle. Nous donnons 72 le quart du plan de lâĂ©tage supĂ©rieur du clocher de Saint-PĂšre sur lequel devait sâĂ©lever la flĂšche en pierre. Ce plan indique, en A, la disposition des pinacles des quatre angles, celle des quatre baies, et comment lâoctogone sâinscrit dans le carrĂ©. Ă dater de cette Ă©poque milieu du XIIIe siĂšcle, on ne trouve plus guĂšre de clochers isolĂ©s. Dans la France proprement dite, les clochers tiennent aux façades des Ă©glises ; ils participent Ă leur composition gĂ©nĂ©rale et ne deviennent rĂ©ellement clochers quâau-dessus du niveau des collatĂ©raux et des murs des nefs ; cependant, jusque vers la fin du XIIIe siĂšcle, les architectes ont le soin de reculer les pignons des charpentes des hautes nefs au delĂ de lâĂ©paisseur des clochers, de maniĂšre Ă leur permettre de se dĂ©tacher plus librement au-dessus des grandes voĂ»tes. Ainsi sont disposĂ©s les deux clochers de la façade de la cathĂ©drale de Paris ; une galerie Ă jour les rĂ©unit Ă la hauteur de la base du beffroi. MĂȘme disposition Ă la cathĂ©drale de Laon. Les clochers de la façade de la cathĂ©drale de Paris, connus de tous sous la dĂ©nomination des tours de Notre-Dame, nâont Ă©tĂ© Ă©levĂ©s que jusquâĂ la base des flĂšches en pierre qui les devaient couronner ; leur construction peut ĂȘtre comprise entre les annĂ©es 1225 et 1235, de la base de la grande galerie Ă jour au sommet, Ces tours demeurent carrĂ©es jusquâĂ la souche de la flĂšche ; leurs angles sont renforcĂ©s de contre-forts, et des baies jumelles occupent, sur chaque face, toute la hauteur comprise entre la grande galerie Ă jour et la corniche supĂ©rieure. Des encorbellements intĂ©rieurs, passant du carrĂ© Ă lâoctogone, devaient porter les flĂšches. On ne saurait trop admirer la grandeur et la simplicitĂ© de cette belle construction, si bien disposĂ©e pour recevoir des cloches et laisser passer au dehors lâĂ©clat de leur son. Le beffroi en charpente, assis sur une retraite mĂ©nagĂ©e au niveau de la grande galerie Ă jour, portant sur une maçonnerie Ă©paisse et dĂ©chargĂ©e par des arcs, ne peut causer aucun Ă©branlement aux piliers des tours qui font comme une enveloppe parfaitement indĂ©pendante autour de ce beffroi[29]. Cette disposition du plan carrĂ© des tours jusquâĂ la base de la pyramide de couronnement, au commencement du XIIIe siĂšcle ; appartient exclusivement Ă lâĂle-de-France. Sur les bords de lâOise, on avait adoptĂ© dĂ©jĂ le plan octogone pour les parties supĂ©rieures des beffrois dĂšs le commencement du XIIIe siĂšcle[30], avec de grands pinacles Ă jour sur les angles des souches carrĂ©es. La cathĂ©drale de Laon, contemporaine de celle de Paris, et dont le style dâarchitecture a la plus grande affinitĂ© avec celui de Notre-Dame, possĂšde quatre tours terminĂ©es par des beffrois octogones, flanquĂ©s, sur les faces parallĂšles aux diagonales du carrĂ©, de pinacles Ă deux Ă©tages ajourĂ©s. Voici 73 lâĂ©lĂ©vation dâun des clochers de la façade de la cathĂ©drale de Laon prise au-dessus de la voĂ»te de la nef. Des flĂšches en pierre, qui nâexistent plus et dont nous indiquons lâamorce dans notre figure, surmontaient ces tours. Sur le second Ă©tage des pinacles Ă jour sont placĂ©s des animaux de dimension colossale qui reprĂ©sentent des bĆufs ; on croit que le chapitre de Notre-Dame de Laon fit sculpter et poser ces figures en reconnaissance du labeur des animaux qui avaient montĂ© pĂ©niblement les matĂ©riaux de la cathĂ©drale au sommet de la montagne quâelle couronne[31]. La lĂ©gende car il y a toujours quelque lĂ©gende attachĂ©e Ă la construction des grands Ă©difices du moyen Ăąge prĂ©tend que plusieurs bĆufs sâattelĂšrent dâeux-mĂȘmes Ă des matĂ©riaux dâun poids considĂ©rable laissĂ©s en bas de lâescarpement et les montĂšrent courageusement jusque dans le chantier. Nous ne garantissons pas le fait ; mais la pensĂ©e du chapitre et du maĂźtre de lâĆuvre de la cathĂ©drale de Laon est trop dans lâesprit de lâĂ©poque, pour que nous puissions voir, dans la prĂ©sence de ces bĂȘtes colossales au sommet des tours, autre chose que la consĂ©cration dâĂ©vĂ©nements tenant Ă la construction du monument. Il y a, dans cet hommage rendu Ă la patience et Ă la force des utiles animaux qui ont contribuĂ© Ă lâĂ©dification de lâĂ©glise, lâexpression naĂŻve dâun sentiment de justice assez touchant. Au point de vue de lâart, la prĂ©sence de ces sculptures colossales donne aux sommets des tours de Laon un aspect Ă©trange qui ne manque ni dâoriginalitĂ© ni de grandeur. Il nâest pas besoin de faire ressortir la beautĂ© de cette composition. La maniĂšre dont les pinacles posĂ©s diagonalement sont portĂ©s sur les contre-forts dâangle, les riches encorbellements Ă©tablis au niveau A et qui servent de transition entre la forme de ces contre-forts et celle des pinacles Ă jour, la sobriĂ©tĂ© des dĂ©tails, les proportions si heureuses des Ă©tages de la tour, ces rappels de lignes horizontales Ă certaines hauteurs, font de cet ensemble un magnifique monument. Malheureusement, les constructions faites Ă la hĂąte, Ă©levĂ©es en matĂ©riaux de mĂ©diocre qualitĂ© et avec trop peu de soin, ne rĂ©pondent pas Ă la grandeur magistrale de cette conception. Il a fallu, de notre temps, en venir Ă des restaurations importantes et nĂ©cessitĂ©es par lâĂ©tat de ruine de la façade de la cathĂ©drale de Laon. Ces restaurations, dirigĂ©es avec intelligence et savoir par un de nos plus habiles confrĂšres, permettront aux clochers de Laon de traverser plusieurs siĂšcles. DĂ©sormais, dans les Ă©glises du XIIIe siĂšcle, le plan adoptĂ© Ă Laon pour les clochers devait lâemporter sur le plan des architectes de lâĂle-de-France. Vers 1260, on commençait Ă Ă©lever les deux clochers de la façade de la cathĂ©drale de Reims, qui nâont, comparativement Ă la hauteur de cette façade, quâune mĂ©diocre importance. LâĂ©tage de leur beffroi seul se dĂ©gage des constructions infĂ©rieures[32]. Mais le plan de ces clochers, pris Ă la base des beffrois, est remarquable. Nous le donnons ici 74, en A au niveau de la souche du beffroi, et en B au-dessous de la voĂ»te dâarĂȘtes Ă huit pans qui ferme la tour au-dessous de la flĂšche. Ces flĂšches, projetĂ©es en pierre, ne furent point terminĂ©es ; les dĂ©sastres du XIVe siĂšcle en arrĂȘtĂšrent lâexĂ©cution. Si lâon compare ce plan Ă tous ceux que nous avons donnĂ©s prĂ©cĂ©demment dans le cours de cet article, on y trouvera un progrĂšs sensible. Les pinacles dâangles ne sont plus lĂ un hors-dâĆuvre, un Ă©dicule accolĂ© aux quatre coins du clocher ; ils sây lient intimement, ils forment des couvertures voĂ»tĂ©es sur les angles E du beffroi de charpente qui pĂ©nĂštrent lâoctogone de la tour. Ces pinacles ne sont plus divisĂ©s en Ă©tages comme ceux des tours de la cathĂ©drale de Laon, mais montent de fond comme les fenĂȘtres munies de meneaux servant dâouĂŻes au beffroi. Lâun dâeux C contient un escalier Ă jour qui permet dâarriver au-dessus de la voĂ»te. Ce plan est fort bien Ă©tudiĂ©, ainsi que toutes les dispositions dâensemble et de dĂ©tail de la cathĂ©drale de Reims ; il prĂ©sente une particularitĂ© toute nouvelle Ă cette Ă©poque ; en ce quâĂ lâintĂ©rieur il donne une cage carrĂ©e au beffroi, nĂ©cessaire au jeu des cloches et Ă la soliditĂ© de la charpente, et quâĂ lâextĂ©rieur il forme une tour octogonale flanquĂ©e de quatre pinacles servant de transition entre la base carrĂ©e et la pyramide Ă huit pans. Câest la solution complĂšte du problĂšme posĂ© par les architectes de la fin du XIIe siĂšcle, et qui Ă Laon nâĂ©tait quâimparfaitement rĂ©solu. Comme construction, les clochers de la façade de la cathĂ©drale de Reims sont traitĂ©s par un maĂźtre savant et habile ; lâinspection seule du plan fait connaĂźtre cette qualitĂ© essentielle ; aussi ces clochers, sauf les dĂ©gradations causĂ©es par les intempĂ©ries, sont dâune parfaite soliditĂ©. Vers la mĂȘme Ă©poque, Ă la fin du XIIIe siĂšcle, un architecte rĂ©mois dâun rare mĂ©rite, Libergier, construisait, dans la ville de Reims, une Ă©glise dont la dĂ©molition est Ă jamais regrettable ; câest lâĂ©glise de lâabbaye de Saint-Nicaise. Ă la cathĂ©drale, les deux tours de la façade sortent de son sommet sans se lier visiblement avec elle. Les contre-forts qui Ă©paulent les clochers sont si bien enveloppĂ©s dâornements, de galeries se reliant avec le portail, quâil faut faire un effort de raisonnement pour comprendre comment ces tours portent sur cet amas de colonnettes, de pinacles, dâajours et de sculptures. Ă nos yeux, il y a lĂ un dĂ©faut capital, et la richesse ou la beautĂ© des dĂ©tails ne compense pas la confusion des lignes principales, le manque de points dâappui visibles. On enlĂšverait Ă la façade de la cathĂ©drale de Reims ses deux tours, câest-Ă -dire ses deux Ă©tages de beffrois, quâon ne sâapercevrait pas, en voyant les constructions restantes, quâil leur manque un complĂ©ment nĂ©cessaire et prĂ©vu. Lâarchitecte de lâĂ©glise de Saint-Nicaise sut Ă©viter ce grave dĂ©faut de composition, et, bien que ses deux clochers, conformĂ©ment au mode adoptĂ© vers le milieu du XIIIe siĂšcle, fassent partie de la façade et portent sur la premiĂšre travĂ©e des collatĂ©raux, ils marquent carrĂ©ment leur place dĂšs la base de lâĂ©difice. Nous donnons 75 lâun de ces deux clochers, semblables entre eux[33]. Au-dessus du collatĂ©ral Ă©tait un Ă©tage voĂ»tĂ©, ajourĂ©, laissant passer la lumiĂšre Ă travers la fenĂȘtre de la premiĂšre travĂ©e de la nef. De la place situĂ©e en avant du portail, on apercevait, Ă travers les fenĂȘtres A de cette salle de premier Ă©tage, les arcs-boutants de la nef. La voĂ»te de la salle de premier Ă©tage Ă©tait Ă©levĂ©e exactement Ă la hauteur de la voĂ»te du vaisseau principal, et permettait ainsi dâĂ©clairer la premiĂšre travĂ©e de la nef. Rien nâest plus simple et mieux Ă©crit quâune pareille disposition, qui fait parfaitement voir la structure de lâĂ©glise et qui laisse Ă la tour son caractĂšre dâannexe. Des contre-forts, dĂ©pourvus dâornements inutiles, montent jusquâĂ la corniche B qui rĂ©gnait de niveau avec celle de la nef. Câest sur ces contre-forts que sont portĂ©s les pinacles qui accompagnent quatre des cĂŽtĂ©s de lâoctogone du beffroi. Ces pinacles sont Ă deux Ă©tages, lâun carrĂ© posĂ© diagonalement comme ceux de la tour de Laon donnĂ©e ci-dessus, fig. 73, lâautre Ă huit pans. Une grande flĂšche surmonte lâĂ©tage octogone et quatre petites pyramides couronnent les pinacles. Deux galeries Ă jour C passant, lâune immĂ©diatement derriĂšre le grand pignon de la nef, et lâautre en arriĂšre, reliaient les deux tours Ă mi-Ă©tage des beffrois. Les clochers de Saint-Nicaise nous paraissent ĂȘtre la plus complĂšte expression du clocher gothique attenant aux façades lĂ©gĂšretĂ© et soliditĂ©, disposition simple, programme exactement rempli, construction bien entendue, rien ne manque Ă cette Ćuvre de Libergier ; il ne lui manque que dâĂȘtre encore debout pour nous permettre de lâĂ©tudier dans ses dĂ©tails. La gravure de la façade de lâĂ©glise de Saint-Nicaise est assez parfaite pour permettre de restituer le plan de lâĂ©tage du beffroi, et ce plan nâest pas moins adroitement conçu que celui des clochers de Notre-Dame de Reims. Il prĂ©sente mĂȘme, dans ses dispositions, les qualitĂ©s de simplicitĂ© qui manquent aux clochers de la cathĂ©drale. Le plan 75 bis fait voir en A la section horizontale de la tour au niveau de lâĂ©tage infĂ©rieur, et en B au niveau de lâĂ©tage supĂ©rieur des pinacles. Lâoctogone de la tour, formĂ© de quatre grands cĂŽtĂ©s et de quatre plus petits Ă lâextĂ©rieur, inscrit la cage carrĂ©e du beffroi, et, comme Ă la cathĂ©drale, les pinacles couvrent les angles de la charpente. Comme Ă la cathĂ©drale aussi, ces pinacles sont des portions dâoctogones en plan, mais Ă©paulĂ©s Ă lâĂ©tage infĂ©rieur par les colonnes C qui inscrivent ces portions dâoctogones dans des parallĂ©logrammes rectangles. En G, on voit les retraites successives des contre-forts projetĂ©es sur plan horizontal, et en H lâune des galeries de rĂ©union entre les deux tours. Tout cela est fort adroitement combinĂ©, fort solide, et se comprend facilement, ce qui est une belle qualitĂ© voy. Construction. Les trumeaux D, laissĂ©s pleins entre les ouĂŻes du beffroi et les pinacles, conduisent lâĆil des contre-forts de la base aux surfaces pleines de la flĂšche par une heureuse transition ; ils ont encore cet avantage de permettre de placer des abat-sons dans les grandes baies ; on voit partout dominer la construction, lâossature dans cet Ă©difice, et cela sans efforts comme sans pĂ©danterie. Les architectes du moyen Ăąge eussent dĂ» sâen tenir lĂ ; câĂ©tait la derniĂšre limite Ă laquelle lâart de lâarchitecture pouvait arriver avant de tomber dans lâexagĂ©ration et la recherche, et cette limite ne tarda pas Ă ĂȘtre franchie. La passion de la lĂ©gĂšretĂ© apparente des constructions, le dĂ©sir dâĂ©lever des Ă©difices surprenants, entraĂźna bientĂŽt les architectes dans une voie fausse et qui, malgrĂ© la science quâils dĂ©ployĂšrent, les fit sortir des limites du bon sens. Ce fut principalement vers les provinces de lâEst, voisines de lâAllemagne, que lâabus se fit sentir ; car longtemps encore, dans le domaine royal, les architectes conservĂšrent une certaine modĂ©ration en appliquant les principes posĂ©s vers la fin du XIIIe siĂšcle. Le clocher de la cathĂ©drale de Strasbourg, fondĂ© en 1277 et achevĂ© sur les dessins dressĂ©s pendant le XIVe siĂšcle par Jean de Steinbach, est le rĂ©sumĂ© le plus extraordinaire de lâabus du principe gothique. Chef-dâĆuvre de science et de calcul, le clocher de Strasbourg ne produit quâune silhouette assez disgracieuse, malgrĂ© les efforts de lâarchitecte, les combinaisons les plus hardies et les plus ingĂ©nieuses ; et nâĂ©tait sa hauteur Ă©norme, qui fait en grande partie sa rĂ©putation, on le regarderait avec raison plutĂŽt comme une aberration savante que comme une Ćuvre dâart. Nous aurons lâoccasion de parler de lâĂ©tage le plus important de ce clocher, la flĂšche, au mot Construction. Nous ne croyons pas nĂ©cessaire de nous Ă©tendre longuement sur les clochers Ă©levĂ©s pendant les XIVe et XVe siĂšcles ; comme principe de construction et disposition gĂ©nĂ©rale, ils se conforment aux beaux exemples laissĂ©s par les architectes de la fin du XIIIe siĂšcle, et nâen diffĂšrent que par les dĂ©tails des moulures et de la sculpture, par lâexcĂšs de la lĂ©gĂšretĂ©. Dâailleurs, en France, les XIVe et XVe siĂšcles nâeurent guĂšre le loisir dâĂ©lever des constructions dispendieuses. Le XIIIe siĂšcle nâavait laissĂ© que peu de choses Ă faire en fait de monuments religieux, et les deux siĂšcles suivants nâeurent quâĂ complĂ©ter des constructions inachevĂ©es. Nous ne possĂ©dons pas un seul grand clocher complet Ă©levĂ© dâun seul jet pendant cette Ă©poque, tandis que lâAllemagne et lâAngleterre, Ă lâabri des guerres dĂ©sastreuses qui ruinĂšrent alors notre pays, construisirent des tours dâĂ©glise assez importantes. Lâune des plus belles est le clocher de la cathĂ©drale de Fribourg, bĂąti sur le porche de cette Ă©glise. La flĂšche, fort aiguĂ«, est complĂštement ajourĂ©e. Les architectes gothiques devaient nĂ©cessairement en venir lĂ ; ils nây manquĂšrent pas. Nous devons mentionner, avant de passer aux campaniles et petits clochers dâĂ©glises paroissiales, certains grands clochers Ă©levĂ©s sur les bords de la Haute-Garonne. Ces contrĂ©es, de Muret Ă Agen, ne possĂ©dant pas de matĂ©riaux calcaires, la brique fut presque exclusivement employĂ©e pendant les XIIe, XIIIe, XIVe et XVe siĂšcles, par les architectes. Toulouse possĂšde encore un certain nombre de clochers bĂątis en brique et dans la construction desquels cette nature de matĂ©riaux est employĂ©e avec un parfait discernement. Le principe de lâarchitecture gothique, soumis Ă la nature des matĂ©riaux mis en Ćuvre, devait nĂ©cessairement obliger les maĂźtres Ă donner aux constructions de brique des formes diffĂ©rentes de celles Ă©levĂ©es en pierre ; câest ce qui eut lieu Ă Toulouse. LâĂ©glise des Jacobins, de cette ville, bĂątie vers la fin du XIIIe siĂšcle, se compose dâun seul vaisseau divisĂ© en deux nefs par une rangĂ©e de longues colonnes posĂ©es sur lâaxe de ce vaisseau. Des chapelles rayonnent autour de lâabside unique voy. Architecture Monastique, fig. 24 bis. Sur le flanc nord de lâĂ©glise, en avant des travĂ©es rayonnantes, sâĂ©lĂšve un grand clocher sur une base Ă©paisse et ne communiquant avec la nef que par une arcade. Ce clocher, dont nous donnons une vue perspective 76, est bĂąti sur plan octogonal de la base au faĂźte ; toute sa construction est de brique, sauf les bandeaux, les gargouilles, les chapiteaux et les pinacles, qui sont en pierre, et les colonnettes de la balustrade supĂ©rieure qui sont en marbre. Le rez-de-chaussĂ©e seul est voĂ»tĂ©. Du dessus de cette voĂ»te, Ă©levĂ©e de 24m,75 au-dessus du pavĂ© de lâĂ©glise, la construction est dâune seule venue, sans voĂ»tes ni planchers. Chaque Ă©tage se retraite de 0,08 c. Ă lâintĂ©rieur. Nous donnons 77 le quart du plan de lâĂ©tage supĂ©rieur. Si ce nâest cette retraite qui diminue le diamĂštre de la tour Ă chaque Ă©tage, ceux-ci sont tous semblables comme hauteur et comme ordonnance ; le premier Ă©tage seul, compris entre le dessus de la voĂ»te et la corniche du vaisseau, est plus Ă©levĂ© que les autres et prĂ©sente sur chaque face de lâoctogone des arcades jumelles aveugles. Les quatre autres Ă©tages, semblables entre eux, sont ajourĂ©s dâarcatures fermĂ©es, non point par des archivoltes, mais par des imbrications formant des angles droits au sommet. Le dĂ©tail du dernier Ă©tage de la tour 78 fera saisir cette construction singuliĂšre, parfaitement motivĂ©e par la nature des matĂ©riaux mis en Ćuvre. Il est Ă©vident que lâarchitecte a employĂ© un seul Ă©chantillon de brique et nâa pas voulu faire mouler des claveaux, ce quâil eĂ»t Ă©tĂ© forcĂ© dâordonner sâil eĂ»t fermĂ© les arcatures par de petites archivoltes cintrĂ©es. Cependant les colonnes engagĂ©es des piles sont cylindriques et ont Ă©tĂ© moulĂ©es exprĂšs ; mais il est beaucoup plus aisĂ© de donner une forme particuliĂšre Ă la brique, avant la cuisson, sur sa tranche que sur son plat. Seules, les briques des arcs de la balustrade supĂ©rieure sont moulĂ©es en claveaux. Il est clair aussi que la pierre, Ă©tant fort rare, nâa Ă©tĂ© employĂ©e quâexceptionnellement dans cette bĂątisse et pour lâexĂ©cution des membres dâarchitecture qui ne pouvaient ĂȘtre faits dâune autre matiĂšre. Dans la fig. 78, les assises de pierre sont indiquĂ©es. Un escalier Ă vis accolĂ© au clocher monte jusquâĂ la hauteur de la corniche de lâĂ©glise ; de lĂ , au sommet de la tour, on montait par des Ă©chelles. Le clocher des Jacobins de Toulouse nâa jamais dĂ» ĂȘtre couronnĂ© par une flĂšche ; cependant, nous trouvons des clochers analogues Ă Toulouse, Ă Caussade, Ă Montauban, qui sont terminĂ©s par des pyramides aiguĂ«s, Ă huit pans, en brique ; mais cette derniĂšre disposition est dâune Ă©poque plus rĂ©cente. Les clochers de la Haute-Garonne sont, en France, une exception qui appartient uniquement Ă cette contrĂ©e ; exception justifiĂ©e par la raretĂ© de la pierre Ă bĂątir, et tous ont entre eux une telle analogie, que lâexemple donnĂ© ici, le plus beau et le plus complet, nous dispensera de nous Ă©tendre plus longuement sur ce mode de construction. Il nous faut encore revenir en arriĂšre afin de trouver lâorigine dâune certaine disposition de clochers, disposition dont il ne reste que peu dâexemples antĂ©rieurs au XIVe siĂšcle, mais qui cependant doit ĂȘtre fort ancienne. Nous voulons parler des clochers terminĂ©s par deux pignons et un comble Ă deux Ă©gouts. Câest dans lâĂle-de-France, sur les bords de lâOise et de la Marne, que nous rencontrons un certain nombre de ces clochers appartenant toujours Ă de petites Ă©glises. CâĂ©tait lĂ , en effet, un moyen Ă©conomique de couronner les clochers, et nous avons dĂ©jĂ fait voir quâantĂ©rieurement au XIIe siĂšcle, ces provinces, moins riches que les provinces de lâOuest et du centre, nâavaient donnĂ© Ă leurs tours dâĂ©glises que des dimensions relativement restreintes. Sur les bords de la Seine, de la basse Marne, de lâOise et de lâAisne, il existe un nombre prodigieux dâĂ©glises paroissiales, des XIe et XIIe siĂšcles, ayant conservĂ© leurs clochers ; modestes constructions ne se composant guĂšre que dâun soubassement plein et dâun Ă©tage de beffroi ; mais presque tous ces clochers ont perdu leurs couronnements primitifs, qui ont Ă©tĂ© remplacĂ©s par des flĂšches en pierre ou en bois pendant les XIIIe, XIVe et XVe siĂšcles. Bon nombre de ces clochers devaient ĂȘtre terminĂ©s primitivement par des pyramides en pierre peu Ă©levĂ©es ; mais un plus grand nombre encore Ă©taient couverts par des pignons et un toit, ce moyen de construction Ă©tant le moins dispendieux de tous ceux que lâon peut adopter. Ă dĂ©faut de monuments de quelque importance existant aujourdâhui et dans lesquels nous pourrions Ă©tudier ce genre de couronnement, il nous faut avoir recours aux reprĂ©sentations de ces monuments sur les bas-reliefs. Or il existe, Ă la porte Sainte-Anne de la cathĂ©drale de Paris, un grand tympan du XIIe siĂšcle, reprĂ©sentant la Vierge assise sous un dais magnifique. Ce dais se compose dâune sorte de coupole flanquĂ©e de deux clochers qui nous donnent, exĂ©cutĂ© avec un soin minutieux, lâun de ces couronnements que nous chercherions vainement sur les monuments mĂȘmes. Et il ne sâagit pas ici de ces pignons dâune simplicitĂ© telle quâon ne saurait leur assigner une date, mais bien dâune composition riche et qui dâailleurs doit Ă©claircir Ă nos yeux plusieurs points importants touchant la terminaison de certains clochers de lâĂle-de-France pendant la pĂ©riode romane. Voici 79 une copie de ce petit modĂšle de clocher. Nos monuments romans sâarrĂȘtent gĂ©nĂ©ralement au niveau marquĂ© en A sur notre gravure. On voit ici, Ă partir de ce niveau A, une pyramide tronquĂ©e formĂ©e de quatre assises de pierres couvertes de dents-de-scie, puis une loge composĂ©e de colonnes isolĂ©es reliĂ©es par de petits arcs et portant une corniche Ă modillons sur laquelle sâĂ©lĂšve un pignon dĂ©corĂ© dâune double arcature et terminĂ© par une croix. La place des cloches est bien marquĂ©e par la disposition trĂšs-ajourĂ©e de la loge et du pignon supĂ©rieur. Les derniers Ă©tages de ce clocher se retraitent, ainsi que nous lâavons supposĂ© dans la restauration du gros clocher de Saint-BenoĂźt-sur-Loire, et la base, comparativement large, se distingue, par une forte saillie, du reste de la construction. Le systĂšme de loges adoptĂ© pour lâĂ©tage supĂ©rieur destinĂ© au beffroi nous a toujours paru devoir ĂȘtre la disposition primitive du couronnement des clochers romans au nord de la Loire. Le modĂšle reproduit fig. 79, quantitĂ© de bas-reliefs et certaines vignettes de manuscrits, ne font que fortifier notre opinion. Les loges bĂąties au sommet des tours des Ă©glises devaient nĂ©cessiter la construction de toits Ă double Ă©gout et Ă pignons, ou tout au moins de pavillons en charpente. Il ne faut pas oublier dâailleurs ce que nous avons dit au commencement de cet article relativement Ă la dimension des cloches anciennes et au peu dâespace nĂ©cessaire Ă leur suspension. Nous avons fait remarquer que des murs percĂ©s dâarcades, Ă©levĂ©s sur les façades des Ă©glises, devaient suffire Ă loger des cloches dont le diamĂštre Ă©tait fort petit. Nous trouvons en effet, Ă une Ă©poque fort ancienne, des clochers, en grand nombre, ainsi disposĂ©s dans le midi de la France et mĂȘme dans les provinces du Nord. La petite Ă©glise de Rue-Saint-Pierre Oise, dont la façade date du commencement du XIe siĂšcle, possĂšde un clocher de ce genre. Afin de mieux faire comprendre la disposition de ce clocher, nous donnons 80 lâensemble de cette façade en A, et son Ă©lĂ©vation latĂ©rale en B. Deux contre-forts CC, montant de fond et formant au rez-de-chaussĂ©e les jambages de la porte, viennent Ă©pauler le mur percĂ© de deux arcades rĂ©servĂ©es au placement des cloches. La tĂȘte de ce mur est couverte par des assises de pierre en talus. On sonnait les cloches de lâintĂ©rieur, au moyen de potences en fer attachĂ©es aux moutons, ainsi quâil est indiquĂ© en D, et de cordes passant Ă travers le comble. Il est difficile de suspendre des cloches Ă moins de frais. Mais ces clochers, qui nâĂ©taient exactement quâune construction remplissant un besoin, sans nulle dĂ©coration, se trouvaient plus souvent Ă©levĂ©s dans le voisinage de la sacristie, sur un des murs goutterots de lâĂ©glise ou sur un contre-fort. Dans de petites Ă©glises de villages dont le gouvernement spirituel Ă©tait entre les mains dâun seul prĂȘtre, celui-ci nâavait pas Ă ses ordres un personnel nombreux, et Ă©tait obligĂ©, avant de monter Ă lâautel, de sonner lui-mĂȘme la cloche ; il Ă©tait naturel dĂšs lors de placer le clocher Ă proximitĂ© de la sacristie. La petite Ă©glise de Froissy CĂŽte-dâOr a conservĂ© un de ces clochers bĂąti, au XIIIe siĂšcle, sur un contre-fort dans le voisinage du chĆur ; nous en donnons une vue 81. Dans les provinces mĂ©ridionales, on rencontre bon nombre de clochers de ce genre qui ont une certaine importance, mais dont la construction ne remonte guĂšre au delĂ du XIIIe siĂšcle. Il faut dire que ces sortes de bĂątisses, exposĂ©es aux vents et Ă la pluie, ne pouvaient rĂ©sister aussi longtemps aux intempĂ©ries que des tours couvertes, et les clochers romans Ă arcades simples, Ă©levĂ©s dans ces contrĂ©es, oĂč les matĂ©riaux sont tendres et sensibles aux agents atmosphĂ©riques, ont dĂ» ĂȘtre souvent reconstruits. En effet, lâĂ©glise de Lalande de Libourne, dont nous donnons une Ă©lĂ©vation gĂ©omĂ©trale 82, prĂ©sente sur sa façade, qui date du XIIe siĂšcle, un clocher Ă arcades dont les jambages sont encore romans, et dont les archivoltes ont Ă©tĂ© reconstruites au XIIIe ou au XIVe siĂšcle. Il existe des clochers dâune Ă©poque plus rĂ©cente dans la Guyenne et le Languedoc, oĂč les constructions de brique sont si frĂ©quentes, qui possĂšdent jusquâĂ cinq, six et mĂȘme dix arcades propres Ă recevoir des cloches ; ce sont le plus souvent de simples pignons percĂ©s de baies posĂ©es trois trois, ou trois et deux, trois, deux et une, ou quatre, trois, deux et une. Ces sortes de clochers nâont pas gĂ©nĂ©ralement de caractĂšre architectonique qui les distingue des bĂątisses les plus vulgaires ; cependant on rencontre prĂšs de Toulouse quelques clochers assez Ă©lĂ©gants Ă©levĂ©s dâaprĂšs ce principe nous citerons entre autres celle de Ville-Nouvelle, dont les deux Ă©tages dâarcades triples sont flanquĂ©s de deux tourelles contenant des escaliers avec passage dâune tourelle Ă lâautre devant les arcades. Quant aux clochers couronnĂ©s par des pignons et des toits Ă double Ă©gout, on les rencontre en grand nombre annexĂ©s Ă de petites Ă©glises et qui datent des XIIIe, XIVe et XVe siĂšcles, dans le Beauvoisis et la Brie. Parfois mĂȘme, au lieu de deux pignons, les tours en possĂšdent quatre ou deux combles se pĂ©nĂ©trant, formant ainsi quatre noues, et couronnĂ©es par une flĂšche. La petite Ă©glise de la Chapelle-sous-CrĂ©cy Seine-et-Marne a conservĂ© un clocher de ce genre, qui est un des plus complets que nous connaissions ; il date de la seconde moitiĂ© du XIIIe siĂšcle. Nous en prĂ©sentons lâĂ©lĂ©vation 83. Ă lâextrĂ©mitĂ© dĂšs quatre noues, quatre gargouilles en pierre rejettent les eaux des combles loin des parements. La petite flĂšche en bois, recouverte dâardoise, est sur plan octogone ; ses arĂȘtiers sont posĂ©s sur les faĂźtages des combles et dans les noues, ce qui est parfaitement entendu[34] voy. FlĂšche. Les clochers Ă quatre pignons sont trĂšs-frĂ©quents sur les bords du Rhin, Ă dater du XIIe siĂšcle ; mais leurs couronnements prĂ©sentent une singularitĂ© qui appartient uniquement Ă ces provinces et qui nâest guĂšre imitĂ©e en France que dans leur voisinage. Ces couronnements consistent en une pyramide Ă huit pans, dont quatre des arĂȘtiers posent sur les angles de la tour et les quatre autres sur lâextrĂ©mitĂ© des quatre pignons ; de sorte que câest lâinclinaison des faces de la pyramide qui donne forcĂ©ment la hauteur des pignons ; plus la pyramide est aiguĂ«, plus ces pignons sont Ă©levĂ©s. En effet, soit 84 A B C D le plan de la tour carrĂ©e sur laquelle est posĂ©e la pyramide Ă plan octogonal. En Ă©levant un pignon sur le cĂŽtĂ© du carrĂ© AC, ce pignon devra puisquâil porte lâarĂȘtier EO rencontrer cet arĂȘtier au point G. Or, fig. 84 bis, EO Ă©tant lâarĂȘtier, EP lâaxe de la pyramide, le pignon A C G du plan figurĂ©e en coupe, Ă©levĂ© sur le point G, rencontrera lâarĂȘtier en L ; mais si lâarĂȘtier prĂ©sente une plus forte inclinaison, suivant la ligne EâČO par exemple, le pignon figurĂ© en coupe, Ă©levĂ© sur le point G, rencontrera le second arĂȘtier en M. Donc, les pignons ont dâautant plus dâĂ©lĂ©vation que la flĂšche est plus aiguĂ«. Une vue 85 de lâun des clochers de la cathĂ©drale de Spire fera comprendre notre dĂ©monstration. Ă Spire, les flĂšches de couronnement sont en grĂšs ; mais souvent ces couvertures des clochers sont en charpente, quoiquâelles affectent la forme indiquĂ©e ici. Lâeffet de ces couronnements de clochers nâest pas heureux, car il semble que les arĂȘtiers qui rencontrent les sommets des pignons nâont pas une assiette suffisante, quâils poussent au vide, et nous ne saurions blĂąmer nos architectes du moyen Ăąge de nâavoir pas adoptĂ© ce systĂšme de construction. Ce nâest pas lĂ , dâailleurs, le seul dĂ©faut que nous pouvons reprocher aux clochers des bords du Rhin, de lâĂ©poque romane. On voit fig. 85 que les deux derniers Ă©tages de la tour sont identiques or il arrive souvent que ces tours possĂšdent jusquâĂ six Ă©tages pareils ainsi superposĂ©s ; cela donne Ă ces Ă©difices un aspect monotone qui fatigue ; on ne sait quel est celui ou ceux de ces Ă©tages qui contiennent des cloches, ou sâils nâen contiennent pas tous. Les clochers du Rhin nâont ni commencement ni fin, et on ne comprend pas pourquoi la construction comporte tant dâĂ©tages, ou pourquoi elle sâarrĂȘte au cinquiĂšme ou au sixiĂšme plutĂŽt quâau second. Les couronnements ne se relient dâaucune maniĂšre avec les Ă©tages carrĂ©s. Il y a lĂ un manque total de goĂ»t et du sentiment des proportions, bien Ă©loignĂ© de nos conceptions françaises de la mĂȘme Ă©poque, dont toutes les parties se lient avec art, et auxquelles il ne semble pas quâon puisse rien retrancher ni rien ajouter. Puisque nous venons de faire une excursion hors de France, nous parlerons aussi des clochers de Provence, qui ne sont pas plus français que les clochers du Rhin. Si les arts de Lombardie et des cĂŽtes de lâAdriatique avaient eu sur les bords du Rhin une puissante influence, les monuments romains qui couvraient le sol de la Provence rĂ©gnaient encore en maĂźtres dans cette contrĂ©e au XIIe siĂšcle. Les Romains de lâantiquitĂ© nâavaient pas construit de clochers, mais ils avaient Ă©rigĂ© certains monuments votifs ou funĂ©raires, comme celui de Saint-Remy par exemple, qui, Ă la rigueur, pouvaient fournir des types de clochers aux architectes du moyen Ăąge. Ceux-ci, Ă dĂ©faut dâautres traditions ou influences, ne manquĂšrent pas de prendre pour modĂšles ces dĂ©bris de lâarchitecture romaine. Nous trouvons, plantĂ© sur le pignon de la façade de lâĂ©glise de MollĂšges Bouches-du-RhĂŽne, un petit clocher du XIIe siĂšcle qui reproduit assez exactement, quoique dâune maniĂšre barbare, le monument antique de Saint-Remy. Le clocher de MollĂšges nâa pas plus de 2m,06 Ă sa base hors Ćuvre il se compose dâun Ă©tage carrĂ©, portĂ© sur quatre piliers rĂ©unis par quatre archivoltes, et dâune lanterne sur plan circulaire. Nous donnons 86 le plan de lâĂ©tage infĂ©rieur, 87 le plan de la lanterne, et 88 lâĂ©lĂ©vation gĂ©omĂ©trale de ce clocher, dont lâunique cloche Ă©tait suspendue au centre de la lanterne circulaire[35]. Cette cloche, dont le bord infĂ©rieur devait se trouver au niveau B, ne pouvait ĂȘtre mise en branle ; elle Ă©tait fixĂ©e trĂšs-probablement Ă une traverse intĂ©rieure posĂ©e sur la corniche au niveau A, et le sonneur, placĂ© sous lâarcature en C, se contentait de frapper le battant contre le bord de la cloche, autrement dit, de tinter au moyen dâune cordelle attachĂ©e Ă lâextrĂ©mitĂ© infĂ©rieure du battant, ainsi que cela se pratique encore dans toute lâItalie mĂ©ridionale. La partie supĂ©rieure de ce clocher de MollĂ©ges, Ă partir du niveau A, nâexiste plus. Nous ne croyons pas nĂ©cessaire de nous Ă©tendre sur les diverses applications de lâart antique romain aux clochers des Ă©glises provençales, car ce serait sortir de notre sujet, ces exemples nâayant aucun des caractĂšres de lâarchitecture française proprement dite, et ne devant ĂȘtre signalĂ©s que comme ayant pu exercer une certaine influence sur les constructions Ă©levĂ©es le long du RhĂŽne, en dehors de cette province et jusque dans le Lyonnais. Avant de terminer, nous devons signaler lâexistence de clochers bĂątis sur plan barlong trĂšs-prononcĂ©, qui servent de transition entre le clocher Ă arcades simples comme ceux donnĂ©s fig. 80, 81 et 82, et les clochers tours. Ces clochers sur plan barlong sont rares. Il en existe un fort gros et fort ancien sur la façade de lâancienne cathĂ©drale de Carcassonne servant originairement Ă la dĂ©fense de la citĂ©. Nous en possĂ©dons un autre dâune Ă©poque plus rĂ©cente commencement du XIIIe siĂšcle, bĂąti sur le mur renforcĂ© de lâunique chapelle latĂ©rale de la petite Ă©glise de Thoureil Maine-et-Loire. ĂlevĂ© dans le voisinage de la sacristie et du sanctuaire, ce clocher Ă©tait ainsi Ă portĂ©e du desservant. Voici comment il est placĂ© Ă rez-de-chaussĂ©e 89. A est le plan de la chapelle latĂ©rale bĂątie sur le bord de la Loire ; un berceau bandĂ© sur le renfoncement B porte sur le pilier C et sur le massif E contrebuttĂ© par un Ă©pais contre-fort descendant jusque dans le fleuve. Au-dessus du comble de lâĂ©glise, le beffroi du clocher de Thoureil prĂ©sente le plan 90. La figure allongĂ©e de ce plan fait assez voir que les cloches devaient ĂȘtre mises en branle dans le sens de la longueur. En Ă©lĂ©vation 91, ce clocher, dont le couronnement nâexiste plus Ă partir du niveau F, est enrichi dâune arcature aveugle sous le beffroi, et ne laisse pas dâĂȘtre assez Ă©lĂ©gant, malgrĂ© lâextrĂȘme simplicitĂ© de son plan[36]. Ă dater du XIVe siĂšcle, en France, les clochers des Ă©glises conservent longtemps la forme et les dispositions adoptĂ©es au XIIIe siĂšcle, et nâen diffĂšrent que par les dĂ©tails qui suivent le mouvement imprimĂ© dĂšs cette Ă©poque aux arts de lâarchitecture ; câest-Ă -dire que leurs points dâappui tendent Ă devenir plus grĂȘles, leurs flĂšches et couronnements de plus en plus Ă©lancĂ©s. Les clochers se couvrent de dĂ©coupures de pierre, se percent dâajours surprenants, mais la masse reste la mĂȘme. Or ces dĂ©tails trouvant leur place dans le Dictionnaire, nous nâavons pas Ă nous en occuper ici. Dâailleurs, ainsi que nous lâavons dit dĂ©jĂ , les dĂ©sastres politiques des XIVe et XVe siĂšcles ne laissĂšrent pas aux monastĂšres, aux Ă©vĂȘques et aux paroisses, le loisir dâĂ©lever des clochers dâune certaine importance. Beaucoup de ces tours, commencĂ©es vers le milieu du XIIIe siĂšcle, restĂšrent inachevĂ©es et ne furent terminĂ©es quâĂ la fin du XVe siĂšcle et au commencement du XVIe. Lorsque lâarchitecture qui avait pris naissance, pendant le XIIe siĂšcle, dans le domaine royal et les provinces voisines, se fut rĂ©pandue sur toute la surface de la France, ces diffĂ©rences dâĂ©coles, si intĂ©ressantes Ă Ă©tudier pendant la pĂ©riode romane, disparurent pour faire place Ă des reproductions Ă peu prĂšs uniformes dâun type unique. Le clocher est le monument qui indique le plus nettement les nombreuses variĂ©tĂ©s de lâart de lâarchitecture sur le sol des provinces françaises jusquâau XIIe siĂšcle. Lâesprit provincial sâĂ©teignant sous la main du pouvoir royal, cette variĂ©tĂ© sâefface. Si la nation y gagna au point de vue de la politique, lâart y perdit de son originalitĂ©, et les reproductions des types mis en honneur dans le domaine royal furent souvent incomplĂštes ou mal comprises dans les provinces Ă©loignĂ©es. Cependant les clochers furent longtemps les monuments affectionnĂ©s par les villes ; aprĂšs chaque dĂ©sastre, les populations sâempressaient de les reconstruire ou de les rĂ©parer du mieux quâelles pouvaient. On dit encore, de notre temps, lâinfluence de clocher, pour dĂ©signer lâesprit local, la dĂ©fense exclusive des intĂ©rĂȘts de la ville, et nous voyons chaque jour de pauvres villages sâimposer de lourdes charges pour Ă©lever un clocher sur leur Ă©glise. LâĂ©tat des arts de lâarchitecture aujourdâhui ne rĂ©pond pas aux dĂ©sirs et aux efforts des populations des villes ou des campagnes, et les clochers, en grand nombre, construits dans notre pays depuis trente ans, ne fourniront pas, dans quelques siĂšcles, un sujet dâĂ©tude intĂ©ressant pour nos successeurs mal conçus gĂ©nĂ©ralement, plus mal bĂątis, prĂ©sentant des silhouettes lourdes ou dĂ©manchĂ©es, ils ne dureront guĂšre, et sâils sont laids la plupart, nous pouvons au moins nous en consoler en pensant quâils ne tĂ©moigneront pas longtemps de ce retour vers lâun des goĂ»ts les plus vifs des populations au moyen Ăąge. AprĂšs les tours carrĂ©es, froides et flanquĂ©es de pilastres, Ă©levĂ©es sur nos Ă©glises, de 1815 Ă 1840, on a cherchĂ© Ă se rapprocher des types laissĂ©s par les XIIe et XIIIe siĂšcles ; mais ces derniers essais font, la plupart, ressortir la faiblesse de nos Ă©tudes et la pauvretĂ© dâinvention des artistes modernes.
Article L'Express - John Steele, le para du clocher de Sainte MĂšre Eglise - 6 juin 2014 Le magazine lâExpress consacre un bel article Ă John Steele, le parachutiste rendu cĂ©lĂšbre, Ă©crit par Philippe Broussard, le 6 juin 2014. Quâest-il vraiment arrivĂ© au fameux parachutiste amĂ©ricain restĂ© accrochĂ© au toit de lâĂ©glise de Sainte-MĂšre, dans la nuit du 5 au 6 juin 1944? LâExpress retrace le parcours de ce personnage haut en couleur. De la Normandie aux Etats-Unis, oĂč il est dĂ©cĂ©dĂ© en 1969. Son nom est Steele, John Steele. John gros cul », pour ses compagnons dâarmes. CâĂ©tait un gaillard de lâIllinois, un fort en gueule portĂ© sur la rigolade et la biĂšre fraĂźche, qui adorait la pĂȘche Ă la mouche et le jazz Nouvelle-OrlĂ©ans. Ses lettres aux Normands regorgeaient de mots chaleureux pour cette terre lointaine quâil avait dâabord vue du ciel, une nuit de juin 1944, et foulĂ©e ensuite Ă plusieurs reprises. Dans lâun de ses courriers, joliment signĂ© John du clocher » Steele », il disait combien leur reconnaissance lâavait touchĂ©, et jurait dâen prĂ©server le souvenir jusquâĂ son dernier souffle. A Sainte-MĂšre, une auberge porte son nom Les annĂ©es ont passĂ©. Quarante-cinq depuis sa mort, soixantedix depuis le jour J. Mais les 1654 habitants de Sainte-MĂšre-Eglise Manche ne lâont pas oubliĂ©, eux non plus. John Steele 1912-1969 demeurera Ă jamais le sauveur restĂ© accrochĂ© au toit de Notre-Dame-de-lâAssomption au soir de lâoffensive dĂ©cisive. AprĂšs tout, si plus de 200000 visiteurs dĂ©barquent chaque annĂ©e dans ce gros village devenu lâĂ©picentre symbolique de la France libĂ©rĂ©e, câest un peu grĂące Ă lui. Une auberge locale porte son nom, le trĂšs beau musĂ©e lui rend hommage, des cartes postales et mille autres babioles ont cĂ©lĂ©brĂ©, et cĂ©lĂ©breront encore longtemps sa mĂ©moire. Parions mĂȘme quâĂ lâheure du 70e anniversaire le mannequin pendu Ă flanc dâĂ©glise Ă longueur dâannĂ©e sera davantage photographiĂ© que les dunes voisines dâUtah Beach. John Steele, 82e division aĂ©roportĂ©e, compagnie F. Cette renommĂ©e, largement due au film Le Jour le plus long 1962, est de celles qui agacent les historiens. Ils ne goĂ»tent guĂšre le vedettariat, encore moins les scĂ©naristes hollywoodiens. A les entendre, cette superproduction, dont une version rĂ©novĂ©e sortira en salles le 11 juin, ferait la part trop belle aux Ă©vĂ©nements survenus cette nuit-lĂ au coeur de Sainte-MĂšre, au dĂ©triment dâĂ©pisodes bien plus dĂ©terminants. En Normandie, oĂč lâaffaire nourrit depuis des lustres un Clochemerle venimeux, quelques exĂ©gĂštes sont mĂȘme prĂȘts Ă douter de lâami amĂ©ricain, Ă traquer des incohĂ©rences dans son rĂ©cit, voire Ă y flairer un soupçon de tromperie. Le moment est donc venu dâouvrir le dossier Steele, matricule16054501. Qui Ă©tait-il, ce John du clocher »? A-t-il dit toute la vĂ©ritĂ©, rien que la vĂ©ritĂ©? Pour le savoir, il faut dâabord remonter Ă la source, dans le sud de lâIllinois, le long de la riviĂšre Ohio. Il y a lĂ une petite ville au nom futuriste, Metropolis et, dans cette petite ville, deux hĂ©ros. Le premier a paraĂźt-il sauvĂ© la planĂšte câest Super man en personne, dont la statue colorĂ©e veille sur la mairie. Le second a plus modestement contribuĂ© Ă sauver la France; câest notre fameux para, dont le corps repose au cimetiĂšre maçonnique, dans une tombe plus que sobre. Metropolis, 6500 rĂ©sidents au dernier pointage, est une bourgade moins vaillante que Sainte-MĂšre. LâĂ©poque oĂč les activitĂ©s portuaires lui garantissaient une relative prospĂ©ritĂ© est rĂ©volue depuis une Ă©ternitĂ©. Dans le quartier central, historique » dit-on ici, les boutiques pĂ©riclitent et le Massac Theater nâaccueille plus que des fantĂŽmes. Des temps anciens, oĂč Metropolis ne prĂ©tendait pas encore ĂȘtre la ville officielle de Superman », mais se portait sans doute bien mieux, de rares tĂ©moins subsistent quatre neveux et une niĂšce du parachutiste. AgĂ©s de 59 Ă 73 ans, ils habitent la rĂ©gion oĂč les Etats voisins du Kentucky et du Missouri et vouent une affection Ă©mouvante Ă celui quâils persistent Ă appeler uncle Marvin », son deuxiĂšme prĂ©nom. Les voici rĂ©unis, Ă lâinvitation de LâExpress Phil, Stan, Suzanne, Doug, Johnny. Rien que des descendants dâimmigrĂ©s dâIrlande du Nord. Chacun dâeux a apportĂ© son lot de photos, de documents jaunis et de lettres personnelles. Le destin quâils recomposent se noue avant guerre et mĂšne des plaines du Middle West au Bocage normand, sur les pas dâun singulier tonton⊠Dans les annĂ©es 1930, les Steele font figure de famille modĂšle Ă Metropolis. Le pĂšre, lui aussi prĂ©nommĂ© John, pilote des bateaux de fret sur les eaux brunĂątres de lâOhio. Câest un capitaine-nĂ©, un homme dâautoritĂ© qui sây entend pour charrier les cargaisons de bois ou de charbon pendant que son Ă©pouse, Josephine, sâoccupe de la maison, une bĂątisse traditionnelle avec un banc Ă lâombre de la terrasse en chĂȘne. Le couple y Ă©lĂšve sept enfants, deux filles et cinq garçons. John Marvin, le futur para, est lâaĂźnĂ© de la fratrie. Câest un costaud, douĂ© pour le foot amĂ©ricain, plutĂŽt dĂ©mocrate que rĂ©publicain. Sur les photos, il a des airs de Tom Hanks dans Forrest Gump, buste droit, front haut et dĂ©garni. Les Ă©tudes nâĂ©tant pas son fort â huit ans de primaire, quatre de secondaire, aucune de college » -, il se verrait bien coiffeur, Ă ce quâon dit. Mais lâentrĂ©e en guerre des Etats-Unis, Ă la fin de 1941, lui impose un destin moins paisible tandis que lâun de ses frĂšres, James, opte pour la marine et un autre, Norman, pour lâarmĂ©e de terre, il sâengage, Ă 29 ans, chez les parachutistes. Au printemps 1943, John Marvin Steele dĂ©couvre ainsi lâAfrique du Nord au sein de la 82e division aĂ©roportĂ©e. TrĂšs vite, les missions sâenchaĂźnent, avec un premier saut de combat sur la Sicile, au cours duquel il se casse une jambe, puis un deuxiĂšme sur la rĂ©gion de Naples, sans dĂ©gĂąt cette fois. Steele et ses camarades de la compagnie F prennent ensuite le bateau pour la Grande-Bretagne, oĂč les forces alliĂ©es prĂ©parent un dĂ©barquement sur les cĂŽtes françaises. Le pâtit gars de Metro -polis sĂ©journe dâabord en Irlande du Nord, la terre de ses ancĂȘtres, puis du cĂŽtĂ© de Leicester, en Angleterre. Dans un courrier Ă la famille, il dit jouer au golf les jours de permission et gagner trois sous en rasant la tignasse des copains. Avec des tarifs Ă la hausse pour les galonnĂ©s, prĂ©cise-t-il. Arrive la soirĂ©e du 5 juin. LâĂ©tat-major lance lâopĂ©ration Overlord, en mobilisant notamment de 12000 Ă 13000 paras. Steele, comme des centaines dâautres, dĂ©couvre sa mission sauter aux abords de Sainte-MĂšre et en prendre le contrĂŽle afin de faciliter lâoffensive prĂ©vue Ă lâaube sur la cĂŽte, Ă 10 kilomĂštres de lĂ . Dans la foulĂ©e, il grimpe Ă bord dâun C-47, avec une quinzaine de gars harnachĂ©s façon commando, le visage grimĂ© de noir. A lâintĂ©rieur, tout Ă©tait silencieux, racontera-t-il, certains sâassoupissaient. Nous savions que nous allions Ă un endroit oĂč ce serait un peu chaud. » Pour la plupart des 900 avions, lâassaut se passe plus ou moins comme prĂ©vu. Pas pour celui de Steele le pilote, inexpĂ©rimentĂ©, monte trop haut par crainte de la riposte adverse et largue ses paras au coeur de Sainte-MĂšre et non aux alentours. Quand ils se prĂ©sentent au-dessus du village, ça mitraille dĂ©jĂ Ă tout-va, quelques combattants de la 101e division, descendus en Ă©claireurs, affrontent les Allemands. Plusieurs membres de la compagnie F sont tuĂ©s avant dâatteindre le sol. TirĂ©s comme des canards », tĂ©moignera un rescapĂ©. John, lui, est blessĂ© au pied gauche, probablement par un Ă©clat mĂ©tallique, mais poursuit sa descente vers la place centrale oĂč une ferme est en feu. En essayant dâĂ©viter le brasier, il sâĂ©crase sur lâĂ©glise, un bel Ă©difice du XIIe siĂšcle. Son parachute sâaccroche Ă lâune des sculptures Ă©rigĂ©es Ă la base du clocher et le laisse en suspension Ă une douzaine de mĂštres du sol. Il tente de sectionner les liens, mais son couteau lui Ă©chappe et tombe le long du mur. Le voilĂ plus impuissant que jamais, simple pantin Ă la merci des tirs ennemis, contraint de faire le mort, les yeux entrouverts, et de prier, câest bien lâendroit, pour quâon vienne le secourir. OĂč Ă©tiez-vous le 5 juin 1944 Ă minuit? » Les heures passent. BientĂŽt trois. Toujours pas de soutien en vue. Finalement, ce sont deux Allemands positionnĂ©s dans le clocher, Rudolf May et Rudi Escher, qui le repĂšrent. Des mecs rĂ©glo », confiera-t-il aprĂšs guerre. Ils coupent les suspentes du parachute. Une fois au sol, Steele est fait prisonnier et conduit, avec six autres AmĂ©ricains, vers un poste de commandement ennemi. Il ne sera pas maltraitĂ©, ni retenu trop longtemps quatre jours plus tard, il sâĂ©vade en se faufilant par une fenĂȘtre. La dĂ©bandade allemande est telle, dans la campagne normande, quâil parvient Ă rejoindre les rangs alliĂ©s avant dâĂȘtre Ă©vacuĂ© vers la Grande-Bretagne. SitĂŽt rĂ©tabli de sa blessure au pied, il filera se battre aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne, et finira par un sĂ©jour dans un camp amĂ©ricain des environs de Marseille. A son retour au pays, en septembre 1945, John a des mĂ©dailles plein sa besace, mais parle peu de la guerre. Comme ses proches, il pleure surtout son frĂšre Norman, tuĂ© en Allemagne en avril. Seuls quelques initiĂ©s connaissent alors lâanecdote de lâĂ©glise, secondaire au regard de ses autres faits dâarmes. Lâessentiel est maintenant de tracer sa voie, dans lâIllinois ou ailleurs. Oubliant la coiffure, il exerce divers jobs dans le commerce avant de sâorienter vers les Ă©tudes de coĂ»ts » pour des compagnies dâĂ©lectricitĂ©. Sa situation familiale Ă©volue Ă©galement en 1950, il Ă©pouse une fille de Metropolis, Katherine Main, qui lui donne bientĂŽt une petite Martha. Ce mariage Ă©tait bancal, affirment ses neveux, le couple nâa pas tardĂ© Ă divorcer. Katherine sâest amourachĂ©e dâun toubib et elle a filĂ© avec le bĂ©bĂ©, sans jamais donner de nouvelles. » John, lui, suit un chemin plus ou moins chaotique. En 1955, il se remarie avec Verma, une infirmiĂšre rencontrĂ©e en Caroline du Nord, le fief des forces aĂ©riennes. Tout en enchaĂźnant les dĂ©mĂ©nagements dans lâest du pays, il ne coupe pas les liens avec lâIllinois. A chaque passage Ă Metro -polis, il trouve le moyen dâamuser la galerie, dâĂ©craser un gĂąteau Ă la crĂšme sur le visage de lâune de ses soeurs ou dâoser une blague de potache. Ses neveux lâadorent, cet uncle Marvin », si flamboyant » au volant de sa Chevrolet verte Ă toit blanc ou quand il sort son Luger, un pistolet allemand rapportĂ© dâEurope. Câest lâarchĂ©type du tonton mariole, le champion du repas de famille et des filouteries de braconnier. Un jour, raconte lâun dâeux, il mâa tĂ©lĂ©phonĂ© pour savoir si jâavais des Ă©cureuils au congĂ©lateur. Il adorait ça au barbecue! » Un magnifique hĂ©ros ordinaire » Vers 1957, une lettre Ă©tonnante lui parvient. Un journaliste dâorigine irlandaise, Cornelius Ryan, prĂ©pare un livre sur le 6 juin 1944 et sollicite lâaide de centaines de survivants de ces heures mĂ©morables. Tous reçoivent des questionnaires types. A charge pour eux, sâils le souhaitent, de fournir des Ă©lĂ©ments biographiques et des souvenirs personnels. A la question oĂč Ă©tiez-vous le 5 juin 1944 Ă minuit ? » lâex-para rĂ©pond en lettres capitales Suspendu au clocher, sous la corniche de lâĂ©glise de Sainte-MĂšre. » Pour un auteur, pareil tableau est une bĂ©nĂ©diction. Ryan souligne la phrase au feutre rouge puis tĂ©lĂ©phone Ă Steele, auquel il soutire diverses prĂ©cisions, notĂ©es Ă la volĂ©e sur des feuilles blanches les Allemands lâont fait descendre »; descendu [de lâĂ©glise] Ă 3 heures du matin, mis dans un camion »⊠Le livre, intitulĂ© Le Jour le plus long, paraĂźt aux Etats-Unis en novembre 1959. Cornelius Ryan ne consacre quâune vingtaine de lignes aux mĂ©saventures de Steele, mais ce passage suffit Ă le faire connaĂźtre. A Washington, les organisateurs dâune prestigieuse soirĂ©e-dĂ©bat lâinvitent avec une dizaine de GI, cinq gĂ©nĂ©raux et un amiral. Dans les mois suivants, le livre connaĂźt un tel succĂšs quâun projet dâadaptation Ă lâĂ©cran prend forme. Le rĂ©alisateur, Darryl Zanuck, disposera dâun casting dâexception John Wayne, Robert Mitchum, Richard Burton, Sean Connery, Henry Fonda, Bourvil⊠Steele reviendra plusieurs fois dans le Cotentin, toujours jovial et pas crĂąneur pour un sou ». Le tournage prĂ©voit une sĂ©quence sur la place de Sainte-MĂšre. Zanuck a conscience de tenir en Steele un magnifique hĂ©ros ordinaire ». Et un rĂŽle sur mesure pour la star comique Red Buttons. La scĂšne sera courte â cent quarante secondes sur deux heures et cinquante minutes -, mais personne nâoubliera le regard terrifiĂ© du para de lâĂ©glise » ni le tintamarre des cloches, en rĂ©alitĂ© beaucoup moins bruyantes. Les cloches? Quelles cloches? En octobre 1962, John assiste Ă la premiĂšre amĂ©ricaine du Jour le plus long. Globalement, il en convient, câest du bon boulot ». Mais quand un reporter dâun journal militaire de Fayetteville Caroline du Nord lâinterviewe Ă lâissue dâune autre projection, il pointe les choix dĂ©routants du rĂ©alisateur. Pourquoi passer sous silence sa capture par lâennemi? Et pourquoi laisser croire quâil a Ă©tĂ© blessĂ© une fois suspendu au toit, et non pendant la descente? Quant aux cloches, elles ne lâont pas rendu sourd. Je ne me souviens mĂȘme pas quâelles aient sonnĂ© ! » confie-t-il Ă ses neveux. Peu importe, aprĂšs tout, le cinĂ©ma a ses exigences artistiques et lâessentiel est que Buttons fasse un double bien sympa. Pour des millions de spectateurs Ă travers le monde, il devient lâincarnation dâune guerre Ă hauteur dâhomme. En France, les spectateurs sây attachent dâautant plus que le populaire Guy PiĂ©rauld lui prĂȘte sa voix de canaille Max la menace, Bugs BunnyâŠ. John Steele accĂšde Ă son tour au rang dâicĂŽne. Oh, bien sĂ»r, lâhomme ne change guĂšre, toujours jovial et pas crĂąneur pour un sou », assurent ses proches, mais sa vie bascule dans une autre dimension. Quand il dĂ©barque Ă Orly, en 1964, lâactrice Irina Demick, la sĂ©duisante rĂ©sistante du film, lâembrasse devant les objectifs. A Sainte-MĂšre, il bombe le torse sur le parvis de lâĂ©glise, signe des autographes, trinque avec des ouvriers, sympathise avec le maire, Alexandre Renaud, et son Ă©pouse, Simone, trĂšs impliquĂ©s dans lâaccueil des vĂ©tĂ©rans et la promotion de la commune. Il y a bien, ici ou lĂ , une poignĂ©e de grincheux prĂȘts Ă jurer, sous couvert dâanonymat, nâavoir jamais vu de para Ă cet endroit, mais Sainte-MĂšre sâen moque et intronise Steele sauveur en chef. LâĂ©pisode du clocher a boostĂ© la renommĂ©e du village », note Patrick Peccatte, chercheur associĂ© au Laboratoire dâhistoire visuelle contemporaine et auteur, Ă lâautomne2013, dâune Ă©tude remarquable sur lâeffet de zoom mĂ©diatique sur ce coin de Normandie. Aux Etats-Unis aussi, John Steele gagne en notoriĂ©tĂ©. Il faut dire que le bonhomme a du bagou, de lâhumour, et quâil se balade sans cesse avec un appeau, un gadget de chasseur pour imiter le canard. Un soir de grand raout dâanciens combattants, il va jusquâĂ interrompre le discours du gĂ©nĂ©ral James Gavin, vĂ©nĂ©rable stratĂšge du jour J. Andy Andersen, ex-prĂ©sident de lâassociation des vĂ©tĂ©rans de la 82e, se souvient On est tous lĂ Ă Ă©couter Gavin quand on entend ?coin-coin?. Câest ?John gros cul?, pressĂ© dâaller boire un coup! Tout le monde Ă©clate de rire, Ă commencer par le gĂ©nĂ©ral, qui lui lance Jâen ai plus pour longtemps, Steele !? Deux minutes plus tard, nouveau ?coincoin?, et nouvelle rigolade. » Sainte-MĂšre sans Steele, câest Lisieux sans ThĂ©rĂšse » John demeure alors Ă Wilmington, une ville aisĂ©e de Caroline du Nord. Verma, sa compagne infirmiĂšre, a une fille dâune trentaine dâannĂ©es, Doris, nĂ©e dâun premier mariage. Celleci nâentretient pas les meilleures relations avec ce beau-pĂšre gentiment lourdaud, mais elle devine combien son expĂ©rience militaire lâa marquĂ©. Ses activitĂ©s associatives avec les vĂ©tĂ©rans lâoccupent beaucoup il est de toutes les conventions, de toutes les cĂ©rĂ©monies, et conserve avec soin ce qui a trait Ă sa » guerre â photos, articles, lettres des Ă©poux Renaud⊠Quant Ă ses dĂ©corations, une vingtaine au total, elles sont mises sous verre dans un cadre en bois de sa fabrication. Il avait amĂ©nagĂ© un garage en lieu de mĂ©moire, confie Doris. Disons que câĂ©tait un repaire trĂšs masculin, avec une banniĂšre Ă©toilĂ©e, un parachute au plafond, un frigo pour la biĂšre. » John souffre pourtant de graves ennuis de santĂ©. Depuis 1961, un cancer de la gorge lâa contraint Ă subir dâĂ©prouvants traitements, suivis dâune trachĂ©otomie. Lâappareillage respiratoire dont les mĂ©decins lâont Ă©quipĂ© donne Ă sa voix un ton caverneux, mais ne le dissuade pas de boire en cachette des rasades de whisky ni de fumer. En mai1969, Ă lâhĂŽpital des anciens combattants de Fayetteville, câest une cigarette Ă la main quâil raconte une derniĂšre fois son D-Day au quotidien local, lâObserver. Tout y est le C-47, la blessure, le clocher⊠Il y avait de furieux combats autour de lâĂ©glise », dĂ©clare-t-il, insistant sur le fait quâil avait de la place une vue globale ». Une vision dâoiseau », mĂȘme. Dans les jours suivants, sa belle-fille vient Ă son chevet. Je portais une robe rouge, blanc, bleu, les couleurs du drapeau, raconte-t-elle. En me voyant, il mâa sifflĂ©e comme on siffle une jolie fille. CâĂ©tait tout lui, ça ! Il est mort le lendemain matin, Ă 5 heures. Avec ma mĂšre et lâune de ses soeurs, nous lâavons accompagnĂ© Ă Metropolis. » La lĂ©gende, jamais vraiment absente de cette saga franco-amĂ©ricaine, prĂ©tend quâil rĂȘvait dâĂȘtre enterrĂ© Ă Sainte-MĂšre ou Ă Arlington, le terminus des gloires nationales. Mais il a emportĂ© ce mystĂšre-lĂ dans sa tombe. Et quelques autres aussi⊠John Steele au tribunal de lâHistoire Dans le Cotentin, son destin suscite en effet bien des interrogations. DĂšs 1981, lâĂ©crivain Gilles Perrault, cĂ©lĂ©britĂ© de la commune voisine â donc rivale â de Sainte-Marie-du-Mont, ironise sur lâĂ©pisode de lâĂ©glise et lâaborde au conditionnel. Dans son livre Les Gens dâici, il Ă©crit quâun AmĂ©ricain serait » restĂ© accrochĂ© au clocher toute la nuit ». Sainte-MĂšre ronchonne, mais se cramponne au parachute du hĂ©ros. En 2009, câest au tour du quotidien La Presse de la Manche de monter au front du soupçon. FrĂ©dĂ©ric Patard, historien de formation et responsable des hors-sĂ©rie du journal, suspecte Steele dâinvention. Cette affaire de clocher, je nây crois pas, câest trop gros », assĂšne-t-il aujourdâhui. Pour lui, le para a bien sautĂ© sur Sainte-MĂšre, mais sans atterrir sur lâĂ©glise ; il aurait inventĂ© cette fable a posteriori, afin de connaĂźtre son heure de gloire. Comme dâautres sceptiques, le journaliste se rĂ©fĂšre en partie Ă une poignĂ©e d' »anciens » du village dont la mĂ©moire, transmise de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration, nâa pas gardĂ© trace dâun quelconque bout de tissu sur Notre-Dame-de-lâAssomption. Dâautres vont plus loin en flairant lĂ un piĂšge Ă gogos et Ă dollars. Sainte-MĂšre sans Steele, ce serait Lisieux sans ThĂ©rĂšse », ose un paroissien moqueur. PrĂšs dâun demi-siĂšcle aprĂšs sa mort, voici donc notre John gros cul » au tribunal de lâHistoire, malgrĂ© sa collection de mĂ©dailles et sa bouille dâinnocent. Prouver son honnĂȘtetĂ© nâest pas chose aisĂ©e. Des tĂ©moins? Aucun. Des photos? Pas la moindre. Des rapports militaires? A priori, pas davantage. Heureusement, les fidĂšles veillent. Aux Etats-Unis, notamment, oĂč nul nâaurait lâidĂ©e de dĂ©boulonner le seul vrai superhĂ©ros de Metropolis. A Ottawa, autre ville de lâIllinois, une section de lâassociation des anciens de la 82e Airborne a Ă©tĂ© baptisĂ©e John Steele » en son honneur. Le fondateur de cette section, Robert Dumke, Ă©tait lâun de ses copains paras qui sauta en pĂ©riphĂ©rie de Sainte-MĂšre. Dumke est dĂ©cĂ©dĂ© depuis plusieurs annĂ©es, mais sa fille Katie entretient la flamme avec ferveur. John parlait dĂ©jĂ de lâĂ©glise Ă mon pĂšre bien avant de rĂ©pondre au questionnaire de Ryan, affirme-t-elle. Nâoubliez pas que ces gars-lĂ ne pensaient pas Ă ĂȘtre des hĂ©ros, mais Ă accomplir leur job. » Un autre para accrochĂ© au clocher, un troisiĂšme au sol A Sainte-MĂšre, lâun des trois fils du maire de lâĂ©poque ne dit pas autre chose. AgĂ© de 10 ans au moment du DĂ©barquement, Henri-Jean Renaud Ă©tait sur la place, ce matin-lĂ , au lever du jour. Ni mon pĂšre ni moi nâavons vu un parachutiste sur lâĂ©glise, admet-il, mais câest normal puisque Steele avait Ă©tĂ© capturĂ© dans la nuit. Depuis, pas un seul vĂ©tĂ©ran, et Dieu sait que nous en avons accueilli, nâest venu nous dire quâil racontait nâimporte quoi. CâĂ©tait un type un peu fruste, mais spontanĂ© et sincĂšre. En rĂ©pondant au questionnaire, il ne pouvait pas deviner les consĂ©quences. Vous savez, il y a toujours des gens prĂȘts Ă douter de tout, y compris de lâexistence des chambres Ă gaz. » MĂȘme lâennemi dâhier vient Ă la rescousse de Steele. En Allemagne, LâExpress a interrogĂ© Jörg Kohnen-May, le fils de Rudolf May dĂ©cĂ©dĂ© en 1985, lâun des soldats qui lâavaient capturĂ©. Lui aussi est formel Cette histoire nâest pas inventĂ©e. Mon pĂšre et son camarade ont eux-mĂȘmes coupĂ© les cordages du parachute. » Les anciens Ă la mĂ©moire soupçonneuse se seraient-ils donc trompĂ©s? Plusieurs documents antĂ©rieurs au film Le Jour le plus long, et au livre Ă©ponyme, le prouvent. Ces textes Ă©voquent clairement la prĂ©sence dâun ou de plusieurs parachutes sur lâĂ©glise dans les premiĂšres heures du 6 juin. Ainsi, dans lâouvrage quâil publie dĂšs 1945, le maire, Alexandre Renaud, Ă©crit Dans les arbres, sur les toits de lâĂ©glise, de lâhospice, de la mairie, les grands parachutes de soie, libĂ©rĂ©s de leur charge, flottaient doucement. » Un autre document, que LâExpress a exhumĂ© des archives de Cornelius Ryan, confirme ces descriptions. Il sâagit du questionnaire rempli par un autre para, Willard Young, arrivĂ© dans la nuit Ă Sainte-MĂšre. Sans savoir ce que Steele a rĂ©pondu Ă lâĂ©crivain, il dĂ©clare Jâai vu des parachutistes pendant aux arbres et Ă un bĂątiment le clocher de lâĂ©glise, je crois. Je suppose quâils Ă©taient morts, ou au moins blessĂ©s. » A priori, John du clocher » nâavait donc rien dâun mythomane. Jean Quellien, un historien de lâuniversitĂ© de Caen qui lâa un temps suspectĂ© de mensonge, finit presque par en convenir. Il a bien atterri sur lâĂ©glise, je suis prĂȘt Ă lâadmettre, concĂšde ce spĂ©cialiste rĂ©putĂ©, mais pas du cĂŽtĂ© oĂč se trouve actuellement le mannequin. De lâendroit oĂč il est tombĂ©, il nâa pas pu voir tout ce que montre la fameuse scĂšne! Il faut dire que ce film est un tissu de conneries. A cause de lui, le mythe a pris le pas sur la rĂ©alitĂ©. Quand les gens vont Ă Sainte-MĂšre, ils cherchent le cinĂ©ma, pas lâHistoire. Pour un historien, il est difficile, voire impossible, de contrebalancer cet effet, câest un combat Ă la Don Quichotte. » Il nâempĂȘche que John Steele nây est pour rien et mĂ©rite bien les honneurs du musĂ©e local, auquel sa belle-fille a offert sa vitrine Ă mĂ©dailles. Pour autant, a-t-il vraiment tout dit de cette nuit de juin1944? Nâa-t-il pas forcĂ© le trait en prĂ©tendant avoir eu une vision dâoiseau » de la place ? A y regarder de plus prĂšs, un point essentiel pose problĂšme Steele a toujours occultĂ© le fait quâun deuxiĂšme para, Kenneth Russell, est tombĂ© sur lâĂ©glise pratiquement au mĂȘme moment que lui! Pendant des dizaines dâannĂ©es, celui-ci est restĂ© dans lâombre, laissant le fantĂŽme de Steele monopoliser lâavant-scĂšne. Et puis, en 1988, au dĂ©tour dâune rĂ©union des anciens de la 82e division aĂ©roportĂ©e, un historien amĂ©ricain, Ronald J. Drez, recueille son tĂ©moignage, validĂ© ensuite par dâautres vĂ©tĂ©rans. Dâun coup, ce rĂ©cit apporte un Ă©clairage inĂ©dit, et pour le moins troublant, sur la sĂ©quence de lâĂ©glise. En juin 1944, Russell nâa que 17 ans, il a grandi Ă Maryville, dans le Tennessee, et trichĂ© sur son Ăąge pour sâengager. Câest lâun des plus jeunes passagers du C-47 oĂč sâengouffrent Steele et une quinzaine dâautres gars. SitĂŽt larguĂ© au-dessus de Sainte-MĂšre, lâadolescent mesure quel enfer lâattend. Les batteries antiaĂ©riennes font un boucan du diable, on aperçoit des Allemands, une ferme en feu⊠Heureusement, son parachute lâentraĂźne vers lâĂ©glise. Le choc est rude et le sonne un peu, mais il reprend ses esprits et constate que son engin sâest pris dans une sorte de gargouille, Ă 6 mĂštres du sol. Bien plus haut, il remarque un autre para suspendu, non identifiĂ©, dont le corps paraĂźt inanimĂ©. On ne contredit pas un compagnon dâarmes Alors que Russell cherche Ă saisir son couteau pour se libĂ©rer, un troisiĂšme gars de la compagnie F, le sergent John Ray, atterrit pour ainsi dire Ă ses pieds. Avant quâil ait le temps de se redresser, un Allemand sâapproche et lui tire dessus. TouchĂ© Ă lâestomac, le sergent sâĂ©croule. Le croyant mort, lâAllemand pointe aussitĂŽt son arme vers les deux AmĂ©ricains suspendus aux sculptures du bĂątiment. Russell sâattend Ă mourir sans mĂȘme avoir foulĂ© le sol français. Mais John Ray, dans un ultime sursaut, parvient Ă sâagenouiller et Ă sortir son Colt 45 pour tuer lâAllemand dâune balle dans la nuque. Russell coupe enfin les liens du parachute, dĂ©gringole en bas de lâĂ©glise, rampe jusquâau sergent. Il est trop tard, il nây a plus rien Ă faire pour ce jeune mariĂ© de 21 ans. Russell jette un oeil vers le toit, oĂč lâautre para ne donne toujours pas signe de vie, puis il file sâabriter. Ainsi donc, il y avait un deuxiĂšme soldat Russell accrochĂ© au bas du clocher. Et un troisiĂšme Ray, au sol, qui les a sauvĂ©s in extremis. Pourquoi John Steele nâen at-il pas parlĂ©, ni Ă ses proches ni Ă Cornelius Ryan? Dans ses deux interviews de rĂ©fĂ©rence, lâune recueillie Ă la sortie du film, lâautre Ă lâhĂŽpital, il ne dit rien non plus de ces deux hommes. Si le rĂ©cit de Russell est vĂ©ridique â et tout indique quâil lâest -, le hĂ©ros de Metropolis nâa pu ignorer leur prĂ©sence, mĂȘme quand il faisait le mort, les yeux mi-clos. Au pie, il en a Ă©tĂ© informĂ© par la suite ou aprĂšs la guerre, en discutant avec ses camarades vĂ©tĂ©rans. Russell est dĂ©cĂ©dĂ© dâune pneumonie dans la nuit du 5 au 6 juin 2004, soixante ans jour pour jour aprĂšs le D-Day. Pendant des annĂ©es, il a entretenu une correspondance avec Robert Tlapa, le cousin de Laddie Tlapa, lâun des membres de la compagnie F mort sur un arbre de la place de Sainte-MĂšre. Dans une lettre inĂ©dite dont LâExpress a eu connaissance, Russell sâĂ©tonne, avec une ironie teintĂ©e dâamertume, que presque tous les paras » survivants prĂ©tendent avoir sautĂ© au coeur du village. En rĂ©alitĂ©, ils nâĂ©taient pas bien nombreux, une vingtaine au plus. Dont lui-mĂȘme, et Steele, bien sĂ»r, ce John gros cul » dont il nâa jamais dit de mal en public. DâaprĂšs Russell, il existait une sorte de code dâhonneur entre les vĂ©tĂ©rans, se souvient Robert Tlapa, une rĂšgle selon laquelle il ne fallait pas contredire un compagnon dâarmes, mĂȘme quand il dĂ©formait un peu la vĂ©ritĂ©. » De fait, aux Etats-Unis, personne nâa critiquĂ© Steele pour son oubli ». Russell lui-mĂȘme nâa jamais Ă©tĂ© jaloux de sa renommĂ©e et lâapprĂ©ciait, selon son fils, Gerald. Lâhistorien Ronald Drez confirme Ken me disait juste Peut-ĂȘtre que John, comme beaucoup de gens, ne voulait pas partager les projecteurs.? Il se moquait quâon ne parle pas de lui. Le fait de ne pas mentionner John Ray le dĂ©rangeait davantage, et câest sans doute pour ça quâil a fini par sortir du silence. Ce gars leur a quand mĂȘme sauvĂ© la vie! » En 2002, Russell sâest rendu Ă Sainte-MĂšre, avec Drez et la veuve du sergent Ray. Sur le mur de lâĂ©glise, ils ont vu pendre le faux parachutiste et, sur le parvis, lâescadron des touristes Ă©bahis. Depuis, les rangers de Russell, solides godillots de cuir brun, ont trouvĂ© leur place au sein du musĂ©e, tout prĂšs de la vitrine Ă mĂ©dailles de ce cachottier de John gros cul ». En mĂ©moire dâun jour si long que ses hĂ©ros, Ă©videmment Ă©ternels, nâont pas fini dâentrer dans lâHistoire.
L'Ă©glise Santa Restituta Sainte-Restitude encore appelĂ©e A Santa, est un sanctuaire oĂč sont conservĂ©es les reliques de Sainte Restitude. Ăglise de pĂšlerinage, elle est situĂ©e en dehors du village, sur la route menant Ă Zilia, proche de grands caveaux tombes de famille. PropriĂ©tĂ© de la commune, sa construction a dĂ©butĂ© au XIe siĂšcle. Par la suite, elle a subi Ă plusieurs reprises des travaux de transformation nef romane primitive aux XIe et XIIe siĂšcles, chapelles latĂ©rales au XIVe, nef actuelle au XVIe ; chĆur baroque, coupole et dĂ©cor sont du XVIIIe siĂšcle. L'Ă©glise Sainte-Restitude et son enclos, murs compris, sont protĂ©gĂ©s par arrĂȘtĂ© du 2 aoĂ»t 1990 et inscrits aux Monuments Historiques en 1992. La fĂȘte de la Sainte Restitude qui a lieu annuellement le 3e week-end de mai, se traduit par une grande procession et un grand pique-nique. Une autre procession en son honneur a lieu le lundi de PĂąques. Le 5 aoĂ»t de chaque annĂ©e la sainte est vĂ©nĂ©rĂ©e par la confrĂ©rie du Rosaire. Santa-Restituta est la patronne de la Balagne depuis une dĂ©cision du pape Jean-Paul II en Saint Blaise et le clocher classĂ©s Monuments Historiques en 1996. L'Ă©glise paroissiale Saint-Blaise, de style baroque, se situe au cĆur mĂȘme du village. Elle a Ă©tĂ© construite entre les XVIIe siĂšcle et XVIIIe siĂšcle, sur un sanctuaire roman du XIIe siĂšcle. Elle est un des deux Ă©difices Ă trois nefs avec celui de La Porta en Castagniccia. Tout comme l'Ă©glise de La Porta, son campanile est une tour isolĂ©e. Les deux tours clochers sont de mĂȘme hauteur et les seules construites dans ce style. L'Ă©glise et le campanile de Saint Blaise ont Ă©tĂ© rĂ©novĂ©s en ConfrĂ©rie Sainte-Croix dite Casazza qui est une chapelle et le siĂšge des confrĂ©ries. SituĂ©e sur la Place centrale, elle fait face Ă l'Ă©glise Sainte-Blaise. ClassĂ©e Monument historique en 1992, propriĂ©tĂ© de la commune, elle est en cours de restauration 2009.L'Oratoire Saint Antoine de Padoue, une toute petite chapelle proche de la balise de dĂ©part du GR20. L'ancien couvent d'Alzi Pratu. Il est devenu le nom d'un des meilleurs vins AOC Corse-Calvi. La ForĂȘt de Bonifatu La forĂȘt domaniale de Bonifatu se situe au sud de la commune et de celle de Moncale, dans l'arriĂšre-pays calvais. Elle couvre le remarquable cirque de Bonifatu tout proche. Elle est trĂšs prisĂ©e des randonneurs et des estivants visitant la Balagne.
Des bruitages de la campagne et de nature, des ambiances sonores rurales enregistrĂ©es au cĆur mĂȘme de villages, de fermes et de zones agricoles. Cette librairie rassemble des Ă©lĂ©ments sonores nĂ©cessaires pour composer une belle symphonie pastorale. Pour des bruitages d'animaux, d'oiseaux, de tracteur et de jardinage, consultez les catĂ©gories correspondantes suggĂ©rĂ©es en bas de page. ambiance de campagne nom / Ă©coute durĂ©e / description MP3 WAV ambiance 1 0026Ambiance de campagne avec bruit de grillons criquets et diffĂ©rents chants d'oiseaux - nature gratuit ambiance 2 0059Ambiance de campagne avec diffĂ©rents cris / chants d'oiseaux - nature gratuit ambiance 3 0215Ambiance de campagne avec diffĂ©rents cris / chants d'oiseaux - chasseurs au loin - chien - nature gratuit ambiance 4 0010Ambiance de campagne avec diffĂ©rents cris / chants d'oiseaux - nature gratuit ambiance 5 0013Ambiance de campagne avec diffĂ©rents cris / chants d'oiseaux - nature gratuit ambiance campagne 0106Ambiance campagne trĂšs calme - quelques bruits d'oiseaux et d'insectes Club MP3 Club WAV ambiance campagne + avion 0200Ambiance de campagne avec oiseaux et bruit d'un avion et d'un train au loin gratuit ambiance campagne + corbeau 0148Ambiance calme de campagne sous une pluie de givre avec cris de corbeau - Colmar - Alsace Club MP3 Club WAV ambiance campagne + source 01 0200Bruit d'Ă©coulement d'un source d'eau lointaine + chants d'oiseaux et bruits d'insectes - ruisseau Club MP3 Club WAV ambiance campagne + source 02 0204Bruit d'Ă©coulement d'un source d'eau proche + chants d'oiseaux et bruits d'insectes - ruisseau Club MP3 Club WAV ambiance campagne 02 0015Ambiance de campagne avec chants d'oiseaux et vent lĂ©ger - nature - rural gratuit ambiance campagne 03 0203Ambiance de campagne avec chants d'oiseaux â corbeau â grenouilles â circulation en fond Club MP3 Club WAV ambiance campagne 04 0120Ambiance de campagne avec chant d'oiseaux et bruits de chevaux â enfants en arriĂšre plan Club MP3 Club WAV ambiance campagne avec fauvette et clocher 01 0056Ambiance de campagne avec chant d'une fauvette Ă tĂȘte noire proche â sonnerie de clocher au loin + chants de tourterelles et coq Club MP3 Club WAV ambiance campagne avec oiseaux 01 0043Ambiance de campagne avec nombreux chants d'oiseaux â nature gratuit ambiance campagne avec oiseaux 02 0020Ambiance de campagne aux abords d'un village â nombreux oiseaux et circulation lointaine â Ă©tĂ© gratuit ambiance campagne coq oiseaux chiens 01 0151Ambiance calme de campagne avec vent lĂ©ger + chant de coq + aboiements de chien et oiseaux + activitĂ©s lointaines Club MP3 Club WAV ambiance campagne nuit 01 0109Ambiance de campagne silencieuse de nuit avec lĂ©ger vent â crapaud alite + chouette + rare circulation distante â France Club MP3 Club WAV ambiance campagne nuit 02 0232Ambiance de nuit silencieuse avec vent lĂ©ger + chouette et crapaud alites distants â fond d'air toute Ă©poque â campagne de l'Oise â France Club MP3 Club WAV ambiance campagne nuit 03 0208Ambiance de nuit en lisiĂšre de forĂȘt â plusieurs chouettes distantes avec rĂ©verbĂ©ration â lĂ©ger vent Club MP3 Club WAV ambiance campagne nuit camion 01 0045Ambiance de nuit calme avec chant de crapauds et passage lointain d'un camion â fond d'air Club MP3 Club WAV ambiance campagne nuit camion 02 0233Fond d'air de campagne silencieuse avec circulation distante de camions Club MP3 Club WAV ambiance campagne oiseaux et chiens 01 0324Ambiance calme de campagne avec aboiements de chien et oiseaux â village Club MP3 Club WAV ambiance campagne oiseaux et clocher 01 0300Ambiance calme de campagne avec sonnerie de clocher et oiseaux â village Club MP3 Club WAV ambiance campagne pendant moisson 01 0156Ambiance de campagne pendant la moisson â vaste Ă©tendue ouverte avec bruit de moissonneuse-batteuse au loin â ferme â fond d'air Club MP3 Club WAV ambiance campagne voiture distante 01 0153Ambiance de campagne calme avec oiseaux et voiture distante avec klaxon â pigeons tourterelles moineaux merle â Oise â France Club MP3 Club WAV ambiance chants d'oiseaux 02 0058Ambiance matinale avec chants de nombreux oiseaux â campagne â nature â Oise â France Club MP3 Club WAV ambiance chants d'oiseaux 03 0052Ambiance matinale avec chants d'oiseaux â campagne â nature â Oise â France Club MP3 Club WAV ambiance de campagne 01 0227Ambiance de campagne avec oiseaux et insectes â ambiance de ferme pour toute Ă©poque â nature Club MP3 Club WAV ambiance de campagne 03 0137Ambiance de campagne calme avec quelques oiseaux â moineaux pigeons corneilles â Picardie France Club MP3 Club WAV ambiance de campagne 04 0041Ambiance de campagne ou jardin avec chants et vols d'oiseaux â lĂ©ger vent Club MP3 Club WAV ambiance de campagne 05 0032Ambiance de campagne ou jardin avec chants et vols d'oiseaux + insectes â lĂ©ger vent Club MP3 Club WAV ambiance de campagne 06 0555Longue ambiance de campagne calme au printemps ou en Ă©tĂ© avec nombreux chant d'oiseaux notamment merle mĂ©sanges moineaux + clocher + insectes â nature Club MP3 Club WAV ambiance de campagne 07 0237Ambiance de campagne calme avec quelques oiseaux â moineaux tourterelles corneilles chien + tambourinage de pic Ă©peiche Club MP3 Club WAV ambiance de campagne 08 0228Ambiance de campagne calme avec moineaux tourterelles corneilles pigeons + tambourinage de pic Ă©peiche + lĂ©ger vent Club MP3 Club WAV ambiance de campagne 09 0223Ambiance de campagne avec vent moyen oiseaux et insectes â circulation distante Club MP3 Club WAV ambiance de campagne 10 0053Ambiance de campagne au cĆur d'un village avec quelques oiseaux et aboiements de chien â circulation distante gratuit ambiance de campagne 11 0200Ambiance de campagne calme avec chants d'oiseaux et envol â sonnerie de clocher â lĂ©ger vent constant Club MP3 Club WAV ambiance de campagne avec cheval 01 fond d'air 0115Ambiance de campagne avec vent lĂ©ger constant et bruits de pas de cheval au loin â quelques voix aboiements et oiseaux distants â fond d'air Club MP3 Club WAV ambiance de campagne avec chien 01 0109Ambiance de campagne avec chants d'oiseaux et aboiements de chiens distants Club MP3 Club WAV ambiance de campagne avec oiseaux 01 0158Ambiance de campagne au printemps avec chants d'oiseaux coq et insectes â village de Picardie â binaural Club MP3 Club WAV ambiance de campagne avec oiseaux 02 0146Ambiance de campagne au printemps avec chants d'oiseaux coq et voix distantes â troglodyte mignon et moineaux â village de Picardie â binaural Club MP3 Club WAV ambiance de campagne avec oiseaux 03 0201Ambiance de campagne au printemps avec chants d'oiseaux coq et insectes qui butinent â merle â village de Picardie â Gondreville â binaural Club MP3 Club WAV ambiance de campagne avec oiseaux 04 0153Ambiance de campagne au printemps avec chants d'oiseaux et insectes qui butinent â merle et tourterelle â village de Picardie â Gondreville â binaural Club MP3 Club WAV ambiance de campagne avec oiseaux 05 0126Ambiance de campagne au printemps avec chants d'oiseaux et insectes qui butinent â merle et tourterelle â village de Picardie â Gondreville â binaural Club MP3 Club WAV ambiance de campagne avec oiseaux 06 0145Ambiance de campagne au printemps avec chants d'oiseaux chat qui miaule et insectes qui butinent â merle et pigeon â village Gondreville â binaural Club MP3 Club WAV ambiance de campagne calme 01 0207Ambiance de campagne calme avec oiseaux et vent lĂ©ger â quelques voix et activitĂ©s lointaines Club MP3 Club WAV ambiance de campagne â clocher 01 0104Ambiance de village de campagne avec chants d'oiseaux et sonnerie de clocher au loin â 6 heures Club MP3 Club WAV ambiance de campagne â matin 01 0105Ambiance matinale de campagne avec nombreux oiseaux â moineaux + tourterelles + corbeau + autres â lĂ©ger vent â nature â Oise â France Club MP3 Club WAV ambiance de campagne â matin 03 0041Ambiance de campagne ou de jardin â chants d'oiseaux + insecte + vent lĂ©ger â Oise â France Club MP3 Club WAV ambiance de campagne â oiseaux et chasseurs 01 0136Ambiances de jardin Ă la campagne avec chant d'oiseaux proches et lĂ©ger vent â rouge-gorge + pinson des arbres â chien et chasseur lointain â Oise â France Club MP3 Club WAV ambiance de campagne â tracteur 01 0317Ambiance de campagne avec chants d'oiseaux et passage d'un tracteur au loin â ferme Club MP3 Club WAV ambiance de campagne â tracteur 02 0157Ambiance de campagne avec chants d'oiseaux et passage d'un tracteur au loin â ferme Club MP3 Club WAV ambiance de campagne â vent et chasseurs 01 0314Ambiances de jardin Ă la campagne avec chant d'oiseaux proches et vent moyen dans les arbres â tirs de chasseur et voiture au loin â Oise â France Club MP3 Club WAV ambiance de pĂąturages 01 0050Ambiance de montagne avec vaches dans les pĂąturages â sonnerie de cloche + oiseaux + grillons â clarine - transhumance gratuit ambiance de pĂąturages 02 0105Ambiance de montagne avec vaches dans les pĂąturages â meuglements lointains + oiseaux + grillons â prairie Club MP3 Club WAV ambiance de prairie 0034Ambiance de prairie ventĂ©e â insectes â criquets â campagne â nature â champ gratuit ambiance de prairie montagnarde 01 0245Ambiance de prairie en montagne avec nombreux grillons et oiseaux â aboiements de chien au loin â lĂ©ger vent Club MP3 Club WAV ambiance de prairie montagnarde 02 0239Ambiance de nature montagnarde avec source d'eau proche â insectes et oiseaux â Savoie â bruitage de campagne Club MP3 Club WAV ambiance de prairie montagnarde 03 0208Ambiance de nature montagnarde avec source d'eau distante â grillons et oiseaux â Savoie Club MP3 Club WAV ambiance de sous-bois 01 0110Ambiance de sous-bois calme avec chants d'oiseaux â forĂȘt â campagne â Oise â France Club MP3 Club WAV ambiance jardin de campagne 01 0127Ambiance de campagne avec nombreux oiseaux â rouge-gorge pigeons tourterelles moineaux â toute Ă©poque â binaural Club MP3 Club WAV ambiance lac ou riviĂšre avec barques 01 0230Ambiance au bord d'un lac ou d'une riviĂšre calme â passage de petits bateaux Ă rames â quelques voix et chants d'oiseaux Club MP3 Club WAV ambiance marais Poitevin 01 0051Ambiance du Marais Poitevin dans les terres avec oiseaux criquets Ă distance et vols d'insectes â lĂ©ger vent â France Club MP3 Club WAV ambiance marais Poitevin 02 0048Ambiance du Marais Poitevin dans les terres avec oiseaux distants et criquets proches â France Club MP3 Club WAV ambiance marais Poitevin 03 0055Ambiance du Marais Poitevin dans les terres avec grillons distants et vent â France Club MP3 Club WAV ambiance oiseaux Marais Poitevin 05 0024Ambiance du Marais Poitevin au bord des canaux - avec chants d'oiseaux et coq Ă distance â sous-bois â France gratuit ambiance oiseaux Marais Poitevin 06 0224Ambiance du Marais Poitevin au bord des canaux - avec chants d'oiseaux distants â sous-bois Club MP3 Club WAV ambiance oiseaux Marais Poitevin 07 0157Ambiance du Marais Poitevin Ă proximitĂ© des canaux - avec chants d'oiseaux et chants de coqs et paon â sous-bois â France Club MP3 Club WAV ambiance oiseaux Marais Poitevin 08 0156Ambiance du Marais Poitevin Ă proximitĂ© des canaux - avec chants d'oiseaux et vent variable â France Club MP3 Club WAV camping tente attaque moustiques Islande 0149Ambiance intĂ©rieure d'une tente de camping avec impacts de moustiques sur la toile de tente â Islande Club MP3 Club WAV FD ambiance campagne avec route distante 01 0106Ambiance de campagne calme la nuit avec circulation sur route nationale distante â fond d'air binaural Club MP3 Club WAV FD ambiance campagne avec route distante 02 0110Ambiance de campagne calme la nuit avec circulation sur route nationale distante â fond d'air - binaural Club MP3 Club WAV FD ambiance de campagne de nuit 01 0229Ambiance de campagne calme la nuit avec circulation trĂšs distante â fond d'air Club MP3 Club WAV FD campagne nuit avions distants 01 0240Ambiance calme de campagne la nuit avec passages d'avions distants â fond d'air Club MP3 Club WAV FD silence naturel 01 0147Ambiance calme de campagne de nuit â silence naturel â fond d'air Club MP3 Club WAV fond d'air â bord de fleuve 01 0209Ambiance calme au bord d'un fleuve ou d'un lac â chants d'oiseaux proches et distants â moteur de bateau trĂšs loin Club MP3 Club WAV garrigue 01 0225Ambiance de campagne ou garrigue avec chants d'oiseaux et d'insectes + bruit d'un puit â grillons â cigales â Provence Club MP3 Club WAV Laponie silence naturel FD 01 0224Ambiance naturelle de Laponie â silence naturel avec rares voix et activitĂ©s trĂšs distantes â Scandinavie â fond d'air Club MP3 Club WAV Laponie silence naturel FD 02 0241Ambiance naturelle de Laponie â silence naturel avec vent lĂ©ger â Scandinavie â fond d'air Club MP3 Club WAV oiseaux du matin 01 0417Ambiance de matin avec nombreux chants d'oiseaux â merles â moineaux â coq â aube â campagne â nature Club MP3 Club WAV oiseaux du matin 02 0113Ambiance levĂ©e du jour avec chants d'oiseaux â merles â grives â moineaux â campagne â aube â nature Club MP3 Club WAV oiseaux â ambiance Ă l'aube 01 0208Ambiance de campagne au levĂ©e du jour avec chants de diffĂ©rents oiseaux et quelques gouttes de pluie â merle + rouge-gorge Club MP3 Club WAV oiseaux â ambiance Ă l'aube 02 0245Ambiance de campagne Ă l'aube du jour avec chants de diffĂ©rents oiseaux et petite pluie â levĂ©e du jour Club MP3 Club WAV Voir tous les bruitages "ambiance de campagne" ambiance de ferme nom / Ă©coute durĂ©e / description MP3 WAV ambiance avec coqs distants et paon 01 0109Ambiance de campagne toute Ă©poque avec chants de coqs et de paon â mĂ©diĂ©val Club MP3 Club WAV ambiance avec coqs distants et paon 02 0125Ambiance de campagne toute Ă©poque avec chants de coqs et de paon qui secoue ses plumes â ferme mĂ©diĂ©vale Club MP3 Club WAV ambiance avec coqs distants et paon 03 0034Ambiance de campagne toute Ă©poque avec chants de coqs et de paon qui secoue ses plumes â ferme mĂ©diĂ©vale Club MP3 Club WAV ambiance ferme 2 0012Ambiance de ferme poules + coq + poussins + canards + Ăąne + chiens gratuit ambiance ferme calme 01 0331Ambiance trĂšs calme d'une ferme â pigeons â activitĂ©s lointaine â campagne â nature Club MP3 Club WAV ambiance oiseaux 1 0054Ambiance extĂ©rieure de chants dâoiseaux - moineaux Club MP3 Club WAV ambiance travaux des champs 1 0032Ambiance de fauchage des blĂ©s en Hongrie Club MP3 Club WAV ambiance travaux des champs 2 0036Ambiance de travail des champs - Nouvelle GuinĂ©e - Afrique Club MP3 Club WAV Ă©curie remplissage eau 01 0019Ambiance d'Ă©curie de course avec bruit de seau en mĂ©tal que l'on remplit d'eau â voix â ferme â sport Ă©questre Club MP3 Club WAV Voir tous les bruitages "ambiance de ferme" ambiance de village nom / Ă©coute durĂ©e / description MP3 WAV ambiance campagne avec oiseaux et enfants distants 01 0044Ambiance de village avec oiseaux et jeux d'enfants Ă distance â lĂ©ger vent Club MP3 Club WAV ambiance de village 01 0208Ambiance de village calme toute Ă©poque avec chant d'oiseaux + chien lointain + activitĂ©s distantes â Gondreville Picardie â mĂ©diĂ©val â binaural Club MP3 Club WAV ambiance de village 02 0311Ambiance de village calme toute Ă©poque avec chant d'oiseaux + activitĂ©s distantes â Gondreville Picardie â mĂ©diĂ©val - binaural Club MP3 Club WAV ambiance de village en montagne 01 0205Ambiance de village de montagne avec quelques voix et circulation distantes â insectes et oiseaux â cours d'eau lointain Club MP3 Club WAV ambiance de village en montagne 02 0155Ambiance de village savoyard avec voix et circulation lointaines â grillons et rouge-gorge â bruitage de campagne Club MP3 Club WAV ambiance de village maritime 01 0057Ambiance de village maritime avec passage distant de vĂ©hicules et corne de brume â nombreux oiseaux â Quettehou â Manche gratuit ambiance de village â travaux et oiseaux 01 0141Ambiance de village toute Ă©poque avec chant d'oiseaux + travaux distants â pour village mĂ©diĂ©val - binaural Club MP3 Club WAV ambiance de village â travaux et oiseaux 02 0201Ambiance de village toute Ă©poque avec chant d'oiseaux proches et distants + travaux distants â pour village mĂ©diĂ©val - binaural Club MP3 Club WAV ambiance de village â travaux et oiseaux 03 0224Ambiance de village toute Ă©poque avec chant d'oiseaux proches et distants + travaux distants â pour village mĂ©diĂ©val â binaural Club MP3 Club WAV ambiance marais Poitevin 05 0130Ambiance de ferme du Marais Poitevin avec oiseaux proches et activitĂ©s â circulation et avion Ă distance â France Club MP3 Club WAV ambiance Marais Poitevin nuit rossignol circulation 01 0149Ambiance de nuit du Marais Poitevin dans les terres avec chant d'un rossignol distant â circulation Ă distance â France Club MP3 Club WAV ambiance Marais Poitevin nuit rossignol circulation 02 0119Ambiance de nuit du Marais Poitevin dans les terres avec chant d'un rossignol distant â vent lĂ©ger et circulation Ă distance â France Club MP3 Club WAV ambiance village 2 0248Ambiance de village Calme - quelques chants d'oiseaux et des bruits de scie et marteau au loin - campagne Club MP3 Club WAV ambiance village calme 02 0137Ambiance de village français avec oiseaux + coup de feu distant + envol d'oiseaux + aboiements de chiens distants Club MP3 Club WAV ambiance village calme 01 0250Ambiance de campagne française avec oiseaux + cheval et chien distants â cour de ferme Club MP3 Club WAV ambiance village rural 0234Ambiance de village rural toute Ă©poque - calme - oiseaux + chiens + poules au loin + activitĂ© humaine + bruits de pas + clocher - campagne Club MP3 Club WAV Auneau ambiance centre ville 01 0049Ambiance du centre du village de Auneau avec passages de voiture et bruits de pas â voix distantes Ă la fin â France Club MP3 Club WAV Auneau parvis de l'Ă©glise 0213Ambiance sur le parvis de l'Ă©glise du village de Auneau avec rĂ©crĂ©ation d'enfants Ă distance et oiseaux â campagne â RĂ©gion Centre â France Club MP3 Club WAV commentaires micro â fĂȘte de village â Islande Fludir 0046Ambiance de fĂȘte de village Islandais avec commentaires au micro â dĂ©filĂ© d'enfants sur la riviĂšre â applaudissements + cris d'enfants + aboiements de chien â bruitage d'Islande Club MP3 Club WAV FertĂ©-Milon ambiance place de l'Ă©glise 01 0229Ambiance de village de campagne sur petite place rĂ©verbĂ©rante â nombreux oiseaux moineaux pinsons pigeons corneilles â quelques bruits de portes et voix lointaine â place de l'Ă©glise â La FertĂ©-Milon Club MP3 Club WAV FertĂ©-Milon ambiance zone rĂ©sidentielle 01 0326Ambiance de campagne avec nombreux chants d'oiseaux â circulation faible Ă mi-distance â La FertĂ©-Milon â Aisne Club MP3 Club WAV FertĂ©-Milon ambiance zone rĂ©sidentielle 02 0350Ambiance de campagne Ă proximitĂ© d'une route avec circulation moyenne â nombreux chants d'oiseaux â La FertĂ©-Milon â zone rĂ©sidentielle Club MP3 Club WAV fertĂ©-milon canal de l'ourq ambiance 01 0219Ambiance calme sur les bords du canal de l'Ourq avec bruits de quelques canards qui nagent â circulation distante â La FertĂ©-Milon Club MP3 Club WAV fertĂ©-milon canal de l'ourq ambiance 02 0108Ambiance calme sur les berges du canal de l'Ourq avec vent lĂ©ger â circulation distante â La FertĂ©-Milon â campagne Club MP3 Club WAV fertĂ©-milon canal de l'ourq ambiance 03 0202Ambiance sur la rive du canal de l'Ourq avec vent fort â quelques chants d'oiseaux â circulation Ă distance â La FertĂ©-Milon Club MP3 Club WAV FertĂ©-Milon centre ville 01 0104Ambiance du centre ville du village de La FertĂ©-Milon â Passages de voitures et camion Ă vitesse moyenne â Aisne â France Club MP3 Club WAV FertĂ©-Milon centre ville 03 0456Ambiance de la rue centrale du village de La FertĂ©-Milon dans l'Aisne â Passages de piĂ©tons avec poussette d'enfant et voitures + camions Ă vitesse moyenne â France Club MP3 Club WAV FertĂ©-Milon hauteurs 01 0317Ambiance du village de La FertĂ©-Milon depuis les hauteurs â panorama gĂ©nĂ©ral confus avec travaux + circulation automobile + moulin Ă aubes â campagne â France Club MP3 Club WAV FertĂ©-Milon ruines chĂąteau 01 0130Ambiance de village calme avec oiseaux et vent lĂ©ger â avion et circulation distante â tondeuse Ă gazon au loin â ruines du chĂąteau de La FertĂ©-Milon Club MP3 Club WAV FertĂ©-Milon ruines chĂąteau 02 0051Ambiance de village calme avec oiseaux et vent lĂ©ger â avion et circulation distante â ruines du chĂąteau de La FertĂ©-Milon â bruitages de campagne Club MP3 Club WAV FertĂ©-Milon ruines chĂąteau 03 0118Ambiance de village calme avec oiseaux et vent lĂ©ger dans les arbres â activitĂ©s distantes â ruines du chĂąteau de La FertĂ©-Milon Club MP3 Club WAV FertĂ©-Milon ruines chĂąteau avec pigeons 0437Ambiance depuis l'intĂ©rieur d'une tour de chĂąteau en ruine occupĂ©e par des pigeons et autres oiseaux â nombreux roucoulements et bruits d'ailes â circulation distante â La FertĂ©-Milon Club MP3 Club WAV jardin avec corne de brume au loin 02 0416Ambiance de jardin dans un village maritime â nombreux oiseaux + corne de brume + circulation lointaine â Quettehou â France Club MP3 Club WAV jardin avec voliĂšre et corne de brume 05 fond d'air 0342Ambiance calme de jardin proche de la mer avec voliĂšre d'oiseaux exotiques â corne de brume â circulation lointaine â Quettehou Club MP3 Club WAV Voir tous les bruitages "ambiance de village" cloche nom / Ă©coute durĂ©e / description MP3 WAV clarines 01 0011Tintement d'une cloche de vache â clarine â transhumance â campagne â ferme Club MP3 Club WAV clarines 02 0143SĂ©rie de longs tintements d'une cloche de vache â clarine â transhumance â campagne â ferme Club MP3 Club WAV cloche de vache 00011 coup sur un cloche de vache - village - animaux gratuit Voir tous les bruitages "cloche" clocher nom / Ă©coute durĂ©e / description MP3 WAV bruitage cloche C3 0009Sonnerie d'une grosse cloche - clocher de village gratuit bruitage cloche D3 0009Sonnerie d'une grosse cloche - clocher - village gratuit bruitage cloche F3 0013Sonnerie d'une grosse cloche - clocher - village gratuit cloche 1 0022Sonnerie d'un clocher avec bruit de circulation - 3 heures - Ăglise St Etienne de Mulhouse - village gratuit cloche 2 0051Sonnerie d'un clocher de temple - 9 heures - Temple St Etienne de Mulhouse - village gratuit cloche grande 1 coup 01 0023Bruitage d'une cloche aiguĂ« de grande taille qui sonne un coup â avec longue rĂ©sonance â sonnerie de cloche de temple Club MP3 Club WAV cloche grande 3 coups 02 0050Bruitage d'une cloche d'Ă©glise â un impact fort suivi de deux impacts lĂ©gers â perspective proche avec longue rĂ©sonance â sonnerie clocher Club MP3 Club WAV cloche â sonnerie du tocsin 01 0110Bruitage d'une sonnerie de tocsin sur une cloche moyenne aigue â perspective mi-distante â sonnerie d'alarme â Ă©poque mĂ©diĂ©vale Club MP3 Club WAV clocher 12 coups 0025Sonnerie d'une grosse cloche indiquant 12h - minuit - clocher de village gratuit clocher 12 coups 01 0045Sonnerie d'un clocher d'Ă©glise â 12 coups de minuit avec 4 coup d'amorce â mĂ©diĂ©val Club MP3 Club WAV clocher 4h 0040Sonnerie de clocher avec bruit du mĂ©canisme â proche â 4 heures â Ă©glise â horlogerie â ChĂąteau de Vincennes - cloche mĂ©diĂ©vale Club MP3 Club WAV clocher 5h 01 0022Sonnerie de petite cloche d'Ă©glise â cinq coups avec marteau â sonnerie de clocher â campagne â horlogerie â Aisne gratuit clocher 6h 01 0028Sonnerie de cloche d'Ă©glise â six coups â clocher de campagne â horlogerie â Aisne Club MP3 Club WAV clocher angelus de midi Gaillardon 0327Enregistrement d'un clocher d'Ă©glise Ă la campagne â Angelus de midi â 3 sĂ©ries de 3 coups + volĂ©e de cloches â Ă©glise de Gaillardon â mĂ©diĂ©val Club MP3 Club WAV clocher au loin 0059Sonnerie d'une grosse cloche - clocher de village gratuit clocher au loin 4h 0008Clocher lointain sonnant 4h + bruit de ville - village - campagne gratuit clocher Ă©glise 9h 0107Sonnerie d'un clocher d'Ă©glise indiquant 9 heures â Ă©glise du Mesnil le Roi â France Club MP3 Club WAV clocher glas â ext au loin 02 0202Bruitage d'un clocher sonnant le glas â perspective extĂ©rieure et Ă distance â sonnerie funĂ©raire â enterrement â funĂ©railles â Ă©poque mĂ©diĂ©vale Club MP3 Club WAV clocher glas â ext proche 01 0210Bruitage d'un clocher sonnant le glas â perspective extĂ©rieure proche â sonnerie funĂ©raire â enterrement â funĂ©railles â Ă©poque mĂ©diĂ©vale Club MP3 Club WAV clocher glas â int au loin 01 0206Bruitage d'un clocher sonnant le glas â depuis l'intĂ©rieur d'une maison distante â sonnerie funĂ©raire â enterrement â funĂ©railles â Ă©poque mĂ©diĂ©vale Club MP3 Club WAV clocher glas â int Ă©glise 01 0220Bruitage d'un clocher sonnant le glas â perspective intĂ©rieure d'Ă©glise â sonnerie funĂ©raire â enterrement â funĂ©railles â Ă©poque mĂ©diĂ©vale Club MP3 Club WAV clocher lointain 7h 01 0020Bruitage d'un clocher qui sonne sept coups â perspective extĂ©rieure distante â sonnerie horaire â campagne Club MP3 Club WAV cloches glas romain 01 0602Tintement d'un glas romain traditionnel depuis un clocher â longue sonnerie complĂšte â funĂ©railles â enterrement â agonie â mĂ©diĂ©val Club MP3 Club WAV Islande Akureyri clocher 01 0034Bruitage de la sonnerie du clocher de Akureyri en Islande â 12 coup pour midi ou minuit Club MP3 Club WAV Islande Akureyri clocher 02 0028Bruitage de la sonnerie du clocher de Akureyri en Islande â mĂ©lodie de carillon Club MP3 Club WAV Voir tous les bruitages "clocher" forĂȘt nom / Ă©coute durĂ©e / description MP3 WAV ambiance bruits de pas en forĂȘt 0038Bruitage de pas dans la forĂȘt - feuilles mortes - branchages Club MP3 Club WAV ambiance de foret 02 fond d'air 0054Ambiance de forĂȘt calme en Ă©tĂ© â vent lĂ©ger et chants d'oiseaux fauvette pinson â tronçonneuse distante â campagne Club MP3 Club WAV ambiance de foret au printemps 01 0124Ambiance de la foret de Retz au printemps avec chant d'un merle + corneilles + sittelle torchepot â vent moyen - binaural Club MP3 Club WAV ambiance de foret au printemps 02 0209Ambiance de la foret de Retz au printemps avec chant d'un merle + corneilles + sittelle torchepot â vent moyen - binaural Club MP3 Club WAV ambiance de foret au printemps 03 0029Ambiance de forĂȘt au printemps avec tourterelle et corneilles â binaural gratuit ambiance de foret au printemps 04 0255Ambiance de la forĂȘt de Retz au printemps avec chant de nombreux oiseaux et vent lĂ©ger â pinson + coucou + merle + tourterelle â Picardie - binaural Club MP3 Club WAV ambiance de foret au printemps 05 0234Ambiance de la forĂȘt de Retz au printemps avec chant de nombreux oiseaux et vent lĂ©ger â mĂ©sanges + coucou â Picardie â binaural Club MP3 Club WAV ambiance de foret au printemps 06 0135Ambiance de la forĂȘt de Retz au printemps avec chant d'oiseaux et vent lĂ©ger â merle + coucou â bois de Tillet - Picardie - binaural Club MP3 Club WAV ambiance de foret au printemps 07 0200Ambiance de la forĂȘt de Retz au printemps avec chant d'oiseaux et vent lĂ©ger â pic Ă©peiche + coucou + merle + fauvette â bois de Tillet - Picardie - binaural Club MP3 Club WAV ambiance de foret au printemps 08 0246Ambiance de la forĂȘt de Retz au printemps avec chant d'oiseaux et vent lĂ©ger â pic Ă©peiche + coucou + merle + fauvette â bois de Tillet - Picardie â binaural Club MP3 Club WAV ambiance de foret avec vent 01 0204Ambiance de forĂȘt calme Ă la fin de l'hiver â forĂȘt de pins â vent lĂ©ger constant et quelques oiseaux distants â mĂ©sanges + corbeaux + piverts Club MP3 Club WAV ambiance de foret oiseaux et moto distante 01 0139Ambiance de forĂȘt avec chants d'oiseaux et bruit de motocross au loin â foret de Retz â Picardie â binaural Club MP3 Club WAV ambiance forĂȘt 01 0234Ambiance de forĂȘt au printemps â nombreux oiseaux â coucou â circulation en fond Club MP3 Club WAV ambiance forĂȘt de nuit 0112Ambiance d'une forĂȘt de nuit avec du vent - angoissant Club MP3 Club WAV ambiance forĂȘt en Ă©tĂ© 02 0106Ambiance de forĂȘt en Ă©tĂ© avec lĂ©ger vent et oiseaux proches â circulation distante â insecte â campagne Club MP3 Club WAV ambiance forĂȘt en Ă©tĂ© avec vent 01 Fond d'air 0344Ambiance de forĂȘt calme avec vent moyen dans les arbres et chants d'oiseaux â fond d'air de nature Club MP3 Club WAV ambiance foret fin hiver 01 0103Ambiance de forĂȘt Ă la fin de l'hiver avec vent lĂ©ger et oiseaux proches et distants â mĂ©sanges + pinsons des arbres â campagne Club MP3 Club WAV ambiance foret hiver 0106Ambiance trĂšs calme de forĂȘt en hiver â quelques oiseaux + gouttes d'eau tombant des arbres â dĂ©gel Club MP3 Club WAV bruitage branchage 0011Bruitage de branchage - feuillage - vent - forĂȘt - nature gratuit fond d'air de foret 01 0058Ambiance de forĂȘt calme avec lĂ©ger vent et chants d'oiseaux distants â pinson des arbres + merle â campagne Club MP3 Club WAV foret ambiance avec ruisseau et vent 01 0138Ambiance de forĂȘt Ă proximitĂ© d'un ruisseau â clapotis d'eau + vent lĂ©ger constant + quelques oiseaux â Maintenon Club MP3 Club WAV foret ambiance avec vent 01 0114Ambiance de forĂȘt avec vent moyen â chants de plusieurs oiseaux et insectes â quelques coups de marteau lointains â Maintenon Club MP3 Club WAV foret ambiance avec vent 02 0121Ambiance de forĂȘt avec vent fort â quelques cris d'oiseaux lointains â forĂȘt de Maintenon Club MP3 Club WAV foret ambiance calme 02 0327Ambiance calme de forĂȘt au printemps avec nombreux oiseaux proches et distants â campagne Club MP3 Club WAV foret ambiance calme 03 0059Ambiance calme de forĂȘt au printemps avec quelques oiseaux distants et lĂ©ger vent lointain â campagne Club MP3 Club WAV foret ambiance calme 04 0118Ambiance calme de forĂȘt au printemps avec nombreux oiseaux proches et distants â campagne Club MP3 Club WAV foret ambiance calme 05 0240Ambiance calme de forĂȘt au printemps avec nombreux oiseaux proches et distants â cri et tambourinage de pic-vert â campagne Club MP3 Club WAV foret ambiance calme 06 0114Ambiance calme de forĂȘt au printemps avec quelques oiseaux distants et vent moyen â campagne Club MP3 Club WAV foret ambiance calme 07 0121Ambiance calme de forĂȘt au printemps avec corbeaux distants et vent moyen â campagne Club MP3 Club WAV foret ambiance calme 08 0106Ambiance de forĂȘt calme avec vent moyen â chants de plusieurs oiseaux alentour et activitĂ©s lointaines â campagne gratuit foret ambiance calme 09 0033Ambiance de forĂȘt calme avec vent lĂ©ger â chants de plusieurs oiseaux alentour â campagne gratuit foret ambiance calme 10 0301Ambiance de forĂȘt calme avec vent lĂ©ger + chants et mouvements d'oiseaux + insectes â campagne Club MP3 Club WAV foret ambiance vent feuilles 01 0146Bruitage de vent dans un arbre de feuilles mortes avec chants d'oiseaux proches et distants â vent par petites rafales â forĂȘt Club MP3 Club WAV foret ambiance vent feuilles 02 0247Bruitage de vent dans un arbre de feuilles mortes avec chants d'oiseaux distants â vent par petites rafales â forĂȘt Club MP3 Club WAV foret avec buses et insectes 01 0116Ambiance de forĂȘt calme avec cris de buses distantes et stridulations d'insectes â campagne Club MP3 Club WAV forĂȘt coucou 01 0030Ambiance de forĂȘt avec vent lĂ©ger et quelques oiseaux â coucou â campagne gratuit foret de pins ambiance vent 01 0111Ambiance calme dans une forĂȘt de pins avec vent lĂ©ger + chant d'un rouge-gorge proche et corbeaux lointains â campagne Club MP3 Club WAV foret de pins printemps oiseaux 01 bin 0237Ambiance de foret de pins au printemps avec lĂ©ger vent constant et chants d'oiseaux â toute Ă©poque â Picardie France - binaural Club MP3 Club WAV foret de pins printemps oiseaux 02 0214Ambiance de foret de pins au printemps avec lĂ©ger vent constant et chants d'oiseaux et vols d'insectes â toute Ă©poque â Picardie France Club MP3 Club WAV foret de pins printemps oiseaux 02 bin 0214Ambiance de foret de pins au printemps avec lĂ©ger vent constant et chants d'oiseaux et vols d'insectes â toute Ă©poque â Picardie France - binaural Club MP3 Club WAV foret de pins printemps oiseaux 03 0154Ambiance de foret de pins au printemps avec lĂ©ger vent constant et chants d'oiseaux et vols d'insectes Ă distance â toute Ă©poque â Picardie France Club MP3 Club WAV foret de pins printemps oiseaux 03 bin 0154Ambiance de foret de pins au printemps avec lĂ©ger vent constant et chants d'oiseaux et vols d'insectes Ă distance â toute Ă©poque â Picardie France â binaural Club MP3 Club WAV foret de pins printemps oiseaux 04 bin 0206Ambiance de foret de pins au printemps avec lĂ©ger vent constant et chants d'oiseaux et vols d'insectes Ă distance â toute Ă©poque â Picardie France â binaural Club MP3 Club WAV foret de pins printemps oiseaux distants 01 bin 0124Ambiance de foret de pins au printemps avec lĂ©ger vent et chants d'oiseaux distants - vols d'insectes â toute Ă©poque â Picardie France â binaural Club MP3 Club WAV foret de pins printemps oiseaux distants vent 01 bin 0140Ambiance de foret de pins au printemps avec vent moyen et chants d'oiseaux distants â toute Ă©poque â Picardie France â binaural Club MP3 Club WAV foret en Ă©tĂ© â Maintenon 01 0153Ambiance de forĂȘt calme en Ă©tĂ© â vent lĂ©ger et cours d'eau proche â chants d'oiseaux et insectes â coups de marteau lointains â Maintenon Club MP3 Club WAV foret oiseaux 01 bin 0235Ambiance de foret au printemps avec chants d'oiseaux et vol d'insectes â toute Ă©poque â Picardie â France â binaural Club MP3 Club WAV foret printemps oiseaux 01 bin 0120Ambiance de foret de pins au printemps avec chants d'oiseaux proches et distants â toute Ă©poque â Picardie France â binaural Club MP3 Club WAV foret vent 01 bin 0201Ambiance de foret de pins au printemps avec vent moyen + chants d'oiseaux + insectes â Picardie France â binaural Club MP3 Club WAV foret vent 02 bin 0122Ambiance de foret de pins au printemps avec vent lĂ©ger + chants d'oiseaux + insectes â toute Ă©poque â Picardie France â binaural Club MP3 Club WAV foret vent 03 bin 0144Ambiance de foret de pins au printemps avec vent lĂ©ger + chants d'oiseaux + insectes â toute Ă©poque â Picardie France â binaural Club MP3 Club WAV foret vent buse 01 bin 0125Ambiance de foret de pins au printemps avec vent moyen + chants d'oiseaux distants + buse en vol + faisan distant â toute Ă©poque â Picardie France â binaural Club MP3 Club WAV foret vent clocher 01 bin 0208Ambiance de foret de pins au printemps avec vent moyen + chants d'oiseaux distants + sonnerie de clocher au loin â circulation trĂšs distante â Picardie France â binaural Club MP3 Club WAV foret vent pivert 01 bin 0154Ambiance de foret de pins au printemps avec vent moyen + chants d'oiseaux distants + tambourinage et cri de pic-vert â Picardie France â binaural Club MP3 Club WAV NĂ©pal â ambiance de foret 01 0250Ambiance de forĂȘt nĂ©palaise avec chants et mouvements d'oiseaux proches - Chitwan national park au NĂ©pal â nature d'Asie Club MP3 Club WAV NĂ©pal â ambiance de foret 02 0249Ambiance calme de forĂȘt nĂ©palaise avec chants et mouvements d'oiseaux proches et insectes - Chitwan national park au NĂ©pal â nature d'Asie Club MP3 Club WAV Voir tous les bruitages "forĂȘt" insectes nom / Ă©coute durĂ©e / description MP3 WAV ambiance insectes de nuit 1 0036Bruitage d'insectes de nuit - criquets - grillons - nature Club MP3 Club WAV bourdon 0007Bruit d'un bourdon en vol - bruitage d'animaux et insectes gratuit bourdon butine 0040Bruitage d'un bourdon qui butine des fleurs- bruit des ailes en vol + bruit des pattes dans les fleurs â insectes â guĂȘpe â campagne - microcosmos Club MP3 Club WAV bourdon dans jardin 02 0007Bruitage d'un bourdon qui dĂ©colle d'une fleur dans un jardin â bruitages d'insectes et d'animaux Club MP3 Club WAV bourdons butinage 01 0058Bruitage de bourdons qui se posent et butinent avant de redĂ©coller â jardin â insecte Club MP3 Club WAV bourdons butinage 02 0031Bruitage de bourdons qui butinent dans un jardin â insectes volants Club MP3 Club WAV bourdons butinage 07 0203Ambiance de campagne avec insectes pollinisateurs â bourdons et abeilles â butinage â Ă©tĂ© Club MP3 Club WAV butinage de bourdons 01 0022Bruitages d'insectes qui butinent avec ambiance de jardin en fond gratuit chant d'un criquet 01 0154Bruitage de la stridulation d'un criquet â nuit d'Ă©tĂ© â insecte â chant Club MP3 Club WAV chant d'un criquet 03 0005Bruit de criquet - cris d'animaux sauvages - insecte gratuit chant d'un criquet proche 05 0111Bruitage d'un criquet â perspective proche â insecte â campagne - bruitages d'animaux Club MP3 Club WAV chant d'un grillon 02 0241Bruitage de la stridulation d'un grillon â nuit d'Ă©tĂ© â insecte â chant Club MP3 Club WAV chant d'un grillon 03 0032Bruit de grillon - cris d'animaux sauvages - insecte gratuit chants de grillons 0307Bruitage de la stridulation de plusieurs grillons â nuit d'Ă©tĂ© â insecte â chant Club MP3 Club WAV chants de grillons et criquets 0142Bruitage de la stridulation de plusieurs grillons et criquets â nuit d'Ă©tĂ© â insecte â chant Club MP3 Club WAV cigales 01 0010Bruitage de cigales mi distantes â chant des cigales dans la garrigue â Provence gratuit cigales distantes Lunel 02 0221Ambiance de garrigue avec chant de cigales et quelques oiseaux Ă distance â Cote d'Azur â France Club MP3 Club WAV cigales â France 01 0151Ambiance de garrigue avec chant constant de cigales â stridulations d'insectes â Provence â bruitages d'animaux â sud de la France Club MP3 Club WAV criquet chant proche 01 0049Bruitage d'un chant de criquet proche â stridulation â bruit d'insecte d'Ă©tĂ© â chaleur â vacances Club MP3 Club WAV frelon dans jardin 01 0033Bruitage d'un frelon qui butine de fleur en fleur dans un jardin â chants d'oiseaux en fond â bruit d'insecte Club MP3 Club WAV grillon chant 03 0146Bruitage d'un chant de grillon isolĂ© et proche â bruit d'insecte â animal Club MP3 Club WAV grillon chant 04 0206Bruitage d'un grillon proche â chant continu â bruitage d'insecte â Ă©tĂ© â campagne Club MP3 Club WAV grillon chant 05 0019Bruitage d'un chant de grillon seul â stridulations d'insecte â Ă©tĂ© Club MP3 Club WAV guĂȘpe 02 0013Bruitage des ailes d'une guĂȘpe en vol â insecte â abeille â animaux gratuit guĂȘpes essaim 05 0032Bruitages de guĂȘpes ou abeilles en vol proche â dĂ©fense de la ruche â bruitages d'animaux Club MP3 Club WAV guĂȘpes essaim en vol 08 0040Bruitage de guĂȘpes en vol â quelques insectes calmes avec vol proche du micro â bruitages d'animaux Club MP3 Club WAV insecte dans jardin 01 0012Ambiance de jardin avec insecte volant â guĂȘpe â bourdon â mouche Club MP3 Club WAV mouche tachina ferra 02 0005Bruitage d'une mouche qui se heurte Ă une vitre â tachina fera â insecte â animaux Club MP3 Club WAV Voir tous les bruitages "insectes" marchĂ© nom / Ă©coute durĂ©e / description MP3 WAV ambiance de marchĂ© 02 0125Ambiance longue de marchĂ© sous halles â voix â caisses enregistreuses â frigo â cris des commerçants Club MP3 Club WAV ambiance du marchĂ© de Auneau 01 0243Ambiance de marchĂ© Ă la campagne â cris de commerçant + ronronnement de frigo + affĂ»tage de couteau + enfants qui jouent â Auneau â Bruitages de France Club MP3 Club WAV ambiance du marchĂ© de Auneau 02 0210Ambiance de marchĂ© Ă proximitĂ© d'un camion rĂ©frigĂ©rant â ronronnement constant proche et bruits du marchĂ© Ă distance â marchĂ© de Auneau Club MP3 Club WAV ambiance du marchĂ© de Auneau 03 0231Ambiance du marchĂ© de Auneau â conversations proches et distantes â aboiements de chien â bruit de frigo â campagne Club MP3 Club WAV Hongrie Budapest halles rayon charcuterie 0126Ambiance des halles de Budapest â perspective depuis le rayon charcuterie du marchĂ© â Hongrie Club MP3 Club WAV marchĂ© toute Ă©poque ambiance 02 0146Ambiance de marchĂ© pour toute Ă©poque â sans Ă©lĂ©ments de modernitĂ© â marchĂ© mĂ©diĂ©val Club MP3 Club WAV Voir tous les bruitages "marchĂ©" mare et Ă©tang nom / Ă©coute durĂ©e / description MP3 WAV ambiance Ă©tang 01 0049Ambiance d'un Ă©tang avec vent lĂ©ger oiseaux et insectes â Aisne â Picardie â France Club MP3 Club WAV ambiance Ă©tang 02 0122Ambiance au bord d'un Ă©tang avec petits clapotis d'eau + insectes + oiseaux distants + vent lĂ©ger â Aisne - France Club MP3 Club WAV ambiance Ă©tang 03 0137Ambiance calme d'Ă©tang avec corneilles tourterelles et poules d'eau + clapotis d'eau + vent lĂ©ger â Aisne â France Club MP3 Club WAV ambiance Ă©tang 04 0113Ambiance calme au bord d'un Ă©tang avec tourterelles lointaines + insectes + clapotis d'eau + vent lĂ©ger â Aisne â France Club MP3 Club WAV ambiance mare de village 01 0126Ambiance d'une mare de village en lisiĂšre de forĂȘt avec nombreux oiseaux et crapauds â pic-vert â lĂ©ger vent â Gondreville Oise - binaural Club MP3 Club WAV ambiance mare de village 02 0128Ambiance d'une mare de village en lisiĂšre de forĂȘt avec quelques oiseaux et crapauds â corneilles et rouge-gorge â Gondreville Picardie â binaural Club MP3 Club WAV ambiance mare de village 03 0226Ambiance d'une mare de village en lisiĂšre de forĂȘt avec quelques oiseaux et crapauds â Gondreville Picardie â binaural Club MP3 Club WAV ambiance mare de village 04 0232Ambiance d'une mare de village en lisiĂšre de forĂȘt avec quelques oiseaux et crapauds â corneilles â Gondreville Oise â binaural Club MP3 Club WAV ambiance mare de village 05 0039Ambiance d'une mare de village en lisiĂšre de forĂȘt avec quelques oiseaux et crapauds â Gondreville Oise â binaural gratuit ambiance oiseaux Marais Poitevin 02 0254Ambiance du Marais Poitevin au bord des canaux - avec chants d'oiseaux et insectes + oie mi-distante â sous-bois Club MP3 Club WAV ambiance oiseaux Marais Poitevin 03 0140Ambiance du Marais Poitevin au bord des canaux - avec chants d'oiseaux et insectes + oie mi-distante â sous-bois Club MP3 Club WAV ambiance oiseaux Marais Poitevin 04 0045Ambiance du Marais Poitevin au bord des canaux - avec lĂ©ger clapotis + chants d'oiseaux distants + sarcelle proche â sous-bois Club MP3 Club WAV Voir tous les bruitages "mare et Ă©tang" moulin Ă©cluse nom / Ă©coute durĂ©e / description MP3 WAV Ă©cluse 01 0321Bruitage d'une petite cascade d'eau â Ă©cluse â barrage â FertĂ© Milon â France Club MP3 Club WAV lavoir Ă©coulement d'eau et corne de brume 0052Ambiance d'un lavoir ancien â Ă©coulement d'eau et corne de brume au loin â Quettehou Club MP3 Club WAV moulin Ă aubes 0440Bruitage d'un moulin Ă aubes â roue â eau Club MP3 Club WAV moulin Ă aubes â La FertĂ©-Milon 05 0242Bruitage d'un moulin Ă aubes ancien avec courant d'eau fort â bruit constant d'eau â La FertĂ© Milon â canal de l'Ourque Club MP3 Club WAV Voir tous les bruitages "moulin Ă©cluse"
Chers fans de CodyCross Mots CroisĂ©s bienvenue sur notre site Vous trouverez la rĂ©ponse Ă la question Clocher dâĂ©glise sur une tour isolĂ©e . Cliquez sur le niveau requis dans la liste de cette page et nous nâouvrirons ici que les rĂ©ponses correctes Ă CodyCross Faune et Flore. TĂ©lĂ©chargez ce jeu sur votre smartphone et faites exploser votre cerveau. Cette page de rĂ©ponses vous aidera Ă passer le niveau nĂ©cessaire rapidement Ă tout moment. Ci-dessous vous trouvez la rĂ©ponse pour Clocher dâĂ©glise sur une tour isolĂ©e Clocher dâĂ©glise sur une tour isolĂ©e Solution CAMPANILE Les autres questions que vous pouvez trouver ici CodyCross Faune et Flore Groupe 170 Grille 3 Solution et RĂ©ponse.
clocher d église sur une tour isolé